La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Danse

"Tumulus"… Déroutant et original ! - 02/12/2022

Dans le cadre du festival d'Automne, nous voici emmenés dans un univers à la fois original et profond tant dans sa recherche chorégraphique que scénique. C'est un voyage vers l'infiniment grand et l'infiniment petit aux frontières du vivant et de la mort auquel nous convient François Chaignaud et Geoffroy Jourdain. Danses et chants, de la Renaissance aux années soixante-dix, deviennent compagnons...  

"La leçon"… Décalée et toute en couleur ! - 17/11/2022

Après "Les chaises ?" et "M. & Mme Rêve", le couple Pietragalla-Derouault renoue avec l'œuvre d'Eugène Ionesco. Dans une mise en scène où les chorégraphies alimentent les dialogues théâtraux, le verbe devient dansé et est porté par celles-ci en redessinant la création du dramaturge roumano-français dans un rapport, à l'autre et à l'espace, vif, mais tout en nuances. Voilà une scénographie aux...  

"Royaume" Un corps à soi… Femmes libres, vous écrirez votre nom en lettres de feu - 01/12/2022

"Une chambre à soi" (1929, Virginia Woolf), un corps à soi… Pour dénoncer les violences faites aux femmes, pratiques légitimées à bas bruit par des siècles de domination patriarcale, soixante-dix années plus tard, les Nations Unies ont institué une journée particulière afin que ces crimes ne puissent, encore et toujours, être banalisés par un masculin dominant. Heureux hasard du calendrier, c'est...  

"Marelle/Que les corps modulent !" Morceaux en forme de marelle pour douze enfants et vingt-quatre mains - 22/11/2022

À la fois corps de ballet et orchestre, une douzaine d'enfants créent une nouvelle forme de spectacle en mouvement, s'appuyant sur un dispositif dans lequel chaque geste, chaque déplacement deviennent des prétextes à la production sonore, comme une marelle musicale. Guidée par le compositeur et metteur en scène Benjamin Dupé et le chorégraphe Étienne Fanteguzzi, ceux-ci nous offrent une...  

"Tutu"… Les petits pas burlesques de petits rats déjantés ! - 10/11/2022

Chico Mambos revisite la danse classique dans sa gestuelle, ses déplacements et ses figures... Mais par le biais de l'humour, voire du burlesque. Créant un univers original, mais fantasque, six danseurs jouent d'imitations dans différentes chorégraphies, entre dérision et exigence, faisant de la danse classique un art joyeux et pouvant bousculer les codes artistiques. Six danseurs, habillés en...  

"Gloria"… Cocktail artistique explosif ! - 26/10/2022

Le chorégraphe José Montalvo nous emmène, avec une musique allant du baroque au moderne en passant par le jazz manouche, dans un voyage intime où, au travers du flamenco, des danses classique, contemporaine, urbaine et africaine, se mêlent des récits personnels qui alimentent chaque tableau scénique. C'est un spectacle qui s'alimente autant d'art que de confidences, de mots dits que de propos...  

"Piano works Debussy" Debussy et la danse, un couple toujours aussi moderne ! - 20/10/2022

La danse donne rendez-vous à la musique classique où la chorégraphe-danseuse Lisbeth Gruwez et la pianiste Claire Chevallier se retrouvent pour proposer un spectacle où le souffle, la tonicité et le rythme corporel de la première font alliance avec le talent de la seconde, nourri par la créativité du compositeur français qui avait déjà, avec "Prélude à l'après-midi d'un faune" (1892-1894), donné...  

"Oüm"… L'Orient et l'Occident entre danse, chant et poésie - 13/07/2022

C'est une immersion vers un ailleurs d'un Orient où résonne, avant le début du spectacle, la chanteuse égyptienne Oüm Kalthoum reprenant un poème d'Omar Khayyam. Accompagné de percussions, d'oud et de guitare électrique, le chorégraphe Fouad Boussouf avec sa compagnie Massala nous fait revivre ses souvenirs d'enfance au Maroc et les émotions universelles d'amour, de volupté et d'instants...  

Shazam… Le retour éternel ! - 08/07/2022

Dans cette pièce emblématique de la compagnie DCA créée en 1998, Philippe Decouflé marie théâtre, cirque, vidéo et musique dans des tableaux où la perspective joue un malin plaisir avec ce qui est et ce qui est perçu, dans un cadre autant intimiste que représentatif. Cela démarre en fanfare dans la salle avant même que le public s'installe dans les gradins avec des majorettes, essentiellement...  

"Mythologies" Chorégraphies des rêves éveillés des peuples - 05/07/2022

Si, comme Paul Ricœur l'avançait, "Le rêve est à la mythologie privée du dormeur, ce que le mythe est au rêve éveillé des peuples", Angelin Preljocaj n'a de cesse de nous faire rêver, tout éveillés, nous spectateurs de 2022 vibrant intérieurement à l'évocation de ces figures mythiques lovées dans quelque recoin de notre psyché. Pour la première de sa création mondiale donnée à l'Opéra National de...  
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À découvrir

Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

Besoin de se dérouiller un peu les jambes, de se plaindre de la cohue qu'elles subissent tous les jours, de se rappeler des souvenirs "d'enfance" ou de se réchauffer les nerfs aux rivalités les plus classiques, rivalités de notoriété, de séduction ou d'âge, car ces quatre figures font bien partie des représentations de l'idéal féminin en compétition, telle sera la course qu'elles mènent avec fougue et sensualité.

L'idée de départ aurait pu devenir banale et vaine sans l'inventivité que les autrices, les interprètes et le metteur en scène ont déployé. Le texte de Claire Couture et Mathilde Le Quellec ancre résolument son ton dans la fantaisie, le jeu de répliques et l'humour. Les deux autrices ont laissé libre cours à leur imaginaire en gardant un point de vue moderne. Elles dessinent des tempéraments rugueux, explosifs et inattendus, qui tranchent avec les idées convenues que l'on forme face à ces représentations idéalisées de la femme : ce que cache le visage, l'apparence, l'esthétique.

Bruno Fougniès
18/10/2022
Spectacle à la Une

"Huis clos" Sommes-nous acteurs de notre destin ou de simples marionnettes ?

Garcin, Inès et Estelle, un homme et deux femmes, se retrouvent enfermé(es) dans un salon où la lumière ne s'éteint pas et duquel il est impossible de sortir. Ils comprennent qu'ils se trouvent en Enfer et se racontent leurs histoires. Ainsi se noueront entre eux des relations complexes qui ne se révèleront pas toujours réciproques.

© Anthony Dausseur.
Est-ce bien raisonnable de retourner assister à une énième représentation de "Huis clos", ce texte incontournable du théâtre français écrit, fin 1943 - début 1944, par le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre ? Une de ses plus belles œuvres et aussi une des plus jouées.
Quand on aime, on ne compte pas, semble-t-il.

Au Laurette Théâtre, une petite salle intimiste de quartier, se joue une nouvelle version de cette célèbre pièce, interprétée par deux comédiennes et un comédien attachant(es) et investi(es) : Sebastian Barrio, Karine Battaglia et Laurence Meini.

La proximité du public avec la scène et, de ce fait, le contact très proche avec les personnages renforcent très largement la thématique de la pièce. Rares ont été les fois où cette sensation d'enfermement a pu nous envahir autant, indépendamment des relations tendues qui se tissent progressivement entre les personnages et qui de ce fait sont décuplées.

Brigitte Corrigou
24/10/2022
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
20/09/2022