La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Théâtre

Monotone dérèglement des sens - 08/06/2011

Avec à l'affiche "Une liaison pornographique" de Philippe Blasband, le Guichet Montparnasse se donne un air aguicheur. Appel au voyeurisme, à la vulgarité : par le seul titre, la part la plus douteuse du spectateur est sollicitée. Mais annonce plus mensongère, il n'y a pas. Qui était venu pour observer dans l'ombre une relation torride, violente et dénuée de sentiments sera bien déçu de ne...  

Une chasse à l’homme saisissante au Théâtre du Nord-Ouest - 04/06/2011

Chaque saison, le Théâtre du Nord-Ouest offre une programmation autour d’un thème précis. Cette fois, il s’intitule : "Camus, Sartre, De Gaulle et la politique". La metteuse en scène, Nicole Gros, y présente une pièce poignante et remarquablement bien jouée : "Scènes de chasse en Bavière" de Martin Sperr. Le sujet a de quoi nous faire réfléchir… Si parfois on a pu s’interroger sur la qualité de...  

Irina Brook et Shakespeare... Comme on aime ! - 03/06/2011

Un joli pari que fait là Irina Brook en créant "En attendant le songe". Adaptation cocasse et drôlissime de "Songe d’une nuit d’été" (de Shakespeare) qui mise avant tout sur le talent de ses comédiens. Cette pièce, qui se veut au plus proche du public, connaît un franc succès depuis 2007. On comprend pourquoi… et c’est largement mérité ! Voilà du théâtre comme on adore ! Trois bouts de ficelle,...  

Les "Amnésiques" au Paradis - 31/05/2011

Un petit bijou drôle et touchant se niche au dernier étage du Lucernaire : "Les Amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable". Ce spectacle nous transporte pour un bref séjour au "Paradis". Attention, le plaisir est court (mais savoureux !)… Il ne dure que cinquante minutes. "À quoi tu penses ?" Dis…"à quoi tu penses ?" Mmm…"à quoi tu penses?" Et là, "à quoi tu penses ?"...  

La SACD au Festival d'Avignon 2011... dans le vif du sujet ! - 30/05/2011

La SACD, grâce à la Copie privée, perçoit une rémunération pour les auteurs. Un quart de cet argent est alloué aux Actions culturelles pour être investi dans la création, la diffusion et la formation. C’est pourquoi, chaque été, la SACD explore, en collaboration avec les plus grands festivals, les formes d’écritures les plus diverses et les plus inventives du spectacle vivant, en créant des...  

"Fin de partie", "l’indévoilable" dévoilé - 28/05/2011

Difficile de parler d’une pièce quand on arrive à un tel niveau de jeu et de scénographie. "Fin de partie" de Samuel Beckett, en ce moment au Théâtre de la Madeleine, est mis en scène par un des plus grands de notre génération : Alain Françon. La distribution est de haute volée, le critique va tenter de faire honneur à ce beau travail. Une chose de sûre, c’est à voir. Absolument ! Comme Godot,...  

Embarquons-nous au Festival Premiers Pas - 20/05/2011

Sous le petit chapiteau du Festival Premiers Pas, ambiance festive et goût d’antan, teintés de notes contemporaines. On se croirait presque revenu chez Mnouchkine il y a quelques décennies, quand la troupe du Soleil avait encore un abri de fortune. L’ordre du jour ? le Collectif du K au rapport avec une jolie création : "La Nef des fous" de Simon Falguières. À vous brigadier, faites résonner...  

"Écrire pour le théâtre" - Mieux comprendre l’activité d’auteur dramatique, favoriser l’écriture dramatique contemporaine - 19/05/2011

Deuxième partie faisant suite à la présentation début mai à la SACD de deux études initiées par cette dernière et par le Ministère de la Culture et de la Communication. Nous vous présentons ici la synthèse de "Écrire pour le théâtre", une étude menée et présentée par Antoine Doré, chercheur à l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Qu’est‐ce qu’un auteur dramatique ? Comment...  

Podalydès découpe Jekyll au scalpel - 14/05/2011

Nous ne l’avions pas vu la saison dernière. L’erreur est réparée. Jusqu’au 21 mai au Théâtre National de Chaillot (puis en tournée), "Le Cas Jekyll", joué et co-mis en scène par Denis Podalydès, est du grand, du très grand théâtre. Un seul en scène superbe par un acteur aux multiples visages. Trouble de la personnalité, dédoublement, part sombre de l’humain. Podalydès ne va pas seulement explorer...  

Crystal Lesser "sur le bout de la langue"… - 09/05/2011

Crystal Lesser est une toute jeune comédienne de vingt-deux ans. Elle interprète des textes de Xavier Durringer qu’elle porte (en elle ?) sur la scène du Théâtre Les Feux de la rampe. À la voir arriver, Sylvie, avec sa robe à pois, son rouge à lèvre beaucoup trop rouge et son bandeau de lolita, on comprend ce que Xavier Durringer a voulu dire par "j’ai le type même d’une fille sans type". Sylvie,...  
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À découvrir

"Barbara amoureuse"… Ah qu'il est doux le temps des amours

Caroline Montier chante "Barbara amoureuse", Essaïon Théâtre, Paris

Chanter l'amour comme une femme, chanter l'amour de toutes les femmes, et interpréter celle qui sut tant aimer les hommes ainsi que son public. Dans une belle et élégante simplicité, Caroline Montier nous offre quelques joyaux mélodiques et poétiques de la grande Barbara, éternelle amoureuse.

