La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Pitchouns

""Babanesspophilpolybabeul""… Un bien grand mot adressé aux enfants faisant rimer "croyant et tolérant" - 01/03/2018

Ils ont sept ans, l'âge de raison, l'âge des questions comme ils disent. Ils sont trois, sont triplés mais n'ont pas les mêmes parents, ils sont triplés parce qu'ils sont inséparables. D'ailleurs, ils n'ont plus de parents. Le roi Ignas, gouverneur du royaume dans lequel ils vivent, leur a dit que les adultes étaient morts à cause d'une maladie causée par la sorcière Baba. Cette dernière aurait...  

"Les Séparables", un superbe plaidoyer pour la liberté et le théâtre - 13/02/2018

C'est dans une cité composée d'immeubles de grande hauteur (qu'on appelait avec humour au milieu du vingtième siècle des cages à lapins) que se déroule la pièce "Les Séparables" de Fabrice Melquiot dirigée par Emmanuel Demarcy-Mota. Derrière toutes ces fenêtres qui vous parlent, ces fenêtres qui vous guettent, le petit Romain rêve de chevauchées sauvages et la petite fille Sabah de tribus...  

Dans "Alice et autres merveilles" est montré le parcours d'une fillette moderne vers le monde adulte - 21/12/2017

Avec son bomber jaune pétard et sa jupe tutu, Alice a la gouaille précoce et effrontée. Comme qui dirait, Alice se jette à l'eau pour ne pas se mouiller. Car Alice est inquiète, car Alice grandit, grandit trop vite et se sent bien seule. Avec "Alice et autres merveilles", Emmanuel Demarcy-Mota emmène l'héroïne de Lewis Carroll* dans une aventure ébouriffante. La trame et les personnages de...  

"L'enfant cachée dans l'encrier"… Une forme d'enfance perpétuelle… et le drame de la vie sous-jacent - 31/05/2017

Joël Jouanneau est un familier de Thomas Bernhard, de Samuel Beckett et de William Shakespeare. Il écrit patiemment et méthodiquement un répertoire pour la jeunesse. De fables, de contes mêlant gravité et cocasserie. Le récit de "L'enfant cachée dans l'encrier" (qu'il met en scène) décrit les vacances de l'enfant qu'il était dans le château du père. Du fond d'un grenier réapparaissent les traces...  

"Le Petit Bain"… de nuages, fantômes bienfaisants offrant aux enfants la liberté de rêver - 10/04/2017

C'est un cube de bulles de savon, immense, qui vibre. Qui caresse au moindre souffle, berce et recouvre de sa blancheur immaculée l'artiste sur scène avec son petit sac à dos (ça cadeau ?). Des bulles, des milliards de bulles enserrées, serrées l'une à l'autre que l'artiste découpe en blocs, déplace, porte, emporte. À la fois sculpteur d'air et danseur de nuages. Comme un passeur du vent, il...  

Alice aux mille merveilles - 13/09/2016

Pour la deuxième saison consécutive, Emmanuel Demarcy-Mota et Fabrice Melquiot nous régalent de leur talent sur le grand plateau du Théâtre de la Ville. "Alice et autres merveilles" est tout à la fois un conte débridé et un hommage à son auteur Lewis Caroll. Un régal tout public, à voir en famille ou entre adultes. Le directeur du Théâtre de la Ville ne se refuse rien. Dans le cadre du parcours...  

Un carnaval rieur qui se joue des peurs rentrées, des phobies et des tabous - 05/07/2016

Reprise Dans cette famille plombée de traditions, la fille chérie, vampirette en devenir, dépérit. Les interdits lui pèsent. Elle aimerait en finir avec le morne repas familial et son sempiternel bol de sang et voir enfin le soleil. Prendre dans le chemin de la vie une traversière. Take a walk on a wild side. Pour une vampirette, c'est se retrouver du bon côté… En se faisant accepter par une...  

Fidelio : Un opéra-conte qui porte la force de l'enchantement et la puissance de la Liberté - 04/01/2016

Ils sont beaux tous les deux et jeunes et s'aiment. Ils défilent pour la liberté et la jeune femme ne se défile pas quand il faut sauver son homme qui est emprisonné dans une geôle infâme pour avoir manifesté. Elle se travestit en homme (ce qui est classique dans tout bon récit), se jette dans la gueule du loup et réussit son coup… Elle avance par ruse et séduction, ne recule pas devant la force...  

Un conte où l'on découvre comment sous le venir se tisse l'à venir - 21/10/2015

Dans un conte attachant, "Zohar et la carte mémoire" de Laurent Gutmann, une jeune femme manifestement positive et équilibrée, qui sait très bien capter l'attention des petits et des grands, raconte l'histoire de Zohar : son histoire… Celle de dernier rejeton d'une lignée familiale dont l'aîné, dans le respect des traditions et de l'autorité des pères, se nomme toujours Zohar. Que celle-ci soit...  

Un chat botté qui "dé-cape" ! - 02/10/2015

C’est un spectacle bourré d’humour où se côtoient une princesse un peu cruche, un meunier simplet et une redoutable ogresse dans le rôle du méchant. C’est en ce moment au Lucernaire. Emmenez-y vos pitchouns voir ce "Chat botté" habillé en super héros, parce qu’il "dé-cape" ! Dans son costume sorti tout droit d’un héros de "comic book", ce chat botté est tout sauf classique. Mais si l’histoire a...  
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À découvrir

"Dévaste-moi"… Persuasion et précision artistique… Pour une nouvelle façon de percevoir un spectacle

"Dévaste-moi", Tournée 2018/2019

Airs célèbres d'opéra, chansons rock, romances populaires. Dans son dernier spectacle "Dévaste moi"*, Emmanuelle Laborit chante et danse, livre des confidences à son public, elle fait le show. Avec ses musicos, (ses boys), tout le tralala et ses effets, les surtitrages qui ponctuent avec humour le tour de chant.

