La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Théâtre

"La Fin de l'homme rouge" Une mise à nu rigoureuse, lisible et… terriblement vivante - 18/09/2019

Le règne de l'empire soviétique aura duré soixante-dix ans. Pour un de ces empires bâtis pour l'éternité et qui disparaissent brutalement, c'est à la fois peu et déjà beaucoup. Assez longtemps, pour qu'à l'instant de leur chute, les contemporains restent abasourdis et certains étonnamment nostalgiques. Avec "La fin de l'homme rouge" d'Emmanuel Meirieu, tiré de l'œuvre éponyme de Svetlana...  

"Pour un oui ou pour un non" Un classique toujours aussi inclassable - 14/09/2019

Ils s'appellent H1, H2, H3 et F : trois hommes et une femme, innommés. Comme s'ils n'étaient pas tout à fait des personnages, des personnages entiers, mais plutôt des entités. Représentatifs de quelque chose ou morceaux, bris, débris. Pourtant, à mesure du défilement de la pièce, on découvre bien leurs personnalités, leurs unicités. Même si leurs échanges, leurs conflits mettent plus en jeu leurs...  

"Cent millions qui tombent"… Nouvelle création en cours des Bâtards Dorés - 12/09/2019

"Cent millions qui tombent" de Georges Feydeau, "relu et interprété" par Christophe Montenez et Les Bâtards Dorés. Entretien "entre deux portes" avec le (jeune) sociétaire de la Comédie-Française et ses complices Lisa, Ferdinand, Jules, Manuel et Romain. De jeunes acteurs soudés dans le collectif les Bâtards Dorés s'étant illustré dans "Méduse" - prix du jury et du public du Festival Impatience...  

Dans "La véritable histoire du cheval de Troie" est proposé un véritable avatar du conte ! - 09/09/2019

Guillaume Edé et Claude Gomez (à l'accordéon chromatique) disent la véritable histoire du cheval de Troie. Et pour ce faire, le jugement de Pâris et l'enlèvement d'Hélène, et la guerre qui s'ensuit, et la destruction de la ville, et le massacre de ses habitants, et l'exil des survivants dont le célèbre Énée qui (selon Virgile) à l'issue de son long exil fonda Rome. Le récit tenu par le spectacle...  

" Melone Blu" Est posée par le biais du théâtre la question centrale de la valeur - 05/09/2019

Dans "Melone Blu", conte écologique (et théâtral) de Samuel Valensi, les Felice Verduro exploitent, de père en fils, des ressources naturelles inépuisables. Ce Melone Blu, cette plante merveilleuse, cette panacée qui assure la richesse de toute la région. Ingénieux dans les méthodes, chacun de la lignée œuvre pour épargner du labeur à ses descendants. Accroissant et multipliant les savoir-faire...  

"Macbeth (the notes)" Quand l'acteur est l'instrument du poète - 02/09/2019

Voilà cinq ans, David Ayala et Dan Jemmett, fins connaisseurs de Shakespeare, créaient "Macbeth (the notes)", spectacle conçu comme une réduction de cette pièce infernale et insensée qui, de l'aveu même de l'auteur, se révélant à cet égard plein d'humour et d'orgueil, n'est qu'"un récit plein de bruit et de fureur raconté par un idiot, qu'à un moment, on n'entend plus et qui ne signifie rien". Ce...  

La machine de Turing… Sexe et secret d'État - 09/08/2019

La pièce de Benoît Solès, dans une mise en scène qui mêle narration et temps présent, met en lumière la vie d'un savant dont l'Histoire avait oublié les faits d'armes ayant permis d'accélérer la victoire des alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Alan Turing (1912-1954) est peu connu du grand public. Il fut le quasi-inventeur de l'informatique en y créant ses prémisses avec la machine de...  

"Britannicus" L'émancipation par le crime - 08/08/2019

C'était à Paris, pendant l'effervescence d'Avignon, dans la salle de l'Artistic… Un travail de théâtre comme on l'aime. Dans une mise en scène de Christine Joly, Philippe Lebas endosse tous les rôles de la tragédie romaine de Jean Racine, "Britannicus". Britannicus… ce jeune prétendant au trône déchu, qui rêvait d'amour simple, assassiné. Mais aussi dans cette pièce Agrippine, cette femme de la...  

Kean… Perdre son être dans le paraître… - 14/07/2019

De la pièce de Dumas, Sartre avait ajouté le thème de l'identification dans laquelle Kean perd son identité en incarnant ses personnages jusqu'en dehors de la scène. La mise en scène d'Alain Sachs plonge dans les abîmes psychiques de caractères qui n'existent que par la lumière des projecteurs ou celle d'un statut social. C'est un double hommage, celui d'Alexandre Dumas (1802-1870), célèbre pour...  

