La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Théâtre

"Chœur des amants" Avec le temps… tout recommence, toute caresse toute confiance se survit - 19/02/2024

Comme on parlerait d'un roman des origines, le "Chœur des amants" de Tiago Rodrigues marque en 2007 l'entrée sur la scène théâtrale de celui qui, depuis, ne cesse de la faire vibrer, multipliant les propositions reliées par le même fil rouge : un amour inconditionnel pour l'humain. C'est là en effet la force vive qui pousse l'actuel directeur du Festival d'Avignon à raconter encore et encore des...  

"Passeport" Sous un angle théâtral virtuose, plongée au cœur de la problématique de l'immigration - 16/02/2024

Issa, jeune Érythréen, laissé pour mort dans la "jungle" de Calais, mâchoire fracturée, a perdu la mémoire. Alors que le seul élément tangible de son passé est son passeport, il entame une longue quête semée d'embûches afin d'obtenir un titre de séjour, entouré de compagnons d'infortune, Ali et Arun, un Tunisien, ancien professeur d'anglais en Syrie, et un Indien tamoul, mais surtout pour...  

"Mine de rien" L'indien, le fils et la mère : l'équation à un inconnu - 15/02/2024

Dur dur quand on est un peu "gogol" (pas au sens des mathématiques, mais de l'argot) de résoudre une équation familiale dont l'inconnu, la figure du père, tonitrue par son absence… Alors le fils attardé demande fiévreusement à la mère excédée – végétant dans un fauteuil roulant après s'être esquinté le dos à briquer les parquets des autres – de lui raconter encore et encore "l'histoire de...  

"Jean Zay, l'homme complet" Le destin tragique d'un grand homme, visionnaire et hors du commun - 14/02/2024

1940. Après un simulacre de procès, Jean Zay, ministre de l'Éducation Nationale et des Beaux-Arts du Front Populaire, radical de gauche, franc-maçon et cible des antisémites, est condamné par le gouvernement de Pétain à la déportation. Finalement incarcéré à la prison de Riom, il sera assassiné par la milice française, le 20 juin 1944. Précieux éclairage sur les années trente en France, sur son...  

"Débris" Oh le beau nom pour un bébé né sur un tas d'ordures… - 09/02/2024

Si dans "Oh les beaux jours", Samuel Beckett mettait en jeu un monde évidé de son humanité où la voix de Winnie, à moitié enterrée dans un gros mamelon, résonnait dans le désert sans rencontrer le moindre écho (y compris celui de Willie, son compagnon), les paroles entremêlées de Michael et Michelle de Dennis Kelly tonitruent dans "Débris" pour remplir le vide sidéral de leur existence dévastée…...  

"L'Aquoiboniste" Une immersion transcendante dans le pouvoir de la vie après la mort - 08/02/2024

À la suite d'un choc tant physique qu'émotionnel provoqué par une crise de catalepsie, un homme n'arrive plus à être présent à sa propre vie. Il se réveille et entend sa jeune épouse vaquer autour de lui… Soudain, elle s'approche et le déclare mort ! Il va être enterré vivant, mais il continue à percevoir les voix et l'agitation qui l'entourent. Son corps est peut-être mort, mais sa tête, elle,...  

"Les Consolantes" Quand le théâtre convoque avec justesse et émotions la mémoire collective - 06/02/2024

C'est une fiction qui permet de raconter une multitude de parcours individuels, inspirés par des dizaines de personnes réelles, et ce, autour des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis. Collectées par l'IHTP (Institut d'Histoire du Temps Présent du CNRS) qui lançait une enquête sur l'événement et sa mémoire, ces confessions intimes, récoltées six ans après les attentats, sont...  

"La Langue de mon père" Se reconstruire avec l'absence du père dans une quête linguistique à dessein identitaire - 02/02/2024

Se raconter pour se réconcilier avec son passé, avec les siens, avec les absences assumées ou occultées… et éclaircir, comprendre, assimiler la problématique d'une identité compliquée à endosser, à vocation d'interdiction, celle d'être kurde (ou à moitié kurde, ici la différence n'a pas d'incidence) dans une Turquie qui applique encore une répression régulière (politique, militaire, sociale…)...  

"Le Tartuffe" Instrument analytique pour l'étude de la composition et d'une décomposition de la cellule familiale - 31/01/2024

Sous l'influence des archets artistiques des musiciens du verbe et du mouvement que sont Serge Noyelle et Marion Coutris, le "Tartuffe" de Molière prend une nouvelle dimension, aux confins des fêlures familiales et des paradoxes existentiels des individus masculins et féminins qui composent une famille. Entrer avec vélocité et sans répit dans le labyrinthe de ces relations familiales, c'est ce...  

