La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Avignon 2017

•Avignon Off 2017• La verve populaire, au sens noble, des laissés-pour-compte de nos sociétés urbaines déshumanisées - 22/08/2017

Nicole Mouton s'empare du texte de Massimo Carlotto avec toute la fougue d'une pasionaria. Le rugueux, le parlé franc, l'adresse ordinaire sont les armes qu'elle fourbit pour incarner corps et âme ce personnage de mère que la dureté d'un chemin semé de brisures de rêves pousse à la limite de la folie. C'est, en une heure, la narration d'une vie humble, banale, une vie de labeur dans un monde en...  

•Avignon Off 2017• "Fausse Note"… Face à face entre passé et présent, entre bourreau et victime - 11/08/2017

Didier Caron signe ici un délicat face à face sur un sujet glissant qui aurait pu tomber dans le pathétisme ou le dogmatisme mais qui évite soigneusement ces écueils. L'ombre du passé visite un ancien nazi pour que soit révélée la vérité. Un sujet grave pour une pièce qui parvient à rester sur le fil de la comédie grâce à une structure narrative flirtant avec l'enquête policière. C'est la...  

•Avignon Off 2017• "F(l)ammes"… Ne pas être pas considérées comme issues des quartiers populaires mais comme appartenant au Peuple - 27/07/2017

Dans "F(l)ammes", Ahmed Madani met en scène les véridiques récits de la vie contemporaine portés par dix jeunes femmes, fruits de l'Histoire des peuplements successifs du territoire français. Autant de témoignages que les bonnes fées du théâtre ont sublimé. Les comédiennes ont sculpté de vrais personnages contemporains hauts en couleur qu'elles évoquent sans fard et qu'elles expriment avec une...  

•Avignon Off 2017• "L’Apprenti" : Dissection intime d'une rencontre improbable… - 26/07/2017

On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille… Et donc pas son père… Dans une application méthodique de cette sentence, un préadolescent se met en quête d'une paternité de substitution, et concrétisant celle-ci, il choisira un loup solitaire pas très mordant mais dont le profil maladroit et bienveillant mènera à la réussite de l'entreprise… Dans la géographie d'une forme...  

•Avignon Off 2017• Une succulente et clownesque version du très shakespearien "Othello" - 25/07/2017

Soyons clairs, "Othello", c'est quinze à vingt personnages, une dizaine de décors différents, sans compter les duels à l'épée, les traversées maritimes, l'assemblée des Doges, les rues de Venise, les plages et les palais de Chypre, la chambre nuptiale de Desdémone, les fêtes, les conciliabules sur l'esplanade… et, là, ils sont deux sur un plateau nu. Enfin, ils sont deux, oui et non, pas...  

•Avignon Off 2017• "Au bout du monde"… Quand les langues se délient… Pour aller au bout des mots - 25/07/2017

Une histoire naît… Comme un apprentissage, un parcours exploratoire, une initiation à la rencontre… Deux êtres se parlent, se murmurent, se chamaillent, se cabrent, s'éloignent, s'apprennent, se comprennent et s'enlacent… Comme un perturbateur, un stimulateur, un troisième jacasse. Aller au bout de la communication… Comme une utopie réalisée, une symbiose charnelle au-delà du langage… Sur scène,...  

•Avignon Off 2017• Une vie qu’on épluche, même une toute petite vie, ça peut faire pleurer les yeux - 24/07/2017

Sur scène, c'est comme un trône. Un trône pitoyable. Fauteuil à l'ancienne. Pas vraiment voltaire. Pas vraiment club non plus. Plutôt crapaud. Juché sur un piédestal pas du tout en marbre. Ça ressemble plus à de la palette empilée. Peinte en noir. Et puis un abat-jour en vessie de mouton tendue. Beige très clair. Monté sur un pied trop haut. Et puis c'est tout. Un trône ordinaire. Un trône de...  

•Avignon Off 2017• Deux femmes dans un huis clos : l'une fille de bourreau, l'autre fille de victime - 22/07/2017

Quand l'heure d'ouvrir le coffre scellé des souvenirs sonne, il faut se tenir prête. C'est peut-être ce que veut exprimer l'auteur de ce texte, Pietro Pizzuti. Faire fi de son passé, l'écarter soigneusement de sa conscience grâce à une frénésie d'activité, oublier le drame d'où l'on vient pour réussir à vivre sa vie, c'est ce que fait l'un des personnages de cette pièce. L'autre invente aussi...  

•Avignon Off 2017• "Looking for Lulu"… Tirée de l'œuvre de Wedekind, une adaptation revigorante comme une gifle - 20/07/2017

C'est une course. Folle. Une frénésie de vie qui passe comme une boule de feu au travers d'un monde bourgeois engoncé dans ses meubles et ses plaisirs. Lulu, la fille de rien que le désir des hommes élève au rang d'idole pour, l'heure d'après, la rabaisser au rang de putain. Elle est comme une marionnette que les mains habillent de pureté ou ouvrent comme un coffre rempli de vice. L'héroïne de...  

