La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Théâtre

"Cataract Valley" Famille je vous aime ! - 21/01/2020

Un cadre idyllique, où flore et faune sauvages sembleraient immuables, serait-il de nature à panser les souffrances d'âmes à la dérive en leur donnant racines ? S'il est vrai que la littérature est le lieu de résilience de passions dévorantes et le théâtre, "l'autre scène" où se projettent à l'envi les conflits psychiques générés par les assignations familiales héritées, alors "Camp Cataract",...  

"Rosa Luxemburg Kabarett" Comme un quintette interprétant une pavane pour une infante défunte - 20/01/2020

Trop iconique, trop emblématique pour n'être pas méconnue. Objet de mémoire, repoussoir ou glorieux, Rosa Luxemburg (dans un spectacle "Rosa Luxemburg Kabarett" de Viviane Théophilidès) est, par-delà le temps qui a passé, comme citée à comparaître sur scène et le spectateur découvre un point de vue singulier et original sur cette femme politique. Dans sa mise en scène, Viviane Théophilidès...  

"Pièce en plastique" Un jeu de dépassement perpétuel de la provocation et de l'outrage - 18/01/2020

Dans "Pièce en plastique" de Marius von Mayenburg, mise en scène par Adrien Popineau, il y a côte à côte le père, la mère, le fils et l'ami de la famille. Ainsi que l'employée de service. Chargée de combler les vides et l'aigreur de vivre de ce quarteron. La pièce est hautement comique ou pathétique ou tragique : c'est selon. Tant le traitement effectué par l'auteur dépasse en fait la satire pour...  

"Phèdre" Une Phèdre pétrie de douleur et incendiée de sensualité - 16/01/2020

Sous l'implacable raideur des personnages raciniens bouillonne un magma de passions démesurées. Brigitte Jacques-Wajeman affiche au grand jour ces pulsions pour donner aux personnages de Phèdre un charnel éclatant. Une lecture originale qui respecte pourtant à la césure et l'accentuation près, l'alexandrin. Le décor de Grégoire Faucheux pourrait faire penser à une croix : un immense panneau...  

"A Bright Room Called Day" Les rhizomes de la résistible ascension de la peste brune - 15/01/2020

Si, dès 1941, dans "La résistible Ascension d'Arturo Ui", Bertolt Brecht défiait le pouvoir nazi en présentant une parabole mordante de la prise de pouvoir d'Adolf Hitler, Tony Kushner, en réécrivant en 2019 son scénario de "A Bright Room Called Day" (daté de 1984), projette sur une communauté d'artistes berlinois de 1932 l'ombre de Trump qui, après celle de Reagan, prépare le terreau dont se...  

"Ploutos, L'Argent Dieu" Un théâtre civique et populaire servant le rire et la réflexion - 14/01/2020

C'est un constant et douloureux constat effectué par les braves gens honnêtes de tous les siècles depuis des siècles : les richesses en ce monde sont inégalement et injustement réparties. Ainsi, l'auteur de l'antiquité grecque Aristophane montrait déjà, dans "Ploutos" (que met en scène Philippe Lanton), comment un humble maître et son unique esclave sont plus enclins à offrir de tristes offrandes...  

"Rosa Luxemburg Kabarett" Un écrin poétique qui éclaire la politique révolutionnaire - 13/01/2020

Rosa Luxemburg, figure féminine de la grande période révolutionnaire du début du siècle dernier. Sa vie s'est déroulée sur les traces des révolutions qui ont changé l'ordre du monde. Née en Pologne sous domination russe, s'exilant en Suisse puis en Allemagne où elle fut l'une de celles et ceux qui fondèrent le parti communiste (la ligue spartakiste), juste avant d'être assassinée par les...  

"Je peux dire sans me vanter qu'il est question de la mort dans tous mes spectacles… et de la folie aussi" - 12/01/2020

Entretien avec Claude Régy - réalisé le 4 novembre 2016 dans son appartement parisien - à propos de "Rêve et Folie", sa dernière mise en scène. Claude Régy est décédé le 26 décembre 2019 à Paris. Lorsque l'on entre chez Claude Régy, on pénètre dans un lieu qui, à lui seul, dit quelque chose de l'homme qui vit ici. Sous les toits de ce cinquième étage du premier arrondissement - que l'on atteint...  

"Vies de papier" Un road-movie immobile, une épopée de l'autodérision - 08/01/2020

Leur tournée passe peut-être pas loin de chez vous. Il faut aller voir Benoît Faivre et Tommy Laszlo et leur manière de rendre palpitant l'examen d'un album-photos anonyme et intrigant trouvé dans une brocante belge… Dans "Vies de papier", ces documentaristes, ces nouveaux Dupond et Dupont mènent une enquête qui, par étapes, avec ses impasses, ses indices, ses objets déconcertants, toutes ces...  

"La méduse démocratique" Rétablir la complexité et la force de la pensée d'un homme… Robespierre - 28/12/2019

Dans "la Méduse démocratique", le spectateur prend place autour d'une longue table de réunion, en chêne. Solide. De celles où l'on administre débats, où l'on plaide, motive, décide, tranche. Où se développent des arguments, des raisonnements. Dans cette cave [pièce vue et chroniquée lors de sa création au festival de Caves 2018, ndlr] se déroule l'ultime réunion, postmortem, par-delà les siècles...  
1 2 3 4 5 » ... 77






À découvrir

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine

Ça commence limite "foutage de gueule", genre numéro de cirque en guise d'attraction préambulaire… Après le combat de catch de nains, pourquoi un match de foot féminin pour ouvrir la kermesse annuelle du journal L'Union à Reims ! Sauf que… les choses vont prendre une tournure inattendue… Avec une coupe du monde à la clé ! C'est la nouvelle et formidable histoire de femmes que nous racontent Pauline Bureau et sa compagnie.

