La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
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"Elle pas princesse, Lui pas héros" Un premier spectacle… Enfin ! Au Théâtre 14 - 29/05/2020

Tant espérée, tant rêvée, la réouverture des théâtres et des salles de spectacles est encore soumise à une coloration fruitière, l'orange, qui impose d'attendre le 22 juin pour que les portes de nos antres cathartiques soient totalement ouvertes. Mais un théâtre parisien va sans doute être pionnier dans la capitale en offrant dès le 2 juin un spectacle jeune public pour 10 spectateurs… "Elle pas...  

"Stellaire" Une symphonie visuelle et musicale d'où naît l'univers d'où éclot l'amour - 05/11/2019

La féerie est au rendez-vous, la plongée dans la magie enfantine se fait en joyeuse apnée, l'imaginaire distillé par le foisonnement d'images, de musiques, de sons, en création directe et spontanée, nous porte dans une double aventure, celle de l'univers et de l'amour… "Stellaire" de Stereoptik est d'une insolente réussite car de rien ils font tout… Tel le processus qui donna naissance à notre...  

Un hymne enfantin au ver, héros du terreau par compostage - 30/04/2019

Il est des humbles artisans qui font le terreau de la vie que les petits de la ville ne connaissent pas ou si peu. Ainsi, ces bestioles, ces vers qui se nourrissent de feuilles mortes que l'on balaie sans réfléchir. Et pourtant qui donnent envie de célébrer la vie en vers de poèmes, en vert de printemps. "Le champ de rêves" est un hymne enfantin au ver, héros du terreau par compostage. Zélie et...  

"Luce"… Comment naître à la connaissance ? - 17/04/2019

Luce est une petite fille. Elle vit avec sa maman qui est comme un grand univers. Si grand que le reste n'existe pas. Jusqu'au jour où une maîtresse d'école la prend par la main pour l'emmener ailleurs et découvrir le grand monde… découvrir les choses, les êtres et la culture… et se découvrir elle-même, petit être humain. Une petite fille qui prend conscience de son être lorsque les quatre...  

"Alice et autres merveilles"… Le parcours d'une fillette moderne et contemporaine vers le monde adulte - 19/12/2018

Avec son bomber jaune pétard et sa jupe tutu, Alice a la gouaille précoce et effrontée. Comme qui dirait, Alice se jette à l'eau pour ne pas se mouiller. Car Alice est inquiète, car Alice grandit, grandit trop vite et se sent bien seule. Avec "Alice et autres merveilles", Emmanuel Demarcy-Mota emmène l'héroïne de Lewis Carroll* dans une aventure ébouriffante. La trame et les personnages de...  

""Babanesspophilpolybabeul""… Un bien grand mot adressé aux enfants faisant rimer "croyant et tolérant" - 01/03/2018

Ils ont sept ans, l'âge de raison, l'âge des questions comme ils disent. Ils sont trois, sont triplés mais n'ont pas les mêmes parents, ils sont triplés parce qu'ils sont inséparables. D'ailleurs, ils n'ont plus de parents. Le roi Ignas, gouverneur du royaume dans lequel ils vivent, leur a dit que les adultes étaient morts à cause d'une maladie causée par la sorcière Baba. Cette dernière aurait...  

"Les Séparables", un superbe plaidoyer pour la liberté et le théâtre - 13/02/2018

C'est dans une cité composée d'immeubles de grande hauteur (qu'on appelait avec humour au milieu du vingtième siècle des cages à lapins) que se déroule la pièce "Les Séparables" de Fabrice Melquiot dirigée par Emmanuel Demarcy-Mota. Derrière toutes ces fenêtres qui vous parlent, ces fenêtres qui vous guettent, le petit Romain rêve de chevauchées sauvages et la petite fille Sabah de tribus...  