•Avignon Off 2017• "Un siècle"… Savoir interroger le passé afin de construire l'avenir et ouvrir les bras à ceux de demain - 19/07/2017

Si le XXe siècle m'était conté... mais de conte ici il n'est point car évoqué à travers trois vies réelles, nées de trois comédiens qui, de leurs souvenirs résurgents, font resurgir leurs histoires personnelles, vraies ou fausses, vécues ou imaginées, mais reconstruisant, dans une fiction aux accents du documentaire, la véritable grande histoire de ce siècle si récemment conjuguée au passé...  
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À découvrir

"Notre vie dans l'art", 1923-2023, "le siècle, il a passé"… et rien de nouveau à l'est… Un flamboyant Tchekhov contemporain

"La vie, elle a passé, on a comme pas vécu…", ainsi parlait Firs, le vieux valet de chambre de "La Cerisaie" d'Anton Tchekhov, pièce écrite dans le domaine de son ami comédien et metteur en scène Constantin Stanislavski… C'est ce même Constantin Stanislavski, auteur en son temps d'une "Notre vie dans l'art", qui se retrouve au cœur de la pièce éponyme écrite et mise en scène par Richard Nelson, auteur, metteur en scène américain et tchékhovien dans l'âme. Et si l'argument – "Conversations entre acteurs du Théâtre d'Art de Moscou pendant leur tournée à Chicago, 1923" – n'a pas changé d'un iota, ses échos contemporains sont eux particulièrement troublants.

© Vahid Amampour.
Quand, dans le cadre du Festival d'Automne, le Théâtre du Soleil ouvre grand ses portes monumentales de la Cartoucherie à cette nouvelle version de "Notre vie dans l'art", on se dit que ce choix ne peut rien devoir à un quelconque hasard… Et quand on découvre que c'est à Ariane Mnouchkine que l'on doit la traduction de la pièce, et que ce sont ses propres comédiens formés selon les canons artistiques animant son travail que dirige ici Richard Nelson, on n'est nullement surpris de reconnaître là le mantra commun à leurs deux univers : faire du théâtre une caisse de résonances de l'histoire en cours.

Dominant le plateau, comme dans un amphithéâtre antique, des rangées de gradins se font face. Entre une troupe de comédiens en costume de ville. Ils s'affairent à remettre en place les chaises renversées sur la longue table rectangulaire occupant l'espace central, ainsi qu'on peut le faire lorsque l'on revient dans une maison après absence. Il y a là Kostia (Constantin Stanislavski, directeur et acteur du Théâtre de Moscou), Vania, Richard (ancien acteur du même théâtre, exilé lui aux États-Unis), Olga (veuve d'Anton Tchekhov), Vassia et Nina (couple en proie aux tourments de la jalousie amoureuse), Lev et Varia, Masha et Lida, et Petia (jeune acteur soupçonné d'accointances avec les dirigeants de l'Union Soviétique).

Yves Kafka
29/12/2023
Spectacle à la Une

"L'Effet Papillon" Se laisser emporter au fil d'un simple vol de papillon pour une fascinante expérience

Vous pensez que vos choix sont libres ? Que vos pensées sont bien gardées dans votre esprit ? Que vous êtes éventuellement imprévisibles ? Et si ce n'était pas le cas ? Et si tout partait de vous… Ouvrez bien grands les yeux et vivez pleinement l'expérience de l'Effet Papillon !

© Pics.
Vous avez certainement entendu parler de "l'effet papillon", expression inventée par le mathématicien-météorologue Edward Lorenz, inventeur de la théorie du chaos, à partir d'un phénomène découvert en 1961. Ce phénomène insinue qu'il suffit de modifier de façon infime un paramètre dans un modèle météo pour que celui-ci s'amplifie progressivement et provoque, à long terme, des changements colossaux.

Par extension, l'expression sous-entend que les moindres petits événements peuvent déterminer des phénomènes qui paraissent imprévisibles et incontrôlables ou qu'une infime modification des conditions initiales peut engendrer rapidement des effets importants. Ainsi, les battements d'ailes d'un papillon au Brésil peuvent engendrer une tornade au Mexique ou au Texas !

C'est à partir de cette théorie que le mentaliste Taha Mansour nous invite à nouveau, en cette rentrée, à effectuer un voyage hors du commun. Son spectacle a reçu un succès notoire au Sham's Théâtre lors du Festival d'Avignon cet été dernier.

Impossible que quiconque sorte "indemne" de cette phénoménale prestation, ni que nos certitudes sur "le monde comme il va", et surtout sur nous-mêmes, ne soient bousculées, chamboulées, contrariées.

"Le mystérieux est le plus beau sentiment que l'on peut ressentir", Albert Einstein. Et si le plus beau spectacle de mentalisme du moment, en cette rentrée parisienne, c'était celui-là ? Car Tahar Mansour y est fascinant à plusieurs niveaux, lui qui voulait devenir ingénieur, pour qui "Centrale" n'a aucun secret, mais qui, pourtant, a toujours eu une âme d'artiste bien ancrée au fond de lui. Le secret de ce spectacle exceptionnel et époustouflant serait-il là, niché au cœur du rationnel et de la poésie ?

Brigitte Corrigou
08/09/2023
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
15/10/2023