La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Cirque & Rue

"Résiste" Dompter le fil instable dans une forme de résistance à la chute, comme une quête d'une nouvelle liberté à venir - 12/05/2022

Résister au fil, innover, sortir du langage "classique" du funambulisme, de ses codes mille fois réécrits et pratiqués, souvent avec talent et virtuosité, libérer l'acrobate évoluant sur cette corde hautement et hardiment tendue pour découvrir et composer une nouvelle musique orchestrant cette déambulation de l'équilibre, jouant en solitaire des notes la tête dans les nuages. Apporter la grâce,...  

"Les Flyings" Envolées circassiennes à la recherche de l'unique indicateur de point fixe qui vaille... - 21/03/2022

Le pendule géant de Mélissa von Vépy a-t-il vocation à rivaliser avec celui de Foucault, ce physicien ayant gagné une notoriété éternelle grâce à un bout de ficelle brûlé libérant la chute d'un objet sur un plan d'oscillation variant avec la rotation de la terre ? Rien n'est moins sûr… Mais ce qui l'est en revanche - et on s'en réjouira -, c'est que le ballant, cet instant d'apesanteur illusoire...  

"Les Dodos" Virtuoses aux agrès comme aux guitares… pour des envolées poétiques, musicales et rebelles ! - 23/12/2021

Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le...  

Succès mérité pour CIRCa, le cirque dans tous ses états ! - 26/10/2021

Premier week-end à chapiteaux pleins à Auch sous le soleil occitan pour la 34e édition du festival du cirque actuel. Dans une ambiance éminemment festive, le public avait investi les différents espaces du festival, tant le Dôme de Gascogne et la salle Bernard Turin que les toiles édifiées à proximité ou sur d'autres lieux de la commune gersoise, pour découvrir des propositions artistiques riches...  

"C'est pour toi que je fais ça !" Un classique des arts du cirque révisité par son créateur et la 34e promotion du CNAC à Culture Commune ! - 18/10/2021

Culture et histoire communes pour deux entités qui marquent de leurs empreintes le territoire nordiste et minier depuis plus de trente ans. Pour signer ce parcours partagé, l'un, Guy Alloucherie, recrée une pièce maîtresse du répertoire circassien et l'autre, Culture Commune - Scène nationale du bassin minier du Pas-de-Calais, l'accueille sous chapiteau dans le cadre des "Trajectoires"… au cœur...  

"L'âne et la carotte"… Siège de chaises ! - 05/10/2021

Dans un spectacle qui mêle l'humour à la réflexion, Lucho Smit se livre à une série de numéros circassiens où, autour d'un récit, l'artiste raconte ses doutes, sa vision du monde et celle du cirque. L'un des nombreux attraits du nouveau cirque, nommé aussi cirque contemporain, est sa capacité à surprendre et à faire découvrir aux spectateurs des arts de la scène aussi différents que du théâtre,...  

"Pigments" De la haute voltige sous les étoiles - 27/09/2021

Ciel pur et vent plat pour cette nuit qui se remplit d'étoiles derrière l'immense infrastructure de tubes et de câbles où va se dérouler "Pigments". Un portique de 15 mètres de haut, sur une largeur de plusieurs dizaines de mètres est installé devant un parterre de transat qui semble une houle calme où venir s'étendre. Nez en l'air, regards portés sur les hauteurs de la structure, le public...  

CNAC 2021 "Le Cycle de l'absurde"… Dare d'Art - 26/07/2021

Comme chaque année, le CNAC est à la Grande Halle de la Villette avec aujourd'hui sa trente-deuxième promotion et la compagnie "L'oublié(e)" composée de ses quinze étudiants, ses sept nationalités et ses douze disciplines circassiennes dans une mise en scène de Raphaëlle Boitel de grande allure. C'est beau, frais, tissé d'art et de poésie. Cette création est un puzzle où chaque pièce est un...  

Festival Trente Trente "Colère noire" et "Cuir", un parcours à fleur de peau… - 04/07/2021

Ce qui fait violence en nous est parfois si incommunicable que seules des bribes (in)articulées - comme des éclats de verre brisé - se fraient un chemin dans l'obscurité pour venir exploser en solo sur un plateau. Parfois la violence inhérente aux rapports humains se transcende dans un duo athlétique où, bardés du cuir des harnais qui les sanglent, de superbes gladiateurs contemporains...  

"Respire" Un conte moderne qui traverse les airs comme un souffle magique - 23/03/2021

Johanne Humblet est funambule. Avec la Compagnie Les filles du renard pâle, elle parcourt le monde pour tendre ses câbles entre les immeubles, les monuments, les grues, elle les fait grimper, se courber en spirale, plonger dans des lacs, traverser des places, des rivières. "Le fil est le lien qui relie un point à un autre, au-dessus des frontières, des barrières, il rassemble. Un lien autant...  
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À découvrir

"Cendres sur les mains" La femme qui murmurait à l'oreille des morts

Dead Can Dance : "Les morts peuvent danser" ! Beauté, Lisa Gerrard est ma chanteuse préférée… J'ai assisté à la représentation de "Cendres sur les mains" sans avoir pris le temps de me renseigner. Bien m'en a pris ! Par les temps qui courent, j'aurais pu penser que ce spectacle allait ajouter au blues de la saison et au retour des contaminations, encore un peu plus de dépression. Et non !

