La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Danse

Venezuela… Une fresque dansée différente et rayonnante ! - 20/05/2022

Dans une création fleuve d'Ohad Naharin, la diversité est l'étendard qui porte l'œuvre. Au travers de musiques et de chansons très variées, de chorégraphies tout aussi foisonnantes, le chorégraphe marque son empreinte et son ouverture au monde en revendiquant la pluralité des pensées par le biais du monde des arts. La Batsheva Dance Company existe depuis 1964 et a été créée par Martha Graham...  

"La Zone" Corps à corps avec l'impensable, une histoire russe - 27/04/2022

Quand on est d'origine russe (et ukrainienne par sa famille), que l'on souffre au plus profond de soi des exactions meurtrières d'un tyran qui, après avoir envahi la Crimée en 2014, s'en prend désormais à l'Ukraine dans une politique de terre brûlée et d'extermination ciblée des civils, de quelle arme dispose-t-on pour dire l'impensable de la folie humaine ? Nadia Larina, chorégraphe et danseuse...  

"Le clavier bien tempéré" Un Baroque bien contemporain ! - 21/04/2022

Voilà un mariage très audacieux entre Bach et la danse contemporaine. Le pianiste français Pierre-Laurent Aimard accompagné des artistes japonais Teshigawara et Sato nous dévoilent, au travers de leurs arts respectifs, une création majeure du compositeur allemand où les notes font un écho superbe aux gestiques. Sur scène est un long piano noir avec lequel le pianiste Pierre-Laurent Aimard...  

"Contemporary dance 2.0"… Clubbing virevoltant ! - 06/04/2022

C'est une immersion dans l'univers des boîtes de nuit à laquelle nous convie Hofesch Shechter. Autour de ses compositions ainsi que celles de Jean-Sébastien Bach, mais également de Frank Sinatra et Claude François, ses chorégraphies s'enchaînent dans des rythmes effrénés où les corps des artistes deviennent un mécanisme précis et huilé où le geste est autant créatif que robotique. Le rideau se...  

"ab [intra]" Véritable somme d'énergie artistique intérieure ! - 29/03/2022

Forte de ses dix-sept danseurs, Sydney Dance Company, dirigée par Rafael Bonachela, offre un spectacle alliant danses classique et contemporaine autour d'une exploration de l'âme humaine dans des clairs-obscurs où tout l'ensemble de la compagnie australienne s'engouffre. Ombres et lumière sur scène avec des clartés blanches et noires qui oscillent, comme les rythmes, entre vivacité et suspensions...  

"100 % Cuban"… Un régal… à la découverte de la culture cubaine ! - 16/03/2022

Autour de sept chorégraphes, cinq créations et quatorze danseurs, le Théâtre national de Chaillot met à l'honneur Cuba avec la compagnie Acosta Danza créée par Carlos Acosta. C'est un voyage mêlant des mythes, la Santeria, des langues folkloriques et contemporaines, un vieux chant de prières Yoruba, la littérature cubaine anti-esclavagiste et une ballade au bord de mer sur le malecón de la...  

"Oneironaut"… Ça décoiffe ! - 11/03/2022

Dans le cadre de la saison France - Portugal 2022, la danse, la musique et les rêves s'invitent dans la création de Tânia Carvalho. La chorégraphe portugaise déploie une liberté de tons bousculant les codes où l'art devient une expression autant corporelle que psychique dans sa création onirique. Cela démarre au piano avec une pianiste de dos qui, finalement, s'avère être un homme habillé en...  

"Imperfecto"… Parfaite fusion d'arts et d'époques ! - 13/02/2022

Pour notre deuxième entrée à la cinquième biennale d'art flamenco qui se déroule du 3 au 18 février au théâtre national de Chaillot, nous retrouvons Jann Gallois et David Coria pour une rencontre audacieuse. Le parcours hip-hop et contemporain de la première apporte un souffle frais au rythme endiablé du second accompagné d'une musique où moderne et médiéval accordent leurs tempos. Jann Gallois,...  

"Encantado" Résister et réenchanter sont des mots qui vont très bien ensemble… - 09/02/2022

Après les corps déchaînés de "Fúria" (sa création 2018) qu'aucune dictature, fût-elle celle de Jair Bolsonaro, ne pourrait jamais soumettre, Lia Rodrigues, soutenue ardemment par neuf scènes de la Région Nouvelle Aquitaine, nous revient… Tout autant déterminée à résister par le truchement de l'art de la fête à un monde ployant sous les menaces des prédateurs aux commandes, elle inonde le plateau...  

"Alegoría (El limite y sus mapas)"… Un flamenco à l'allure contemporaine - 08/02/2022

Pour la cinquième biennale d'art flamenco, qui se déroule du 3 au 18 février, en partenariat avec la biennale de Séville, le théâtre national de Chaillot accueille six spectacles. Ce rendez-vous, qui a lieu tous les deux ans, ouvre ses portes cette année à, entre autres, Paulo Comitre. En compagnie de Lorena Nogal, elles donnent à cet art un accent très contemporain. La lumière se lève sur un...  
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À découvrir

"Cendres sur les mains" La femme qui murmurait à l'oreille des morts

Dead Can Dance : "Les morts peuvent danser" ! Beauté, Lisa Gerrard est ma chanteuse préférée… J'ai assisté à la représentation de "Cendres sur les mains" sans avoir pris le temps de me renseigner. Bien m'en a pris ! Par les temps qui courent, j'aurais pu penser que ce spectacle allait ajouter au blues de la saison et au retour des contaminations, encore un peu plus de dépression. Et non !

