La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
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Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle

Théâtre

"Cherchez la faute"… La genèse qui décrit la création ne serait-elle que l'histoire d'une liberté à construire ? - 18/12/2017

L'arbre est en pot, au centre d'un rectangle fermé par des tables sur lesquelles des livres et des fonds de dossiers sont déployés. Le spectateur qui assiste à la représentation de "Cherchez la faute !" (mise en scène par François Rancillac) et s'assoit à l'une des tables comprend vite que la forme influe sur le contenu. La disposition est propice à l'échange, au dialogue en commun. Assurément...  

"Dementia Praecox" : une œuvre d'art aussi fascinante que dérangeante - 13/12/2017

Sur scène s'opère une représentation de la vie. Et qu'est-ce donc qu'une représentation de la vie sinon l'art ? "Dementia Praecox" questionne la relation qui existe entre une œuvre et son public. Le spectateur est nécessaire pour que l'art ait une existence. Sans personne pour l'appréhender, alors il ne signifie plus rien. Le spectateur fait partie intégrante de l’œuvre. Le spectacle envahit tout...  

"Bosch Dreams"… Délice savoureux théâtral, poétique, musical et circassien - 08/12/2017

Dans le cadre du festival "Le Québec à la Villette", le cirque, drapé d'imaginaire et de poésie, dépose sa valise pour investir avec bonheur l'Espace Chapiteaux de La Villette dans une thématique artistique où la peinture de Jérôme Bosch est revisitée au travers du ludique et du merveilleux. Avec "Bosch Dreams", l'univers circassien est à mille lieues des numéros d'acrobaties ou de fauves. Le...  

Caubère et Ferdinand… ou la magie du temps retrouvé… - 06/12/2017

Dans "Adieu Ferdinand", Philippe Caubère donne encore chair (pour la dernière fois, dit-il) à un jeune homme né littérairement et à l'impromptu il y a 37 ans. Il a pour nom Ferdinand Faure. Qui est devenu comédien au tout début des années soixante-dix et a pris son indépendance. Sa personnalité avance de manière chaotique. Sa sexualité en bandoulière, ses livres dans sa besace. Pris en flagrant...  

La démocratie a besoin d'acteurs… Un peu de désir, un peu d'humour… En public ! - 01/12/2017

C'est dans une Amérique prospère et paisible. Un jeune homme qui fait un voyage d'études. Cinquante ans environ après l'indépendance, Alexis de Tocqueville relate comme un fait prodigieux sa découverte de la démocratie. C'est cet auteur que tout le monde cite (et peu ont lu) que Laurent Gutmann entreprend de passer au gril… du théâtre. Son spectacle se présente comme le travail en cours d'un...  

La 7e fonction du langage... Qui a tué Roland Barthes ? - 30/11/2017

Avec le roman de Laurent Binet, Sylvain Maurice nous emmène dans un univers où les protagonistes sont des intellectuels phares qui ont marqué leur époque dans une course-poursuite à la recherche d'une vérité qui n'en est peut-être pas une. Mais quelle est donc cette septième fonction ? Pour nous éclairer, les six fonctions du langage du linguiste Roman Jakobson (1896-1982) sont convoquées dès le...  

Ils ne vécurent pas heureux et n'eurent pas beaucoup d'enfants - 29/11/2017

C'est l'histoire d'un homme et d'une femme et d'un homme. C'est une histoire d'amour. Ou plutôt d'amours. Lise, Adam et Paul vivent tous les trois ensemble et ils s'aiment. D'un amour différent chacun, ça ils le comprennent bien, personne n'aime de la même façon ; mais ils s'aiment et c'est bien tout ce qui compte. Peu importe les regards extérieurs, les jugements des autres. Ils sont tous les...  

"Margot" par Laurent Brethome… Une approche caravagesque, une mise en scène d'un authentique peintre ! - 27/11/2017

Christopher Marlowe aurait pu être le jumeau de Shakespeare s‘il n'avait disparu, mystérieusement, prématurément. Témoin fougueux d'un temps tumultueux, qui voit la Renaissance et son humanisme s'effondrer dans le crime et le sang, dans les guerres de religion. C'est sous le titre "Margot" que Laurent Brethome met en scène "Massacre à Paris" de Christopher Marlowe, mettant en valeur un personnage...  

