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"Dans ma maison de papier, j'ai des poèmes sur le feu" Quand la poésie prend corps pour nous toucher au cœur

Visuel, sonore et narratif, "Dans ma maison de papier, j'ai des poèmes sur le feu" joue de tous nos sens pour nous faire vivre une histoire qui rit et pleure dans la même seconde sur l'éphémère brièveté de la vie. Sur scène, une petite fille et une ancienne petite fille devenue âgée ainsi qu'une sorte d'envoyé de l'au-delà venu exiger le rendez-vous qui nous attend tous un jour ou l'autre. Ces trois personnages vont être les passeurs de mots, d'illusions et d'âme pendant une heure en quasi-suspension.



© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
Plateau nu mais qui ne le restera pas longtemps. L'homme en veste noire passe en jetant quelques flammes de ses doigts maigres et filandreux comme des lianes. Noir. Lumière. Une petite fille d'à peu près 13 ans entre et crée l'espace "Maison" en disposant des pièces, des fenêtres, des couloirs, des meubles, des vues, l'univers. Noir. Lumière. Soixante-dix ans viennent de passer. La petite fille est maintenant une vieille dame au centre de l'espace délimité par l'étrange homme jeteur d'éclair, exigeant comptable du temps passé à vivre.

Allume ! Éteins ! Vont donner le rythme cardiaque de ce spectacle intime et déployé comme une épopée immobile : celle mentale qui cavalcade dans les souvenirs de toutes les mémoires au monde. Et le miracle du théâtre agit alors en créant la rencontre entre la petite fille qui a été et la vieille dame qui est. "Tous les enfants sont à l'intérieur d'une vieille personne, mais ils ne le savent pas encore", dit Philippe Dorin, l'auteur.

Un texte aux mots simples. Évidents. Limpides. Poétiques dans l'acte plus que dans le phrasé. Philippe Dorin recrée ici l'expression mentale du souvenir d'une vieille femme sur le point de quitter la vie qui rêve encore d'elle-même, petite. Ce faisant, il construit un pont entre passé disparu et présent en abîme. Nostalgie, un peu. Rires doux. Et féérie.

© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
Pour mettre en scène cette aventure qui s'affranchit des frontières infranchissables du temps, Julien Duval et ses collaborateurs, à la scénographie, aux lumières, à la musique, ont dû faire preuve à la fois d'une grande inventivité mais aussi d'une méticulosité rare. Les éléments de décor, les jeux de lumière, les quelques flamboiements de magies concourent tous, à la seconde prêt, à maintenir l'attention des spectateurs en éveil. Un public, qui dès 8 ans, avale par les oreilles et les yeux toute l'histoire. Mais point besoin d'être un enfant pour savourer ce moment suspendu.

Comme la technique, les interprètes et le jeu d'acteur sont eux aussi d'une extrême rigueur car dans ce spectacle toutes les scènes sont vives, courtes, les changements très rapides, nombreux, et les apparitions précises. France Darry, qui incarne la femme âgée, touche par sa fragilité doublée d'une belle énergie ; et du métier, comme on dit, qui ici joue sur le fil de la simplicité et du sentiment.

Camille Ruffié est une petite fille absolument convaincante, même dans ses parties solo qu'elle joue avec une grande maîtrise et une totale crédibilité (elle est en alternance avec Juliette Nougaret). Le troisième personnage, comme sorti d'un cabaret de l'étrange, est dans sa gestuelle une lame qui trancherait le voile cachant le réalité, très juste, très expressif de tout son corps.

Il y a dans ce spectacle la plupart des capacités d'illusion dont est capable le théâtre. Avec très peu d'effets mais un rythme, une écriture, un travail précis, des accessoires inventifs et une esthétique affirmée, il parvient à s'extraire de la courbe inflexible du temps pour inventer sa propre mesure et créer un monde virtuel, une heure d'une poésie bienfaisante.

"Dans ma maison de papier, j'ai des poèmes sur le feu"

© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
Texte : Philippe Dorin.
Mise en scène : Julien Duval.
Assistant à la mise en scène : Carlos Martins.
Avec : France Darry, Carlos Martins et Juliette Nougaret, en alternance avec Camille Ruffié.
Composition musicale : Kat May.
Scénographie : Olivier Thomas.
Lumières : Michel Theuil.
Costumes : Édith Traverso.
Création sonore : Madame Miniature.
Régie générale : Anna Tubiana.
Seconde assistante : Maud Martin.
Régisseur : Samuel Poumeyrol.
Doublure enfants : Zoé Gauchet.
Compagnie Le Syndicat d'Initiative.
Durée : 50 min.
Dès 8 ans.

© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
Du 15 octobre au 1er novembre 2020.
28 et 29 octobre à 14 h 30, 30 octobre à 19 h, 1er novembre à 15 h 30.
Théâtre Paris-Villette, Paris 19e, 01 40 03 74 20.
>> theatre-paris-villette.fr

Tournée 2020/2021
26 et 27 novembre 2020 : L'Empreinte - Scène nationale Brive-Tulle, Tulle (19).
11 au 14 décembre 2020 : Espace Culturel Larreko (représentations organisées par Kultura Bidean), Saint-Pée-sur-Nivelle (64).
16 et 17 décembre 2020 : Salle Saint-Louis (représentations organisées par Kultura Bidean), Saint-Palais (64).
8 janvier 2021 : Théâtre Ducourneau, Agen (47).
15 janvier 2021 : Le Parvis, scène nationale Tarbes (65).
21 et 22 janvier 2021 : Gallia Théâtre - Scène Conventionnée d'intérêt national - Art et Création, Saintes (17).
27 et 28 janvier 2021 : Maison de la Culture, Bourges (18).

Bruno Fougniès
Lundi 26 Octobre 2020

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Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

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Bruno Fougniès
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