La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Danse

"Ombres portées" Famille je vous hai… me, mise en lumière poétique des non-dits - 13/02/2024

Au vindicatif "Familles, je vous hais !" d'André Gide, répondait en écho le vengeur "Familles, je vous ai" d'Hervé Bazin. Avec l'écriture qu'est la sienne, un délié d'arabesques aériennes nimbées de clairs-obscurs lumineux, Raphaëlle Boitel apporte ici sa touche personnelle au dévoilement du problématique édifice parental. Transcendant les non-dits familiaux, sans rien édulcorer de leurs...  

"Rencontres" Exploration de tous les champs des possibles générés par les échanges et leur implication dans nos existences - 12/02/2024

Cette pièce chorégraphique a pour thème celui des rencontres. Il s'agit d'explorer le champ des possibles que ces dernières suscitent, la manière dont elles tracent le chemin de notre existence et façonnent l'être que nous sommes. Les rencontres sont les fils du tissage structurant les liens qui nous relient les uns et les unes aux autres. Elles nous révèlent à nous-mêmes en nous donnant...  

"Les jolies choses" Sur le chemin d'une nouvelle forme de liberté des corps - 11/12/2023

Dans sa très belle création qui date de 2022, la chorégraphe Catherine Gaudet nous plonge dans une relation à soi-même, à l'espace et à l'autre. Dans ce triptyque, nous sont présentés, accompagnés d'une musique métronomique des plus enivrantes, cinq danseurs quasi installés dans un parterre de laboratoire afin de se découvrir au travers de mécanismes automatiques dont ils finissent par se...  

"One shot"… Délice de danses urbaines ! - 06/12/2023

Dans une superbe représentation où l'ombre tutélaire d'Osmane Sy reste encore très présente, le chorégraphe français a créé, dans ce spectacle, un mariage de danses urbaines qui offre un kaléidoscope de gestiques où la personnalité de chaque artiste devient surtout l'aiguillon de sa propre expressivité. Place à huit femmes qui investissent la scène avec un DJ déjà présent (Sam One DJ ou DJ SP...  

"Matière(s) Première(s)" Six personnages en quête de leur vérité - 05/12/2023

Leur identité, ils l'ont exaltée par des noms de scène – Barro Dancer, Mademoiselle Do', Willy Kazzama, Black Woman, Salifus, Esther –, ces six superbes danseurs (trois filles et trois garçons) portant fièrement, sur eux et en eux, leurs origines africaines. Comme si, pour raconter l'histoire tourmentée de leur continent, ils éprouvaient le besoin de revêtir une dimension dépassant celle de leur...  

"Sur le fil"… Un temps suspendu où tous les contraires s'unissent - 29/11/2023

Dans le cadre du Festival d'Automne 2023, créé en 1972 et se déroulant jusqu'au 11 février 2024, nous retrouvons Nacera Belaza, artiste associée à Chaillot. La chorégraphe et danseuse franco-algérienne a posé ses ballerines pour deux spectacles dans ce lieu. Dans "Sur le fil", lumière, noir et espace nu délimitent une aire de jeu où le manque de prise à une réalité, porté par une répétition à...  

"Requiem - La mort joyeuse" Viva la vida ! Dansons avec nos morts… - 08/11/2023

Huit jours avant de passer de vie à trépas, l'artiste mexicaine Frida Kahlo peignait une nature morte éclatante de vie où, en grands caractères sur le rouge vif d'une tranche de pastèque, pour l'éternité elle écrivait : "Viva la Vida !"… La chorégraphe Béatrice Massin s'empare quant à elle avec gourmandise du "Requiem" de Mozart pour, avec une grâce océanique, composer un ballet éclatant des...  

"Fuck me" Art, désir et volupté ! - 26/07/2023

C'est la 34e édition du festival Paris l'été. Créé en 1990 par Patrice Martinet et anciennement nommé "festival Paris quartier l'été", il tient toujours le haut du pavé avec une programmation qui compte à ce jour plus de 2 000 représentations dans 150 lieux différents de la capitale. Riche de 18 propositions cette année, brassant toujours des œuvres internationales, focus est fait sur "Fuck me",...  

"Static shot" Précision poétique contemporaine au Louvre ! - 19/07/2023

Nouvelle édition du festival Paris l'été qui se tient du 10 au 30 juillet dans différents lieux de Paris, dont le Louvre, le lycée Jacques Decour ou La Villette. Autour de dix-huit propositions, la palette est éclectique comme à chaque fois où se mêlent installation, théâtre, cirque, musique et danse dans un large spectre d'horizons artistiques différents. La musique démarre doucement. Les...  

