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"À Poils" Un spectacle tout sauf rasoir

Lorsqu'on entre dans la salle, on pourrait penser qu'il y a maldonne. D'abord, on ne nous donne pas accès aux sièges. On nous laisse en bord de plateau. On nous dit qu'il ne faut pas franchir une ligne jaune tracée au sol. Et surtout, on voit bien que rien n'est prêt pour le spectacle qu'on est censé voir. Rien de rien…



© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Le plateau est à peine éclairé et, surtout, il est vide. Totalement vide à part quelques hautes caisses sur roulettes, de ces caisses que les techniciens de théâtre utilisent pour ranger les décors et le matériel. On est un poil circonspect, il y a de quoi.

Et puis, il y a un régisseur plateau qui vient et déplace les caisses. L'air pas aimable. Bourru. Barbu. Il n'a pas l'air bavard sauf à un moment où il semble prendre conscience de la présence du public. "Ça, ce sont des flycases !" dit-il. "Des flycases ! Répétez !" Et la bande de gamins de tous âges que nous sommes, on répète. Gentiment. Parce que c'était bien un ordre que "bourru" nous a donné et il mesure pas loin de deux mètres avec des jambes solides comme des troncs d'arbres et des bras à l'avenant, alors, on répète. Et lorsque les flycases se mettent à bouger toutes seules, dans le dos du géant, on crie pour le prévenir. Comme à Guignol.

Et puis, petit bout par petit bout, tout se construit. Des caisses sortent deux autres régisseurs. Un de petite taille avec une casquette, mais costaud tout de même. Et un autre de taille intermédiaire. Barbus. Chevelus. Bourrus aussi, mais blagueurs. De celles-ci surgissent également toutes sortes de matériaux. Les chevelus apportent encore d'autres caisses, de formes différentes, longues, horizontales. Le plus petit, le plus blagueur aussi, invente une sorte de luge avec laquelle il fonce sur le public. Évite la collision au dernier moment. Léger mouvement de panique chez les enfants, suivi de rire.

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Tout se construit donc, mais qu'est-ce qui se construit dans ce grand espace vide du plateau ? On ne sait pas. L'espace se remplit vite, presque sans que l'on s'en aperçoive, un décor se met en place, les enfants sont invités à traverser le plateau puis à participer à l'aménagement. Ils se croient dans un désordre libérateur, mais les trois régisseurs dirigent tout avec presque aucun mot, avec maîtrise, en rythme avec la musique. Bientôt tout l'espace est rempli d'un dispositif intrigant, les enfants installés en cercles, prêts au prodige (grand coup de chapeau pour la création scénographique impressionnante).

Pendant ce temps, barbes et chevelures poussent, poussent et dévalent sur les torses et les dos dans des couleurs de plus en plus chamarrées.

Que dire de cette explosion d'énergie et d'humour ? Durant 40 minutes, toute notre attention est mobilisée par le jeu des trois comédiens qui interprètent en fait des roadies (régisseurs de concerts), notre attention mais aussi nos corps. Et tous participent ainsi à la construction de ce spectacle. "À Poils" est comme un cadeau qu'Alice Laloy, la conceptrice et metteure en scène, offre aux petits et aux grands spectateurs, avec une inventivité impressionnante et une folie en boucle.

Et bravo aux trois comédiens, Julien Joubert, Yann Nédélec et Dominique Renckel pour la manière dont ils parviennent tout en jouant leur rôle, à diriger le manège qu'ils offrent au public.

"À Poils"

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
Écriture et mise-en-scène : Alice Laloy.
Avec : Julien Joubert, Yann Nédélec et Dominique Renckel.
Assistanat à la mise-en-scène : Stéphanie Farison.
Musiques : Csaba Palotaï.
Scénographie : Jane Joyet.
Assistanat à la scénographie : Alissa Maestracci.
Costumes : Marion Duvinage et Maya-Lune Thieblemont.
Prothèses et perruques : Maya-Lune Thieblemont.
Teinture du crin : Ysabel de Maisonneuve, assistée de Lisa Morice.
Construction : Benjamin Hautin.
Régie générale, son, lumière, plateau : Julien Joubert.
Renforts à la construction du décor : Quentin Tailly, Vivan Guillermin & Stéphane Uzan.
Et l'équipe des mécheuses : Mathilde Apert, Lëa Assous, Justine Baron, Romane Bricard, Inès Forgues, Léonie Garcia Lamolla, Charisté Monseigny, Lisa Morice, Fatima Sharmin, Maëlle Ubaldi & Emma Valquin.
Par la Cie S'Appelle Reviens.
À partir de 3 ans.
Durée : 40 minutes.

Vu dans le cadre du festival Festival Marmaille/Marmaille en fugue, Rennes, qui s'est déroulé du 19 au 29 octobre 2021.

Tournée
25 novembre 2021 : Festival De Beaux Lendemains, Saint Brieuc (22).
29 et 30 novembre : Le Grand R - Scène nationale, La Roche-sur-Yon (85).
Du 2 au 4 décembre 2021 : Festival Roulez Jeunesse, Maison des associations, Aubigny-les-Clouzeaux (85).
Du 7 au 10 décembre 2021 : Centre culturel André Malraux, Vandoeuvre-lès-Nancy (54).
15 et 16 décembre 2021 : Festival Sur un petit nuage, Centre culturel Simone Signoret, Canéjan (33).
Du 5 au 7 janvier 2022 : Le Manège - Scène nationale, Maubeuge (59).
Du 10 au 16 janvier 2022 : Théâtre Antoine Vitez, Ivry-sur-Seine (94).
30 et 31 janvier, 1er et 3 février 2022 : Maison de la Musique, Nanterre (92).
21, 22 et 23 février 2022 : Scène nationale 61, Flers (61).
27 février 2022 : Vélo Théâtre, Apt (84).
Du 8 au 10 mars 2022 : Festival La tête dans les nuages, Théâtre d'Angoulême - Scène nationale, Angoulême (16).

© Jean-Louis Fernandez.
© Jean-Louis Fernandez.
17 et 18 mars 2022 : Comédie de Béthune - CDN, Béthune (62).
2, 3, 5, 6, 7 et 8 avril 2022 : TJP - CDN Strasbourg Grand Est, Strasbourg (67).
Du 11 au 13 avril 2022 : Scène nationale du Sud Aquitain, Bayonne (64).
Du 3 au 6 mai 2022 : Les 2 scènes - Scène nationale, Besançon (25).

Bruno Fougniès
Mercredi 3 Novembre 2021

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© Jon. D Photographie.
Ce que je retiens, c'est d'abord une voix, celle de Prisca Lona. Envoûtante et habitée. Comme celle de Lisa Gerrard que je cite plus haut et à qui, un temps, elle m'a fait penser. Prisca Lona, la silhouette fine, le costume taillé sur mesure et la beauté lumineuse rattrapée par la bougie dans une semi-obscurité. Une "survivante" revenue des morts… de la mort.

Puis, progressivement, le plateau s'ouvre et s'éclaire juste un peu plus devant nous. Des sacs portés par deux hommes. Un duo. Ils pourraient être frères tant leur ressemblance physique est frappante. Ils portent la même tenue, ils sont fossoyeurs. Ils transportent des corps et les entassent. Tous deux côtoient les cadavres, manipulent des bidons d'essence et se retrouvent dans une marée de cendres. Une mer d'horreur ! Ils font ce qu'on leur demande de faire sans aucun autre retour que de devoir appliquer sans broncher ce "travail" insoutenable, monstrueux qui va s'attaquer à leur propre corps et à leur âme.

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