La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Théâtre

"Ruy Blas" Une revisite du célèbre mélodrame tout en délicatesse et subtilité ou comment trop aimer et s'y perdre - 12/10/2023

Ruy Blas, un valet de pied ambitieux, tombe amoureux de la reine d'Espagne et décide de se venger de la noblesse espagnole qui opprime le peuple. Parallèlement, don Salluste de Bazan, un noble déchu par la reine, cherche à se venger et, pour ce faire, va utiliser Ruy Blas en le faisant passer pour noble. Est-il encore nécessaire de présenter Olivier Mellor et la Compagnie du Berger ? Parmi les...  

"Edelweiss" Ironie critique face à l'Histoire - 09/10/2023

Dans un texte bien construit et une très belle mise en scène, Sylvain Creuzevault nous replonge dans les heures sombres de la collaboration avec ses hommes politiques et ses intellectuels. Mariant avec précision et fluidité, Histoire et fable, il montre avec humour les coulisses d'une époque habitée de figures autant tragiques qu'infâmes et où le conservatisme et l'antisémitisme étaient guidés...  

"Une assemblée de femmes", "Me and my soul"… Unir avec succès art théâtral et politique ! - 05/10/2023

Dans le cadre des expositions et œuvres artistiques qui ont lieu jusqu'au 19 novembre de "Ce que la Palestine apporte au monde", l'institut du monde arabe dévoile, autour d'un cycle de trois expositions d'art contemporain, la créativité des artistes palestiniens dans les territoires et en exil. Visites muséales plurielles, ateliers jeune public, films, exposition des archives palestiniennes de...  

"Rosemary Lovelace fait ça devant tout le monde" Comment prendre sa revanche avec brio face à un monde impitoyable - 04/10/2023

Rosemary est la grande prêtresse de best-seller à l'eau-de-rose. C'est surtout un personnage loufoque, extravagant et exigeant. Thérèse, sa femme de chambre et assistante secrétaire, subit son caractère et ses excès avec complaisance et humour. Un jour, Rosemary décide de s'opposer à la presse à scandale qui l'enterre et la critique en brossant d'elle des portraits peu élogieux. Elle décide alors...  

"À ma recherche" Une ode à la vie, sans filtres ni détournements - 02/10/2023

"À ma recherche" est un spectacle poétique et musical qui aborde le cheminement d'une femme, tout en finesse et délicatesse. Les poèmes contemporains, tantôt très courts, tantôt très longs, invitent à naviguer sur les vagues à travers des souvenirs d'enfance et d'adolescence, des doutes bien présents, des faiblesses, des souffrances, le désir d'aimer et d'être aimé. Le tout, sans filtre aucun....  

"Mon père (pour en finir avec)" Une vision acérée et transcendante de la famille et de ses aires tumultueuses - 25/09/2023

"Et voilà ce que ça donne une vie sans amour, une maison vide avec des gens perdus dedans". Après dix ans d'absence, dans la maison familiale où vit une mère et ses trois enfants – deux naturels (un garçon et une fille) et un enfant adopté (le fils préféré) –, le père revient mourir dans une chambre, à l'étage. Ce sont alors les esprits et les souvenirs qui se heurtent, se rencontrent et dressent...  

Une nouvelle ère pour le Théâtre du Rond-Point Entretien avec Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel - 22/09/2023

Le 2 janvier dernier, Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel prenaient la direction du Théâtre du Rond-Point. A la tête du Monfort depuis 2009, les ex-fondateurs de la troupe de haute voltige Les Arts Sauts succédaient à Jean-Michel Ribes qui y avait imprimé sa marque autour de l'écriture contemporaine pendant 21 ans. Le duo signe aujourd'hui la saison 2023-2024. Alors, changement de cap ou...  

"C'était un samedi" Une prestation mémorielle époustouflante à de nombreux égards - 21/09/2023

C'est l'histoire tragique et bien trop méconnue des "Romaniotes", communauté juive, ni ashkénaze, ni séfarade, établie à Ioannina en Grèce à compter du troisième siècle avant l'ère chrétienne. La légende locale la concernant veut que ce soit Titus qui ait embarqué des Juifs de Palestine pour les vendre comme esclaves. Le bateau aurait fait naufrage sur les côtes d'Épire et ces captifs juifs...  

"Le Beau Monde" Ou comment filer vers un futur fort lointain et redécouvrir notre présent pour en sourire - 18/09/2023

Dans un futur très lointain et incertain, et dans un lieu typique parfaitement conservé du début du XXIe siècle, deux jeunes comédiens et une jeune comédienne convoquent des bribes et des gestes séquentiels de notre époque présente. Ce rituel a lieu tous les soixante ans et c'est par la parole et l'oralité qu'ils retracent, à leur manière, sans queue ni tête, des instants de notre présent en 46...  