"Nederlands dans theater" Duo de toute beauté ! - 22/06/2023

Dans deux styles différents, en écho à la richesse artistique du monde du geste et de la musique, les chorégraphes Johan Inger et Nadav Zelner, respectivement suédois et israélien, offrent, chacun dans leur création, automatisme, vivacité et sensualité dans une approche où, pour le premier, la gestuelle peut être autant physique que retenue quand, pour le second, elle est avant tout signe d'une...  
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À découvrir

"Notre vie dans l'art", 1923-2023, "le siècle, il a passé"… et rien de nouveau à l'est… Un flamboyant Tchekhov contemporain

"La vie, elle a passé, on a comme pas vécu…", ainsi parlait Firs, le vieux valet de chambre de "La Cerisaie" d'Anton Tchekhov, pièce écrite dans le domaine de son ami comédien et metteur en scène Constantin Stanislavski… C'est ce même Constantin Stanislavski, auteur en son temps d'une "Notre vie dans l'art", qui se retrouve au cœur de la pièce éponyme écrite et mise en scène par Richard Nelson, auteur, metteur en scène américain et tchékhovien dans l'âme. Et si l'argument – "Conversations entre acteurs du Théâtre d'Art de Moscou pendant leur tournée à Chicago, 1923" – n'a pas changé d'un iota, ses échos contemporains sont eux particulièrement troublants.

© Vahid Amampour.
Quand, dans le cadre du Festival d'Automne, le Théâtre du Soleil ouvre grand ses portes monumentales de la Cartoucherie à cette nouvelle version de "Notre vie dans l'art", on se dit que ce choix ne peut rien devoir à un quelconque hasard… Et quand on découvre que c'est à Ariane Mnouchkine que l'on doit la traduction de la pièce, et que ce sont ses propres comédiens formés selon les canons artistiques animant son travail que dirige ici Richard Nelson, on n'est nullement surpris de reconnaître là le mantra commun à leurs deux univers : faire du théâtre une caisse de résonances de l'histoire en cours.

Dominant le plateau, comme dans un amphithéâtre antique, des rangées de gradins se font face. Entre une troupe de comédiens en costume de ville. Ils s'affairent à remettre en place les chaises renversées sur la longue table rectangulaire occupant l'espace central, ainsi qu'on peut le faire lorsque l'on revient dans une maison après absence. Il y a là Kostia (Constantin Stanislavski, directeur et acteur du Théâtre de Moscou), Vania, Richard (ancien acteur du même théâtre, exilé lui aux États-Unis), Olga (veuve d'Anton Tchekhov), Vassia et Nina (couple en proie aux tourments de la jalousie amoureuse), Lev et Varia, Masha et Lida, et Petia (jeune acteur soupçonné d'accointances avec les dirigeants de l'Union Soviétique).

Yves Kafka
29/12/2023
Spectacle à la Une

"L'Effet Papillon" Se laisser emporter au fil d'un simple vol de papillon pour une fascinante expérience

Vous pensez que vos choix sont libres ? Que vos pensées sont bien gardées dans votre esprit ? Que vous êtes éventuellement imprévisibles ? Et si ce n'était pas le cas ? Et si tout partait de vous… Ouvrez bien grands les yeux et vivez pleinement l'expérience de l'Effet Papillon !

© Pics.
Vous avez certainement entendu parler de "l'effet papillon", expression inventée par le mathématicien-météorologue Edward Lorenz, inventeur de la théorie du chaos, à partir d'un phénomène découvert en 1961. Ce phénomène insinue qu'il suffit de modifier de façon infime un paramètre dans un modèle météo pour que celui-ci s'amplifie progressivement et provoque, à long terme, des changements colossaux.

Par extension, l'expression sous-entend que les moindres petits événements peuvent déterminer des phénomènes qui paraissent imprévisibles et incontrôlables ou qu'une infime modification des conditions initiales peut engendrer rapidement des effets importants. Ainsi, les battements d'ailes d'un papillon au Brésil peuvent engendrer une tornade au Mexique ou au Texas !

C'est à partir de cette théorie que le mentaliste Taha Mansour nous invite à nouveau, en cette rentrée, à effectuer un voyage hors du commun. Son spectacle a reçu un succès notoire au Sham's Théâtre lors du Festival d'Avignon cet été dernier.

Impossible que quiconque sorte "indemne" de cette phénoménale prestation, ni que nos certitudes sur "le monde comme il va", et surtout sur nous-mêmes, ne soient bousculées, chamboulées, contrariées.

"Le mystérieux est le plus beau sentiment que l'on peut ressentir", Albert Einstein. Et si le plus beau spectacle de mentalisme du moment, en cette rentrée parisienne, c'était celui-là ? Car Tahar Mansour y est fascinant à plusieurs niveaux, lui qui voulait devenir ingénieur, pour qui "Centrale" n'a aucun secret, mais qui, pourtant, a toujours eu une âme d'artiste bien ancrée au fond de lui. Le secret de ce spectacle exceptionnel et époustouflant serait-il là, niché au cœur du rationnel et de la poésie ?

Brigitte Corrigou
08/09/2023
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
15/10/2023