Parti-pris judicieux, Caroline Montier a puisé dans le répertoire de jeunesse de la dame en noir, époque L’Écluse, Bobino (en première partie de Félix Marten en 61 et de Brassens en 64, puis en vedette en 65), et des premiers Olympia… Période Barbara jeune, tendre, passionnée ou orageuse amante. Une femme qui, à ses débuts, fut tout aussi timide et réservée que mutine et fougueuse, aimant tant l'amour que les hommes qui souvent l'ont comblée.

De titres connus ("Dis, quand reviendras-tu", 1ère version 1962 ou "La Solitude", 1965) à ceux qui le sont moins ("Pierre", 1964 ou "Gare de Lyon", 1964), Caroline Montier a construit un récital sur ces aventures qui ont jalonné sa vie, mais ici avec un choix de chansons enregistrées par Barbara entre 1962 et 1968, avec une prédilection pour des compositions de 64 ("Toi l'homme", "Je ne sais pas dire", "Septembre"…) ou de 68 ("Du bout des lèvres", "Amoureuse", "Le Testament", "Tu sais"…).

Dans cette exploration originale, Caroline Montier fait le choix d'aller croquer un rayon de soleil dans les amours de Barbara, apportant, avec subtilité et talent, une touche de grâce à l'ensemble.

Gil Chauveau
12/12/2018
Spectacle à la Une

"Adieu Monsieur Haffmann"… Rire et émotions mêlés dans une pièce toute en délicatesse… comme une sonate des cœurs purs

Reprise de la pièce aux quatre "Molière 2018", Théâtre Rive Gauche, Paris

La pièce est dessinée en traits purs, comme une esquisse, une encre fine qui laisse autant de place à l'imaginaire dans les espaces laissés vides que dans les tracés. Une sorte de stylisation mêlée à une extrême pudeur pour permettre à cette histoire de briller malgré la noirceur de l'époque où elle se déroule.

1942, les nazis instaurent le port obligatoire de l'étoile jaune pour les Juifs, monsieur Haffmann décide de se cacher dans la cave de sa bijouterie et d'en confier la direction (ainsi que sa propre sécurité) à son employé goy Pierre Vigneau.

Le décor sobre de Caroline Mexme, tout en déclinaisons de gris, sert de fond à cette époque aux couleurs vert-de-gris. D'un côté la cave où se cache Joseph Haffmann, de l'autre l'appartement à l'étage où s'installent Pierre et sa femme, jeune couple en attente d'un enfant qui ne vient pas. Dehors, les persécutions contre les Juifs s'intensifient, dénonciations, expropriations, et puis la rafle du Vél d'Hiv…

C'est dans ce huis clos que va se dérouler la pièce. Une vie à trois qui s'organise sur la base d'un double contrat : donnant-donnant. L'employé-modèle accepte de cacher son patron et de diriger la boutique à condition que celui-ci veuille bien tenter de mettre enceinte sa femme - car lui-même est stérile et monsieur Haffmann si fertile que sa descendance est déjà au nombre de quatre. Contrat aux allures diaboliques dans une époque où l'intégrité est soumise à toutes sortes de tentations, où toutes les trahisons sont possibles.

Bruno Fougniès
09/10/2018
Sortie à la Une

"Crocodiles"… Comme l'histoire d'un d'Ulysse, épuisé, recueilli par Nausicaa

"Crocodiles", en tournée 2018/2019

C'était, il y a, une fois. Un petit garçon qui aimait les étoiles et les arbres fruitiers. Enaiat est son nom. Sa mère, parce qu'elle l'aimait, l'a confié au destin, en l'abandonnant au-delà de la frontière alors qu'il approchait de ses dix ans.

C'est qu'à dix ans, là-bas en Afghanistan, on devient un homme et qu'un homme, quand il est hazāra, quand il appartient à une ethnie persécutée, ne va pas à l'école. Il est esclave. Pendant cinq ans, peut-être, il va avancer vers l'Ouest, de nuit. Se cachant, travaillant le jour, amassant un pécule, des rencontres et des chances.

Afghanistan, Pakistan, Iran, Turquie, Grèce, jusqu'à cette Italie joyeuse et merveilleuse qui l'accueille et recueille son récit.

Cendre Chassane dans "Crocodiles" condense le récit du véritable Enaiat (publié en 2011 chez Liana Levi), et en fait un conte à deux voix dans lequel un écrivain journaliste plein d'empathie interviewe le réfugié.

Sa pièce est un concentré de théâtre. Sa simplicité narrative, l'économie de ses accessoires (un bout de ficelle, un cerf-volant, un ballon, un t-shirt, un livre illustré, un gâteau, un lé de tissu métallisé, des images d'infini de sable ou de ciel) suffisent à capter l'imaginaire et rendent l'histoire lisible et sensible.

Jean Grapin
23/04/2018