Dans "Alice et autres merveilles" est montré le parcours d'une fillette moderne vers le monde adulte - 21/12/2017

Avec son bomber jaune pétard et sa jupe tutu, Alice a la gouaille précoce et effrontée. Comme qui dirait, Alice se jette à l'eau pour ne pas se mouiller. Car Alice est inquiète, car Alice grandit, grandit trop vite et se sent bien seule. Avec "Alice et autres merveilles", Emmanuel Demarcy-Mota emmène l'héroïne de Lewis Carroll* dans une aventure ébouriffante. La trame et les personnages de...  

"L'enfant cachée dans l'encrier"… Une forme d'enfance perpétuelle… et le drame de la vie sous-jacent - 31/05/2017

Joël Jouanneau est un familier de Thomas Bernhard, de Samuel Beckett et de William Shakespeare. Il écrit patiemment et méthodiquement un répertoire pour la jeunesse. De fables, de contes mêlant gravité et cocasserie. Le récit de "L'enfant cachée dans l'encrier" (qu'il met en scène) décrit les vacances de l'enfant qu'il était dans le château du père. Du fond d'un grenier réapparaissent les traces...  

"Le Petit Bain"… de nuages, fantômes bienfaisants offrant aux enfants la liberté de rêver - 10/04/2017

C'est un cube de bulles de savon, immense, qui vibre. Qui caresse au moindre souffle, berce et recouvre de sa blancheur immaculée l'artiste sur scène avec son petit sac à dos (ça cadeau ?). Des bulles, des milliards de bulles enserrées, serrées l'une à l'autre que l'artiste découpe en blocs, déplace, porte, emporte. À la fois sculpteur d'air et danseur de nuages. Comme un passeur du vent, il...  
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À découvrir

Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

Besoin de se dérouiller un peu les jambes, de se plaindre de la cohue qu'elles subissent tous les jours, de se rappeler des souvenirs "d'enfance" ou de se réchauffer les nerfs aux rivalités les plus classiques, rivalités de notoriété, de séduction ou d'âge, car ces quatre figures font bien partie des représentations de l'idéal féminin en compétition, telle sera la course qu'elles mènent avec fougue et sensualité.

L'idée de départ aurait pu devenir banale et vaine sans l'inventivité que les autrices, les interprètes et le metteur en scène ont déployé. Le texte de Claire Couture et Mathilde Le Quellec ancre résolument son ton dans la fantaisie, le jeu de répliques et l'humour. Les deux autrices ont laissé libre cours à leur imaginaire en gardant un point de vue moderne. Elles dessinent des tempéraments rugueux, explosifs et inattendus, qui tranchent avec les idées convenues que l'on forme face à ces représentations idéalisées de la femme : ce que cache le visage, l'apparence, l'esthétique.

Bruno Fougniès
18/10/2022
Spectacle à la Une

"Huis clos" Sommes-nous acteurs de notre destin ou de simples marionnettes ?

Garcin, Inès et Estelle, un homme et deux femmes, se retrouvent enfermé(es) dans un salon où la lumière ne s'éteint pas et duquel il est impossible de sortir. Ils comprennent qu'ils se trouvent en Enfer et se racontent leurs histoires. Ainsi se noueront entre eux des relations complexes qui ne se révèleront pas toujours réciproques.

© Anthony Dausseur.
Est-ce bien raisonnable de retourner assister à une énième représentation de "Huis clos", ce texte incontournable du théâtre français écrit, fin 1943 - début 1944, par le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre ? Une de ses plus belles œuvres et aussi une des plus jouées.
Quand on aime, on ne compte pas, semble-t-il.

Au Laurette Théâtre, une petite salle intimiste de quartier, se joue une nouvelle version de cette célèbre pièce, interprétée par deux comédiennes et un comédien attachant(es) et investi(es) : Sebastian Barrio, Karine Battaglia et Laurence Meini.

La proximité du public avec la scène et, de ce fait, le contact très proche avec les personnages renforcent très largement la thématique de la pièce. Rares ont été les fois où cette sensation d'enfermement a pu nous envahir autant, indépendamment des relations tendues qui se tissent progressivement entre les personnages et qui de ce fait sont décuplées.

Brigitte Corrigou
24/10/2022
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
20/09/2022