Dialogue avec Gisèle Halimi… Comme un parcours initiatique pour devenir femme… et "Niquer la fatalité" - 16/09/2023

Création multidisciplinaire, sujette à une indéniable identification à la sphère féminine et, ici, en plus, à l'idéal féministe associant une figure emblématique, au sens référentiel et constructif du terme, que peut être Gisèle Halimi et une musicienne, comédienne, chanteuse, puissante et exigeante, aux convictions affirmées, qu'est Estelle Meyer. Pour cette dernière, Gisèle est une compagnonne...  
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À découvrir

"Notre vie dans l'art", 1923-2023, "le siècle, il a passé"… et rien de nouveau à l'est… Un flamboyant Tchekhov contemporain

"La vie, elle a passé, on a comme pas vécu…", ainsi parlait Firs, le vieux valet de chambre de "La Cerisaie" d'Anton Tchekhov, pièce écrite dans le domaine de son ami comédien et metteur en scène Constantin Stanislavski… C'est ce même Constantin Stanislavski, auteur en son temps d'une "Notre vie dans l'art", qui se retrouve au cœur de la pièce éponyme écrite et mise en scène par Richard Nelson, auteur, metteur en scène américain et tchékhovien dans l'âme. Et si l'argument – "Conversations entre acteurs du Théâtre d'Art de Moscou pendant leur tournée à Chicago, 1923" – n'a pas changé d'un iota, ses échos contemporains sont eux particulièrement troublants.

© Vahid Amampour.
Quand, dans le cadre du Festival d'Automne, le Théâtre du Soleil ouvre grand ses portes monumentales de la Cartoucherie à cette nouvelle version de "Notre vie dans l'art", on se dit que ce choix ne peut rien devoir à un quelconque hasard… Et quand on découvre que c'est à Ariane Mnouchkine que l'on doit la traduction de la pièce, et que ce sont ses propres comédiens formés selon les canons artistiques animant son travail que dirige ici Richard Nelson, on n'est nullement surpris de reconnaître là le mantra commun à leurs deux univers : faire du théâtre une caisse de résonances de l'histoire en cours.

Dominant le plateau, comme dans un amphithéâtre antique, des rangées de gradins se font face. Entre une troupe de comédiens en costume de ville. Ils s'affairent à remettre en place les chaises renversées sur la longue table rectangulaire occupant l'espace central, ainsi qu'on peut le faire lorsque l'on revient dans une maison après absence. Il y a là Kostia (Constantin Stanislavski, directeur et acteur du Théâtre de Moscou), Vania, Richard (ancien acteur du même théâtre, exilé lui aux États-Unis), Olga (veuve d'Anton Tchekhov), Vassia et Nina (couple en proie aux tourments de la jalousie amoureuse), Lev et Varia, Masha et Lida, et Petia (jeune acteur soupçonné d'accointances avec les dirigeants de l'Union Soviétique).

Yves Kafka
29/12/2023
Spectacle à la Une

"L'Effet Papillon" Se laisser emporter au fil d'un simple vol de papillon pour une fascinante expérience

Vous pensez que vos choix sont libres ? Que vos pensées sont bien gardées dans votre esprit ? Que vous êtes éventuellement imprévisibles ? Et si ce n'était pas le cas ? Et si tout partait de vous… Ouvrez bien grands les yeux et vivez pleinement l'expérience de l'Effet Papillon !

© Pics.
Vous avez certainement entendu parler de "l'effet papillon", expression inventée par le mathématicien-météorologue Edward Lorenz, inventeur de la théorie du chaos, à partir d'un phénomène découvert en 1961. Ce phénomène insinue qu'il suffit de modifier de façon infime un paramètre dans un modèle météo pour que celui-ci s'amplifie progressivement et provoque, à long terme, des changements colossaux.

Par extension, l'expression sous-entend que les moindres petits événements peuvent déterminer des phénomènes qui paraissent imprévisibles et incontrôlables ou qu'une infime modification des conditions initiales peut engendrer rapidement des effets importants. Ainsi, les battements d'ailes d'un papillon au Brésil peuvent engendrer une tornade au Mexique ou au Texas !

C'est à partir de cette théorie que le mentaliste Taha Mansour nous invite à nouveau, en cette rentrée, à effectuer un voyage hors du commun. Son spectacle a reçu un succès notoire au Sham's Théâtre lors du Festival d'Avignon cet été dernier.

Impossible que quiconque sorte "indemne" de cette phénoménale prestation, ni que nos certitudes sur "le monde comme il va", et surtout sur nous-mêmes, ne soient bousculées, chamboulées, contrariées.

"Le mystérieux est le plus beau sentiment que l'on peut ressentir", Albert Einstein. Et si le plus beau spectacle de mentalisme du moment, en cette rentrée parisienne, c'était celui-là ? Car Tahar Mansour y est fascinant à plusieurs niveaux, lui qui voulait devenir ingénieur, pour qui "Centrale" n'a aucun secret, mais qui, pourtant, a toujours eu une âme d'artiste bien ancrée au fond de lui. Le secret de ce spectacle exceptionnel et époustouflant serait-il là, niché au cœur du rationnel et de la poésie ?

Brigitte Corrigou
08/09/2023
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
15/10/2023