La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Théâtre

"Das weite Land" d'Arthur Schnitzler à Vienne… Purgatoire collectif et laboratoire des âmes - 30/11/2022

"Le vaste pays", dans le titre de la pièce d'Arthur Schnitzler, se réfère aux âmes humaines. Barbara Frey saisit cette métaphore à la plénitude dans sa nouvelle mise en scène à l'Akademietheater de Vienne. Une disposition parfaite pour une distribution de premier rang où figure, entre autres, Michael Maertens (Friedrich Hofreiter), Katharina Lorenz (Génia), Itay Tiran (le docteur Mauer), Bibiana...  

LWA… Théâtral et politique ! - 28/11/2022

C'est une prise de position d'un théâtre qui remonte jusqu'au XVIIIe siècle à la source d'écrits, de harangues et de propos tenus par des révolutionnaires ou des figures artistiques célèbres pour comprendre ce qui a fait la trame d'idées coloniales dévastatrices du genre humain. On y rencontre aussi, dans un aspect plus lumineux et digne, la figure d'hommes courageux qui se sont révoltés avec le...  

"Le Bruit des Loups" Les illusions retrouvées… une fête des "sens" - 24/11/2022

Pour conter sa fabuleuse histoire de l'homme-enfant - qu'il cultive comme viatique des traversées désertiques du monde adulte - toujours prêt à s'émerveiller de ce que la nature peut provoquer d'imaginaire fertile, Étienne Saglio réinvente les paysages de nos rêves enfouis. Immergés dans une forêt peuplée d'animaux sauvages, en compagnie d'un petit renard farceur et d'un géant tout autant...  

"L'envol perdu" La quête éperdue de l'inaccessible, une histoire de désirs… - 23/11/2022

S'il est un point commun entre ces trois créatures réunies dans une étonnante volière, c'est bien qu'elles sont, chacune dans son registre, des êtres de désir prêts à se brûler les ailes pour réaliser ce que d'aucuns - les résignés - nommeraient pures chimères… Trois personnages de "La Mouette", d'Anton Tchekhov, adaptée avec la complicité de Marianne Perdu, qui vont prendre leur envol dans une...  

"Bloc 45, Témoignage" Le dehors et le dedans, deux mondes fracturés en un seul - 17/11/2022

Et cet "un", c'est Francis. Employé à la RATP, disposant d'un appartement à Saint-Ouen, mais ne pouvant souffrir de dormir ailleurs que dans une cellule du commissariat de Saint-Denis dont il fait chaque soir, depuis dix ans, consciencieusement le siège. En effet, pour pouvoir respirer l'air du dehors, il éprouve le besoin vital de l'enfermement… La metteure en scène, Virginie Barreteau s'est...  

"T. I. N. A." Un cocktail d'humour explosif qu'on boit jusqu'à l'ivresse - 16/11/2022

Un titre énigmatique pour un spectacle hors normes construit comme un fantastique mécano où s'assemblent les éléments épars de l'humour, de la volonté de réveiller les consciences et d'un discours politique et social d'autant plus intense qu'il n'impose rien. Tout cela grâce à un subterfuge de mise en scène des plus efficaces : l'art du clown venu intercéder pour nous raconter notre histoire et...  

"Huit heures ne font pas un jour" Chronique d'une émancipation annoncée - 15/11/2022

Quand on se nomme Krüger-Epp, que l'on appartient à une famille ordinaire ouvrière dans la RFA des années soixante-dix et que l'existence semble a priori se résumer à partager son temps entre l'atelier d'usine et la récupération de sa force de travail, sans autre horizon d'attente qu'un labeur répétitif dénué de sens, on a bien besoin d'un petit grain de sable - une lanceuse d'alerte dirait-on...  