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine
Reims, été 68. Dans la perspective d'un événement footballistique important, coach et cadres de l'équipe locale cherche une attraction en préambule de la confrontation sportive… Et pourquoi pas des femmes courant après un ballon, c'est original et rigolo, du jamais vu !* Des filles sur un terrain de foot, voilà un divertissement apte à régaler les mâles… majoritaires sur les gradins.

S'ensuit un appel à candidates qui, à la grande surprise de l'initiateur (Nicolas Chupin), répondent présentes. Mais son étonnement est total quand il les voit taper dans le ballon ; et jouer avec enthousiasme, aisance, rapidité et une immense liberté, sans retenue. Elles ont entre 16 et 32 ans, venant d'horizons différents, et sont bien décidées à faire de cette mauvaise plaisanterie divertissante l'aventure de leur vie.

Et, ici, Pauline Bureau nous rappelle que l'histoire du football féminin est indissociable de l'évolution de la société et de ses luttes. Femmes footballeuses, femmes ouvrières, l'un peut être l'échappatoire de l'autre, enquête historique, en quête d'histoire… Plusieurs aspects de la condition de la femme sont abordés, montrés. Et dans les années soixante, de la famille à l'usine, les exemples ne manquent pas, actualités sociales sur fond de rendement à la chaîne, de taux horaires, flagrantes et énormes disparités de salaires entre les hommes et les femmes (ça a changé ?), etc.

Gil Chauveau
06/12/2019
Spectacle à la Une

"Le Pas Grand Chose" Un regard de côté pour illuminer le monde

Subvertir la pensée commune par des postures intellectuelles radicales, propres à faire passer ce pseudo conférencier circassien pour un autiste Asperger des plus performants, semble le crédo existentiel de cet artiste hors normes. Par le biais de son regard décalé, il recrée sous nos yeux un monde fabuleux, enchantant notre imaginaire et stimulant nos neurones assoupis.

Johann Le Guillerm, dès son apparition sur le plateau, poussant une improbable carriole-bureau à tiroirs, en impose. Son costume, sa cravate, sa tresse impeccable, sa voix monocorde… tout en lui dégage une inquiétante étrangeté mâtinée d'une sérénité au-dessus de tout soupçon. Comme si cet homme d'un autre temps, d'une autre époque, avait accumulé dans les plis de son être un savoir qui nous faisait défaut, nous les prisonniers de la caverne platonicienne condamnés à ne voir en toutes choses que le pâle reflet de nos vies formatées.

"Est-ce que quelqu'un dans la salle pourrait m'indiquer le chemin qui n'irait pas à Rome ?"… Dès sa première adresse au public, le ton est donné : si quelqu'un d'aventure, fort de ses nouveaux savoirs, s'était égaré là, conforté dans l'idée que la terre est ronde (suprême révélation datant d'à peine cinq cents ans) et que l'homme n'est pas maître en sa demeure (Freud, et la découverte de l'inconscient au début des années 1900), il pourrait illico "battre en retraite". Copernic, Galilée, Freud n'ont fait qu'ouvrir la voie… à nous de la poursuivre.

"La science de l'idiot" chevillée au corps, Johann Le Guillerm va faire exploser littéralement le prêt-à-penser confortant des idées manufacturées, fussent-elles actualisées, dupliquées à l'envi par la nécessité d'une reproduction sociale garante de l'ordre décliné par le savoir officiel. Penser autrement le monde, c'est ce qu'il fut amené à faire, d'abord à son corps défendant. Diagnostiqué enfant dys+++ (dyslexique, dysorthographique, etc.), il fut conduit à la rébellion de l'esprit en dessinant d'autres épures. Réflexe de survie.

Yves Kafka
21/12/2019
Sortie à la Une

"À mon bel amour"… Urbain, classique, éclectique et artistique

C'est sous le prisme des danses urbaines, contemporaine et classique que la chorégraphe Anne Nguyen interroge les identités au travers du corps et de son rapport à l'espace où le waacking, le popping, le voguing, le locking et le krump portent leurs signatures au détour de pointes, de balancés, de lock et de bounce.

Noir sur scène, puis un groupe se détache dans une lumière tamisée qui vient dessiner les creux de leurs silhouettes. La musique démarre à un rythme effréné. Au début, tout est homogène, ils forment une seule et même entité dans une intimité qui est balayée par le tempo musical. Comme un pied-de-nez à la sensation scénique d'un sentiment intime qui s'extériorise violemment.

À tour de rôle, comme une réminiscence des années soixante, soixante-dix, quatre-vingt, le waacking, le popping, le voguing, le locking, le krump, en appui des danses contemporaine et classique, apparaissent autour d'un socle artistique commun dans lequel chacun vient se nourrir au même humus. Des différences ? Oui, bien sûr, dans le tempo, la gestique, le rapport au corps, à la scène et à l'autre, mais tout ceci puise dans un même objectif, celle de faire communiquer une sensation, un état d'âme, une volonté farouche ou timide de montrer quelque chose sur le plateau, un ce je-ne-sais-quoi qui fait de l'artiste un buvard aux émotions qui a besoin, pour notre plus grand plaisir, de s'épancher.

Safidin Alouache
10/12/2019