© Jon. D Photographie.
Ce que je retiens, c'est d'abord une voix, celle de Prisca Lona. Envoûtante et habitée. Comme celle de Lisa Gerrard que je cite plus haut et à qui, un temps, elle m'a fait penser. Prisca Lona, la silhouette fine, le costume taillé sur mesure et la beauté lumineuse rattrapée par la bougie dans une semi-obscurité. Une "survivante" revenue des morts… de la mort.

Puis, progressivement, le plateau s'ouvre et s'éclaire juste un peu plus devant nous. Des sacs portés par deux hommes. Un duo. Ils pourraient être frères tant leur ressemblance physique est frappante. Ils portent la même tenue, ils sont fossoyeurs. Ils transportent des corps et les entassent. Tous deux côtoient les cadavres, manipulent des bidons d'essence et se retrouvent dans une marée de cendres. Une mer d'horreur ! Ils font ce qu'on leur demande de faire sans aucun autre retour que de devoir appliquer sans broncher ce "travail" insoutenable, monstrueux qui va s'attaquer à leur propre corps et à leur âme.

Isabelle Lauriou
06/05/2022
Spectacle à la Une

"Monte-Cristo" Grande Épopée pour une grande narration : Monte-Cristo en lumière

Au Quai des Rêves, la bien nommée salle de spectacle de Lamballe, la Compagnie La Volige a présenté l'histoire merveilleuse, palpitante et instructive du Comte de Monte-Cristo. Il s'agit d'un exploit que de restituer sur scène en une heure trente les trois tomes du roman d'Alexandre Dumas. Non seulement par l'étendue du texte, mais également par la multiplicité des lieux où se déroule l'action et par le nombre des personnages impliqués dans cette saga qui se déroule sur plus d'un quart de siècle. Un exploit qui sera cet été au festival d'Avignon Off.

© Frédéric Ferranti.
C'est là qu'entre en jeu la spécificité de la compagnie La Voltige et plus particulièrement celle de l'un de ses créateurs, Nicolas Bonneau. C'est un conteur, original moderne, dont les spectacles s'inscrivent en général dans notre époque, se sourçant au terroir ou à sa propre histoire (citons "Sortie d'usine", "Le combat du siècle", "Qui va garder les enfants ?" ou encore "Mes ancêtres les Gaulois" : tous extraits de notre époque, de notre réalité). "Monte-Cristo" dévie en apparence de ces inspirations. En apparence, car les thèmes qu'il développe et le monde dont il parle ne sont pas si éloignés des nôtres. En cette période trouble du début du XIXe siècle naissait le capitalisme qui nous berce toujours de ses rêves et de ses dévastations. "Il y a dans Le Comte de Monte-Cristo une pertinence philosophique et un esprit de revanche sur la naissance du capitalisme qui résonne avec notre monde actuel", dixit Nicolas Bonneau.

Voici pour le fond de l'histoire. Mais quand il s'agit de raconter cette épopée dantesque (oui, le héros s'appelle Edmond Dantès… mais rien à voir ?), qui mieux qu'un habile conteur comme Nicolas Bonneau pour prendre Edmond et la verve furieuse de Dumas à bras le corps et nous la faire vivre ? Toujours avec douceur, précautions, fluidité et surtout art du langage, c'est ainsi que procède ce conteur moderne, jamais dans l'intention d'imposer sa vision, mais toujours sur une intensité qui fait jaillir de ses mots les images. Ce qui ne l'empêche pas de jeter son habit de conteur dans l'ombre pour se glisser dans la peau de certains personnages, donnant la vie à certaines scènes.

Bruno Fougniès
05/05/2022
Spectacle à la Une

"Vies de papier" Road-movie immobile entre enquête et conférence passionnées

Leur nouvelle tournée passe peut-être pas loin de chez vous. Il faut aller voir Benoît Faivre et Tommy Laszlo et leur manière de rendre palpitant l'examen d'un album-photos anonyme et intrigant trouvé dans une brocante belge…

© Thomas Faverjon.
Dans "Vies de papier", ces documentaristes, ces nouveaux Dupond et Dupont mènent une enquête qui, par étapes, avec ses impasses, ses indices, ses objets déconcertants, toutes ces miettes d'un passé inconnu voit s'ajuster des miettes de mémoire et se constituer en une histoire allemande, une destinée. Celle d'une femme allemande pendant la guerre.

Le scénario développé est improbable et véridique, le récit est haletant. Il a la dimension d'un témoignage de chasseurs de trésors qui tatônnent et se trouvent transformés eux- même par la chasse. Par la résolution de l'énigme, les ressorts secrets de la quête.

Scéniquement, tous les codes convergent vers la réalité avec, en prime dans la présence des comédiens, cette dimension de passion délivrée par des enquêteurs devenus de magnifiques conférenciers. Qui, dans leur manière de faire la liaison entre les images et les objets, cèdent à une touchante tendance à l'auto-célébration. Comme une joie, une satisfaction, une fierté à faire partager.

"Vies de papier" est un road-movie immobile, une épopée avec ce sens de l'autodérision qui fait douter jusqu'au bout et tiens les rennes du rire. Alors cet album-photos ? Cette femme, on y croit ou on n'y croit pas ? C'est la question d'un spectateur comblé.

Jean Grapin
24/03/2022