"La Performance", un théâtre visuel hommage au cinéma muet - 12/11/2022

Le cinéma muet des débuts du septième art n'avait besoin ni de sous-titres, ni de traductions pour être compris de toute la planète. "La Performance" possède les mêmes pouvoirs universels. Ses premières représentations ont d'ailleurs eu lieu en Écosse, au Tron Theatre de Glasgow, du 12 au 22 octobre. Né d'une coproduction entre le Tron et l'IVT de Paris, ce spectacle a été créé dans le but d'être...  

"Racine carrée du verbe être"… Démonstration magistrale ! - 09/11/2022

Dans une superbe création où le dramaturge, metteur en scène et comédien Wajdi Mouawad marie imagination et vécu, nous nous retrouvons dans une chronologie de près de 75 ans dans des lieux aussi différents que Beyrouth, Montréal, Paris, Rome et Livingstone avec, au cœur de celle-ci, la double explosion tragique du port de Beyrouth en 2020. Dans ces épisodes bousculés, le dramaturge pose un regard...  

"Le Tiers Temps" Fin de partie pour un pensionnaire en quête d'auteur - 03/11/2022

Tout a existé. La silhouette longiligne au visage taillé à la serpe de ce dramaturge irlandais de naissance, ayant troqué l'anglais pour le français, langue de son exil volontaire. La maison de retraite "Le Tiers Temps" situé dans le XIVe arrondissement de Paris où il finit ses jours, en 1989. Sauf que tout est faux… Les derniers mois de l'existence de Samuel Beckett, mis en scène ici par Guy...  
1 2 3 4 5 » ... 102



Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À découvrir

Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

Besoin de se dérouiller un peu les jambes, de se plaindre de la cohue qu'elles subissent tous les jours, de se rappeler des souvenirs "d'enfance" ou de se réchauffer les nerfs aux rivalités les plus classiques, rivalités de notoriété, de séduction ou d'âge, car ces quatre figures font bien partie des représentations de l'idéal féminin en compétition, telle sera la course qu'elles mènent avec fougue et sensualité.

L'idée de départ aurait pu devenir banale et vaine sans l'inventivité que les autrices, les interprètes et le metteur en scène ont déployé. Le texte de Claire Couture et Mathilde Le Quellec ancre résolument son ton dans la fantaisie, le jeu de répliques et l'humour. Les deux autrices ont laissé libre cours à leur imaginaire en gardant un point de vue moderne. Elles dessinent des tempéraments rugueux, explosifs et inattendus, qui tranchent avec les idées convenues que l'on forme face à ces représentations idéalisées de la femme : ce que cache le visage, l'apparence, l'esthétique.

Bruno Fougniès
18/10/2022
Spectacle à la Une

"Huis clos" Sommes-nous acteurs de notre destin ou de simples marionnettes ?

Garcin, Inès et Estelle, un homme et deux femmes, se retrouvent enfermé(es) dans un salon où la lumière ne s'éteint pas et duquel il est impossible de sortir. Ils comprennent qu'ils se trouvent en Enfer et se racontent leurs histoires. Ainsi se noueront entre eux des relations complexes qui ne se révèleront pas toujours réciproques.

© Anthony Dausseur.
Est-ce bien raisonnable de retourner assister à une énième représentation de "Huis clos", ce texte incontournable du théâtre français écrit, fin 1943 - début 1944, par le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre ? Une de ses plus belles œuvres et aussi une des plus jouées.
Quand on aime, on ne compte pas, semble-t-il.

Au Laurette Théâtre, une petite salle intimiste de quartier, se joue une nouvelle version de cette célèbre pièce, interprétée par deux comédiennes et un comédien attachant(es) et investi(es) : Sebastian Barrio, Karine Battaglia et Laurence Meini.

La proximité du public avec la scène et, de ce fait, le contact très proche avec les personnages renforcent très largement la thématique de la pièce. Rares ont été les fois où cette sensation d'enfermement a pu nous envahir autant, indépendamment des relations tendues qui se tissent progressivement entre les personnages et qui de ce fait sont décuplées.

Brigitte Corrigou
24/10/2022
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
20/09/2022