Une partition pour acteurs joliment réalisée : la pièce de Marcel Aymé dans tout son lustre - 27/11/2017

Il est vrai qu'il y a un aspect suranné dans cette pièce. Ne serait-ce que la distribution de rôles et la situation : une ville de province, un aristocrate, un curé, une prostituée, un fils retardé sexuellement, l'apparition d'un saint, une famille de commerçants enrichis, avides de dorer le nom de leur famille en payant par dot le droit de porter le nom de comte de Clérambard. Cela transpire la...  

"Les monstrueuses", un hymne à la vitalité, une confidence faite au public - 22/11/2017

Dans "Les monstrueuses" de Leïla Anis (et joué par elle-même), une jeune femme décrit le choc qui est le sien à l'annonce de sa grossesse. Son état de confusion. Un chaos des souvenirs qui fondent sa lignée. En butte à une malédiction venue de la nuit des temps. Ces enfantements qui l'ont précédé… Enfantements qui, de la mère à la mère, transmettent l'épreuve du mauvais sort, du mal amour. Don de...  
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À découvrir

"Une chambre en Inde"… contre tous les intégrismes !

"Une chambre en Inde", Théâtre du Soleil, Paris

Reprise Ariane Mnouchkine traite de la place du théâtre dans un monde marqué par les guerres, le terrorisme et un populisme d'exclusion qui rend service à celui-ci. Et elle y répond avec humour et passion.

Cornélia (Hélène Cinque) fait partie d'une troupe dont le directeur, M. Lear, a été appréhendé par la police indienne après être monté, nu, sur la statue du Mahatma Gandhi et avoir crié "Artaud". Il avait "pété les plombs" suite aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Du personnage, de son nom et de son acte, tout est passé à travers le prisme du théâtre ainsi que ses coulisses et ses questionnements.

Cela se passe dans une chambre en Inde où se trouve Cornélia, souvent allongée. Difficile de démêler ce qui est en dehors, de ce qui est en dedans, de ce qui est de l'imagination ou de la réalité. Tout est imbriqué. Monde et événements s'y logent faisant de ce lieu une incarnation de l'esprit du personnage.

La pièce est une œuvre collective construite autour d'improvisations. Mnouchkine se demandait "comment aujourd'hui raconter le chaos d'un monde devenu incompréhensible ? Comment raconter ce chaos sans y prendre part, c'est-à-dire sans rajouter du chaos au chaos, de la tristesse à la tristesse, du chagrin au chagrin, du mal au mal ?".

Safidin Alouache
03/12/2017
Spectacle à la Une

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara

Il n'est jamais aisé de s'approprier et d'interpréter des chansons créées, portées, sublimées par des artistes tels que Barbara. Mais là où beaucoup échouèrent, Lou Casa et son chanteur Marc Casa relèvent le défi avec brio et donne une lecture étonnante, poignante et incroyablement juste de six morceaux choisis de la Dame en noir.

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara
Lou Casa, c'est deux frères, l'un au chant (Marc), l'autre au piano (Fred) et un bassiste (Julien Aeillon)… issus d'un collectif (à géométrie variable : 3 à 10 membres) qui travaillent sur des créations tant musicales (chansons, musiques improvisées) qu'expérimentales où peuvent s'associer danse, slam, poésie, vidéo, etc. Ici, après différentes productions, dont "Barbara, Quinze ans" en novembre 2012 qui initiera en 2014 le projet "Chansons de Barbara", ils décident de coucher six interprétations sur un CD intitulé "À ce jour" dont on espère que d'autres suivront.

Marc Casa donne une intonation particulière aux mots de Barbara (1), de Brel (2), de Françoise Lo (3) ou de Georges Bérard (4), portant avec élégance une certaine fêlure dans la voix qui amplifie l'émotion exprimée, la fragilité sous-tendue. En même temps, le grain légèrement rugueux donne la force et l'énergie au chant, imprimant la trame musicale soutenue par la basse toute en rythmique associée au piano percussif, notamment dans le sublime "Perlimpinpin" presque guerrier, revendicatif… Le clip est d'ailleurs très révélateur et significatif de l'interprétation choisie, exprimée par Lou Casa. Voix parlée chuchotée, prenant doucement de l'amplitude. Derrière le piano roule les notes en une rivière sautillante mi-tango mi-reggae, appuyant certains mots scandés par Marc Casa.

Gil Chauveau
04/12/2017
Sortie à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre de la Contrescarpe, Paris

Reprise Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016