Les lumineux éclats de la pensée d'Hannah Arendt brillent dans ces "Fragments" - 30/01/2024

Bérengère Warluzel nous invite à une traversée, une promenade, une escapade lumineuse à travers la pensée et la vie d'Hannah Arendt. Ni biographie, ni conférence philosophique, ni pièce de théâtre véritable, Fragment s'inscrit dans un autre registre, celui des spectacles sans étiquette. Et c'est une bonne chose pour donner voix à cette philosophe qui a toujours su exiger pour elle-même une totale...  
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À découvrir

"Notre vie dans l'art", 1923-2023, "le siècle, il a passé"… et rien de nouveau à l'est… Un flamboyant Tchekhov contemporain

"La vie, elle a passé, on a comme pas vécu…", ainsi parlait Firs, le vieux valet de chambre de "La Cerisaie" d'Anton Tchekhov, pièce écrite dans le domaine de son ami comédien et metteur en scène Constantin Stanislavski… C'est ce même Constantin Stanislavski, auteur en son temps d'une "Notre vie dans l'art", qui se retrouve au cœur de la pièce éponyme écrite et mise en scène par Richard Nelson, auteur, metteur en scène américain et tchékhovien dans l'âme. Et si l'argument – "Conversations entre acteurs du Théâtre d'Art de Moscou pendant leur tournée à Chicago, 1923" – n'a pas changé d'un iota, ses échos contemporains sont eux particulièrement troublants.

© Vahid Amampour.
Quand, dans le cadre du Festival d'Automne, le Théâtre du Soleil ouvre grand ses portes monumentales de la Cartoucherie à cette nouvelle version de "Notre vie dans l'art", on se dit que ce choix ne peut rien devoir à un quelconque hasard… Et quand on découvre que c'est à Ariane Mnouchkine que l'on doit la traduction de la pièce, et que ce sont ses propres comédiens formés selon les canons artistiques animant son travail que dirige ici Richard Nelson, on n'est nullement surpris de reconnaître là le mantra commun à leurs deux univers : faire du théâtre une caisse de résonances de l'histoire en cours.

Dominant le plateau, comme dans un amphithéâtre antique, des rangées de gradins se font face. Entre une troupe de comédiens en costume de ville. Ils s'affairent à remettre en place les chaises renversées sur la longue table rectangulaire occupant l'espace central, ainsi qu'on peut le faire lorsque l'on revient dans une maison après absence. Il y a là Kostia (Constantin Stanislavski, directeur et acteur du Théâtre de Moscou), Vania, Richard (ancien acteur du même théâtre, exilé lui aux États-Unis), Olga (veuve d'Anton Tchekhov), Vassia et Nina (couple en proie aux tourments de la jalousie amoureuse), Lev et Varia, Masha et Lida, et Petia (jeune acteur soupçonné d'accointances avec les dirigeants de l'Union Soviétique).

Yves Kafka
29/12/2023
Spectacle à la Une

"L'Effet Papillon" Se laisser emporter au fil d'un simple vol de papillon pour une fascinante expérience

Vous pensez que vos choix sont libres ? Que vos pensées sont bien gardées dans votre esprit ? Que vous êtes éventuellement imprévisibles ? Et si ce n'était pas le cas ? Et si tout partait de vous… Ouvrez bien grands les yeux et vivez pleinement l'expérience de l'Effet Papillon !

© Pics.
Vous avez certainement entendu parler de "l'effet papillon", expression inventée par le mathématicien-météorologue Edward Lorenz, inventeur de la théorie du chaos, à partir d'un phénomène découvert en 1961. Ce phénomène insinue qu'il suffit de modifier de façon infime un paramètre dans un modèle météo pour que celui-ci s'amplifie progressivement et provoque, à long terme, des changements colossaux.

Par extension, l'expression sous-entend que les moindres petits événements peuvent déterminer des phénomènes qui paraissent imprévisibles et incontrôlables ou qu'une infime modification des conditions initiales peut engendrer rapidement des effets importants. Ainsi, les battements d'ailes d'un papillon au Brésil peuvent engendrer une tornade au Mexique ou au Texas !

C'est à partir de cette théorie que le mentaliste Taha Mansour nous invite à nouveau, en cette rentrée, à effectuer un voyage hors du commun. Son spectacle a reçu un succès notoire au Sham's Théâtre lors du Festival d'Avignon cet été dernier.

Impossible que quiconque sorte "indemne" de cette phénoménale prestation, ni que nos certitudes sur "le monde comme il va", et surtout sur nous-mêmes, ne soient bousculées, chamboulées, contrariées.

"Le mystérieux est le plus beau sentiment que l'on peut ressentir", Albert Einstein. Et si le plus beau spectacle de mentalisme du moment, en cette rentrée parisienne, c'était celui-là ? Car Tahar Mansour y est fascinant à plusieurs niveaux, lui qui voulait devenir ingénieur, pour qui "Centrale" n'a aucun secret, mais qui, pourtant, a toujours eu une âme d'artiste bien ancrée au fond de lui. Le secret de ce spectacle exceptionnel et époustouflant serait-il là, niché au cœur du rationnel et de la poésie ?

Brigitte Corrigou
08/09/2023
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
15/10/2023