Elle met en place avec le soutien de Johanny Bert (qui met en scène) une forme éclectique de théâtre-danse et de music-hall mêlés. Le spectacle est à bien des égards vertigineux.

C'est que, au cas présent, l'artiste ne peut parler ni entendre les sons. Les mots et le sens ne peuvent pas sortir de la bouche. Tout le spectacle est en langage des signes. Interprété, pas traduit. En chantsigne.

Ce qui donne quelque chose de déroutant d'étonnamment maîtrisé qui dépasse très largement la notion de mimodrame et oblige le spectateur qui fait parti des "entendants" à reconsidérer sa manière de percevoir un spectacle.

Car à l'inverse des repères traditionnels qui élaborent un espace scénique dans lequel le sens circule entre les deux bornes de l'indicible : celles de l'obscène et du sublime, la prestation d'Emmanuelle Laborit passe par le bout des doigts et se transmet à tout le corps sans tabous avec la seule force de la persuasion et de la précision artistique. C'est toute la personne qui exprime le poids des sensations, la raison des sentiments ainsi que les effets de style.

Jean Grapin
20/09/2018
Spectacle à la Une

De la tragédie honteuse des migrants, Gilbert Ponté extrait le rayonnement lumineux de la vie

"De Pékin à Lampedusa", Théâtre Essaïon, Paris

Elle est frêle comme une adolescente, longiligne, belle. Elle surgit dans la salle voûtée de l'Essaïon transformée pour un court moment, par la magie de la vidéo, en horizon marin où resplendit un soleil sur le point de se coucher. Elle porte un bandeau d'athlétisme sur le front, des baskets et un jogging noir.

De la tragédie honteuse des migrants, Gilbert Ponté extrait le rayonnement lumineux de la vie
Elle s'appelle Malyka R.Johany et elle va interpréter et raconter la vie de Samia Yuzuf Omar, un personnage réel qui a existé il y a quelques années, dont l'existence est passée du plus haut des rêves au plus noir des cauchemars.

Une vie pourtant si courte. Samia est née en Somalie en 1991 - pays en guerres constantes, pays en proie aux bandes intégristes - dans une famille nombreuse dont le père meurt assassiné. Samia, à seize ans, doit s'occuper de ses cinq frères et sœurs, mais elle a une passion, la course à pied. Elle court. Elle défie le temps. Si bien, si fort, qu'en 2008 elle est à Pékin avec l'équipe olympique de Somalie et court le demi-fond avec les plus grandes, ses idoles, dans la plus illustre compétition du monde, elle n'a que dix-sept ans. Quatre ans plus tard, les Jeux sont organisés à Londres. Mais elle n'y participera pas.

La pièce, écrite et mise en scène par Gilbert Ponté, raconte cette période entre la gloire naissante d'une vive jeunesse et une noyade en mer au large des côtes italiennes avec d'autres migrants. Il raconte un gâchis. Une injustice sans nom. Une tristesse à pleurer. Mais pour cela, il prend le parti de s'intéresser à la lumière, la confiance, la force, la volonté et la passion qui ont animé cette jeune femme, qui l'ont poussée, malgré les obstacles, à croire encore en ses chances de participer aux Jeux de Londres, et tenter de rejoindre l'Europe en clandestin, une soif de vivre à tout prix !

Bruno Fougniès
05/11/2018
Sortie à la Une

"Crocodiles"… Comme l'histoire d'un d'Ulysse, épuisé, recueilli par Nausicaa

"Crocodiles", Maison des Métallos, Paris

C'était, il y a, une fois. Un petit garçon qui aimait les étoiles et les arbres fruitiers. Enaiat est son nom. Sa mère, parce qu'elle l'aimait, l'a confié au destin, en l'abandonnant au-delà de la frontière alors qu'il approchait de ses dix ans.

C'est qu'à dix ans, là-bas en Afghanistan, on devient un homme et qu'un homme, quand il est hazāra, quand il appartient à une ethnie persécutée, ne va pas à l'école. Il est esclave. Pendant cinq ans, peut-être, il va avancer vers l'Ouest, de nuit. Se cachant, travaillant le jour, amassant un pécule, des rencontres et des chances.

Afghanistan, Pakistan, Iran, Turquie, Grèce, jusqu'à cette Italie joyeuse et merveilleuse qui l'accueille et recueille son récit.

Cendre Chassane dans "Crocodiles" condense le récit du véritable Enaiat (publié en 2011 chez Liana Levi), et en fait un conte à deux voix dans lequel un écrivain journaliste plein d'empathie interviewe le réfugié.

Sa pièce est un concentré de théâtre. Sa simplicité narrative, l'économie de ses accessoires (un bout de ficelle, un cerf-volant, un ballon, un t-shirt, un livre illustré, un gâteau, un lé de tissu métallisé, des images d'infini de sable ou de ciel) suffisent à capter l'imaginaire et rendent l'histoire lisible et sensible.

Jean Grapin
23/04/2018