La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Fais que les étoiles me considèrent davantage"… De l'or et des morts !

"Fais que les étoiles me considèrent davantage", Le Tarmac, Paris

C'est une création forte, taillée dans le bronze autour de la thématique de l'être et de l'avoir. L'auteur guinéen, Hakim Bah, livre une nouvelle pièce aux contours philosophiques sous une trame d'aventures, de mort et d'or.



© Frédéric Desmesure.
© Frédéric Desmesure.
Cela démarre sur les chapeaux de roue. Non que l'action ou la trame soit rocambolesque, la première scène étant même dans un tempo posé mais celle-ci est intense dans les propos tenus et les attitudes. Ceci se retrouve tout au long de la représentation avec des voix remarquables d'intensité.

On y décèle un vécu, une souffrance des personnages comme si elle incarnait le destin de chacun d'eux. La mise en scène utilise la voix comme porte-écho du tragique ressenti par les protagonistes, de ce qu'ils vivent. L'histoire ? Par amour, Ruby migre avec son amant Zan dans une terre inconnue en compagnie de complices pour trouver de l'or.

La pièce est très bien écrite, autant dans sa dramaturgie que dans sa poésie. La thématique est cette course effrénée à l'avoir au détriment de l'être. Posséder par-dessus tout est le destin que se sont choisis les protagonistes. Nuit, cannibalisme, meurtre, fuite, jugement, pendaison, toutes les humeurs et horreurs s'échelonnent au travers de moments marqués par le désespoir, l'étonnement, le chant, la danse, l'humour et parfois la joie. Rien n'est monochrome.

© Frédéric Desmesure.
© Frédéric Desmesure.
Les personnages sont attachants dans leur émotion, dans leur détresse. Ils sont dans un rapport de forces autant avec eux-mêmes qu'avec les autres dans une lutte pour la vie, le gain. Comment vivre dans un contexte de disparitions et de retrouvailles ? De meurtre et de suspicion ? Comment cohabiter avec une personne qui était proche de vous et qui ne l'est plus ? Que vous pouviez appréhender et qui vous échappe ? La trame rejoint les mystères des conduites humaines, les prises de décisions qui portent avec eux toute la complexité des comportements psychologiques.

La mise en scène est construite autour de ces antinomies qui font de chacun de ces personnages, des compagnons de route comme de possibles adversaires. La scénographie découvre une cabane ouverte sur l'extérieur dans laquelle le premier mitan de la pièce se déroule. Les protagonistes sont ainsi à la fois proches et tenus à distance par ce qu'ils vivent. C'est cette dichotomie qui est explorée dans l'écriture d'Hakim Bah et dans la mise en scène de Jacques Allaire.

L'auteur s'est inspiré de "Ainsi parlait Zarathoustra" (Also sprach Zarathustra) (1885) de Nietzsche (1844-1900), et de Jack London (1876-1916). Sans être un grand exégète de l'œuvre du philosophe, la pièce me semble largement construite autour de l'originalité d'Hakim Bah, même si le froid intense et la puissance des sentiments, dans toute leur complexité, peuvent faire penser à Jack London.

C'est une très belle œuvre, dans l'ensemble de ses composantes autant scénographiques que dramaturgiques. La simplicité, l'efficacité sont baignées par une mer d'émotion. Le sentiment et les rancœurs sont accompagnés efficacement par le talent qui semble s'être déplacé en personne pour porter cette création.

"Fais que les étoiles me considèrent davantage"

© Frédéric Desmesure.
© Frédéric Desmesure.
Texte : Hakim Bah.
Mise en scène : Jacques Allaire.
Avec Marina Keltchewsky, Jean-Pierre Baro, Malik Faraoun, Romain Fauroux, Criss Niangouna.
Scénographie : Jacques Allaire et Christophe Mazet.
Son : Guillaume Allory.
Lumière : Christophe Mazet.
Costumes : Wanda Wellard.
Construction décor : La Bulle Bleue.
Durée : 2 h.

© Frédéric Desmesure.
© Frédéric Desmesure.
Du 6 au 24 novembre 2018.
Du mardi au samedi à 20 h.
Le Tarmac - Scène internationale francophone, Paris 20e, 01 43 64 80 80.
>> letarmac.fr

Tournée 2019
22, 23 et 24 janvier 2019 : La Comédie - CDN, Saint-Étienne (42).
17 mars 2019 : Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine (94).
27 et 28 mars 2019 : Théâtre Jean Vilar à Montpellier (34).
2 et 3 avril 2019 : Théâtre de Nîmes (30).

Safidin Alouache
Mardi 20 Novembre 2018

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Sabordage" Comme une synthèse de la modernité… une implosion écologique à venir, avenir sombre de notre monde…

Elle fut riche et belle, plaisante et paradisiaque, pays de cocagne… puis devint consommatrice et opulente, industrieuse, minière et calamité écologique, pour finir mendiante et désespérée, à l'avenir destructif d'une future terre qui coule à pic… C'est la "belle" histoire de l'île de Nauru*, miroir de notre prochain anéantissement - au délicat (!) mais définitif intitulé "6e extinction de masse" -, qui nous est contée par le talentueux Collectif Mensuel.

Narration aux allures de débats, de commentaires, d'échanges réalistes… Scénographie en une forme d'actions documentaires, visible au lointain par report vidéo "en direct", en rappel de notre monde de l'image, expression ironique de nos chaînes d'infos en continu pour une structure créative d'un théâtre pédagogique, d'un reportage théâtralisé… Car ici tout est vrai, le drame, les horreurs économiques, le dézingage des ressources et de l'environnement… le sabordage de l'île a vraiment eu lieu, sans parler des perspectives radieuses d'une fin en version sous-marine !

Le récit - dans un préambule exposant un éden de rêve aux allures de paradis touristique, sis à quelques encablures de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (près de 2 700 km quand même !) - se construit sur un montage cinématographique et télévisuel où le collectif puise dans les séries et films des années soixantes-dix quatre-vingt, tous célèbres et ancrées dans nos imaginaires collectifs…

Gil Chauveau
11/10/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

"Fake"… Un "Peer Gynt" pour explorer le monde de l'info et de l'intox

"Fake - Tout est faux, tout est fou", Gare de l'Est, Paris

L'homme vagabonde sous les toits ferroviaires, au carrefour des âmes voyageuses… il est conteur. Peer Gynt partit aussi à l'aventure, cheminant entre rêve et réalité. Le narrateur s'en inspire pour démêler le vrai du faux… de notre réalité… Extraire le fake à l'ère des news…

Spectacle déambulatoire, performance de rues (ici intérieure), Fake convoque un conteur, un concepteur compositeur, des musiciens, pour une exploration d'un nouveau type où le spectateur, équipé d'un casque audio, se laisse emmener, au sens littéral comme virtuel dans une promenade découverte entre vraies et fausses informations.

Dans ce périple artistique, ce dernier garde toute liberté d'action, plus précisément de mouvements, déambulant dans l'espace proposé au fil de ses envies, de ses inspirations ou guidé par l'histoire, narration sonore, vocale et musicale, composée en direct et diffusée dans le casque et/ou influencé par la vue, le cheminement de l'acteur, Abbi Patrix, interprétant à sa façon Peer Gynt, exprimant son ressenti du lieu, posant des questions sur la véracité du réel ou interrogeant le badaud passant.

Les éléments sonores audibles dans le casque sont superposés, sans apparente cohérence mais peuvent stimuler ou orienter la perception du spectateur qui fait le choix d'être actif ou passif, ponctuellement ou de manière permanente, redevenant alors un simple observateur.

Gil Chauveau
10/10/2019