© Jon. D Photographie.
Ce que je retiens, c'est d'abord une voix, celle de Prisca Lona. Envoûtante et habitée. Comme celle de Lisa Gerrard que je cite plus haut et à qui, un temps, elle m'a fait penser. Prisca Lona, la silhouette fine, le costume taillé sur mesure et la beauté lumineuse rattrapée par la bougie dans une semi-obscurité. Une "survivante" revenue des morts… de la mort.

Puis, progressivement, le plateau s'ouvre et s'éclaire juste un peu plus devant nous. Des sacs portés par deux hommes. Un duo. Ils pourraient être frères tant leur ressemblance physique est frappante. Ils portent la même tenue, ils sont fossoyeurs. Ils transportent des corps et les entassent. Tous deux côtoient les cadavres, manipulent des bidons d'essence et se retrouvent dans une marée de cendres. Une mer d'horreur ! Ils font ce qu'on leur demande de faire sans aucun autre retour que de devoir appliquer sans broncher ce "travail" insoutenable, monstrueux qui va s'attaquer à leur propre corps et à leur âme.

Isabelle Lauriou
06/05/2022
Spectacle à la Une

"Monte-Cristo" Grande Épopée pour une grande narration : Monte-Cristo en lumière

Au Quai des Rêves, la bien nommée salle de spectacle de Lamballe, la Compagnie La Volige a présenté l'histoire merveilleuse, palpitante et instructive du Comte de Monte-Cristo. Il s'agit d'un exploit que de restituer sur scène en une heure trente les trois tomes du roman d'Alexandre Dumas. Non seulement par l'étendue du texte, mais également par la multiplicité des lieux où se déroule l'action et par le nombre des personnages impliqués dans cette saga qui se déroule sur plus d'un quart de siècle. Un exploit qui sera cet été au festival d'Avignon Off.

© Frédéric Ferranti.
C'est là qu'entre en jeu la spécificité de la compagnie La Voltige et plus particulièrement celle de l'un de ses créateurs, Nicolas Bonneau. C'est un conteur, original moderne, dont les spectacles s'inscrivent en général dans notre époque, se sourçant au terroir ou à sa propre histoire (citons "Sortie d'usine", "Le combat du siècle", "Qui va garder les enfants ?" ou encore "Mes ancêtres les Gaulois" : tous extraits de notre époque, de notre réalité). "Monte-Cristo" dévie en apparence de ces inspirations. En apparence, car les thèmes qu'il développe et le monde dont il parle ne sont pas si éloignés des nôtres. En cette période trouble du début du XIXe siècle naissait le capitalisme qui nous berce toujours de ses rêves et de ses dévastations. "Il y a dans Le Comte de Monte-Cristo une pertinence philosophique et un esprit de revanche sur la naissance du capitalisme qui résonne avec notre monde actuel", dixit Nicolas Bonneau.

Voici pour le fond de l'histoire. Mais quand il s'agit de raconter cette épopée dantesque (oui, le héros s'appelle Edmond Dantès… mais rien à voir ?), qui mieux qu'un habile conteur comme Nicolas Bonneau pour prendre Edmond et la verve furieuse de Dumas à bras le corps et nous la faire vivre ? Toujours avec douceur, précautions, fluidité et surtout art du langage, c'est ainsi que procède ce conteur moderne, jamais dans l'intention d'imposer sa vision, mais toujours sur une intensité qui fait jaillir de ses mots les images. Ce qui ne l'empêche pas de jeter son habit de conteur dans l'ombre pour se glisser dans la peau de certains personnages, donnant la vie à certaines scènes.

Bruno Fougniès
05/05/2022
Spectacle à la Une

"Vies de papier" Road-movie immobile entre enquête et conférence passionnées

Leur nouvelle tournée passe peut-être pas loin de chez vous. Il faut aller voir Benoît Faivre et Tommy Laszlo et leur manière de rendre palpitant l'examen d'un album-photos anonyme et intrigant trouvé dans une brocante belge…

© Thomas Faverjon.
Dans "Vies de papier", ces documentaristes, ces nouveaux Dupond et Dupont mènent une enquête qui, par étapes, avec ses impasses, ses indices, ses objets déconcertants, toutes ces miettes d'un passé inconnu voit s'ajuster des miettes de mémoire et se constituer en une histoire allemande, une destinée. Celle d'une femme allemande pendant la guerre.

Le scénario développé est improbable et véridique, le récit est haletant. Il a la dimension d'un témoignage de chasseurs de trésors qui tatônnent et se trouvent transformés eux- même par la chasse. Par la résolution de l'énigme, les ressorts secrets de la quête.

Scéniquement, tous les codes convergent vers la réalité avec, en prime dans la présence des comédiens, cette dimension de passion délivrée par des enquêteurs devenus de magnifiques conférenciers. Qui, dans leur manière de faire la liaison entre les images et les objets, cèdent à une touchante tendance à l'auto-célébration. Comme une joie, une satisfaction, une fierté à faire partager.

"Vies de papier" est un road-movie immobile, une épopée avec ce sens de l'autodérision qui fait douter jusqu'au bout et tiens les rennes du rire. Alors cet album-photos ? Cette femme, on y croit ou on n'y croit pas ? C'est la question d'un spectateur comblé.

Jean Grapin
24/03/2022