Le château de Grignan s'espagnolise avec le Victor Hugo politique… et son Ruy Blas - 05/07/2019

Avec "Ruy Blas", Hugo s'ingénie à tresser le cercle vicieux du pouvoir. Il met en place un système qui fait ressembler tous les personnages à des poupées matriochka. Ôter une apparence, c'est un autre visage qui apparaît. Ainsi, chaque personnage important de ce réquisitoire contre la corruption n'est que l'instrument de quelqu'un d'autre ou de quelque chose, à l'intérieur de lui-même,...  
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À découvrir

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine

Ça commence limite "foutage de gueule", genre numéro de cirque en guise d'attraction préambulaire… Après le combat de catch de nains, pourquoi un match de foot féminin pour ouvrir la kermesse annuelle du journal L'Union à Reims ! Sauf que… les choses vont prendre une tournure inattendue… Avec une coupe du monde à la clé ! C'est la nouvelle et formidable histoire de femmes que nous racontent Pauline Bureau et sa compagnie.

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine
Reims, été 68. Dans la perspective d'un événement footballistique important, coach et cadres de l'équipe locale cherche une attraction en préambule de la confrontation sportive… Et pourquoi pas des femmes courant après un ballon, c'est original et rigolo, du jamais vu !* Des filles sur un terrain de foot, voilà un divertissement apte à régaler les mâles… majoritaires sur les gradins.

S'ensuit un appel à candidates qui, à la grande surprise de l'initiateur (Nicolas Chupin), répondent présentes. Mais son étonnement est total quand il les voit taper dans le ballon ; et jouer avec enthousiasme, aisance, rapidité et une immense liberté, sans retenue. Elles ont entre 16 et 32 ans, venant d'horizons différents, et sont bien décidées à faire de cette mauvaise plaisanterie divertissante l'aventure de leur vie.

Et, ici, Pauline Bureau nous rappelle que l'histoire du football féminin est indissociable de l'évolution de la société et de ses luttes. Femmes footballeuses, femmes ouvrières, l'un peut être l'échappatoire de l'autre, enquête historique, en quête d'histoire… Plusieurs aspects de la condition de la femme sont abordés, montrés. Et dans les années soixante, de la famille à l'usine, les exemples ne manquent pas, actualités sociales sur fond de rendement à la chaîne, de taux horaires, flagrantes et énormes disparités de salaires entre les hommes et les femmes (ça a changé ?), etc.

Gil Chauveau
06/12/2019
Spectacle à la Une

"Le Pas Grand Chose" Un regard de côté pour illuminer le monde

Subvertir la pensée commune par des postures intellectuelles radicales, propres à faire passer ce pseudo conférencier circassien pour un autiste Asperger des plus performants, semble le crédo existentiel de cet artiste hors normes. Par le biais de son regard décalé, il recrée sous nos yeux un monde fabuleux, enchantant notre imaginaire et stimulant nos neurones assoupis.

Johann Le Guillerm, dès son apparition sur le plateau, poussant une improbable carriole-bureau à tiroirs, en impose. Son costume, sa cravate, sa tresse impeccable, sa voix monocorde… tout en lui dégage une inquiétante étrangeté mâtinée d'une sérénité au-dessus de tout soupçon. Comme si cet homme d'un autre temps, d'une autre époque, avait accumulé dans les plis de son être un savoir qui nous faisait défaut, nous les prisonniers de la caverne platonicienne condamnés à ne voir en toutes choses que le pâle reflet de nos vies formatées.

"Est-ce que quelqu'un dans la salle pourrait m'indiquer le chemin qui n'irait pas à Rome ?"… Dès sa première adresse au public, le ton est donné : si quelqu'un d'aventure, fort de ses nouveaux savoirs, s'était égaré là, conforté dans l'idée que la terre est ronde (suprême révélation datant d'à peine cinq cents ans) et que l'homme n'est pas maître en sa demeure (Freud, et la découverte de l'inconscient au début des années 1900), il pourrait illico "battre en retraite". Copernic, Galilée, Freud n'ont fait qu'ouvrir la voie… à nous de la poursuivre.

"La science de l'idiot" chevillée au corps, Johann Le Guillerm va faire exploser littéralement le prêt-à-penser confortant des idées manufacturées, fussent-elles actualisées, dupliquées à l'envi par la nécessité d'une reproduction sociale garante de l'ordre décliné par le savoir officiel. Penser autrement le monde, c'est ce qu'il fut amené à faire, d'abord à son corps défendant. Diagnostiqué enfant dys+++ (dyslexique, dysorthographique, etc.), il fut conduit à la rébellion de l'esprit en dessinant d'autres épures. Réflexe de survie.

Yves Kafka
21/12/2019
Sortie à la Une

"À mon bel amour"… Urbain, classique, éclectique et artistique

C'est sous le prisme des danses urbaines, contemporaine et classique que la chorégraphe Anne Nguyen interroge les identités au travers du corps et de son rapport à l'espace où le waacking, le popping, le voguing, le locking et le krump portent leurs signatures au détour de pointes, de balancés, de lock et de bounce.

Noir sur scène, puis un groupe se détache dans une lumière tamisée qui vient dessiner les creux de leurs silhouettes. La musique démarre à un rythme effréné. Au début, tout est homogène, ils forment une seule et même entité dans une intimité qui est balayée par le tempo musical. Comme un pied-de-nez à la sensation scénique d'un sentiment intime qui s'extériorise violemment.

À tour de rôle, comme une réminiscence des années soixante, soixante-dix, quatre-vingt, le waacking, le popping, le voguing, le locking, le krump, en appui des danses contemporaine et classique, apparaissent autour d'un socle artistique commun dans lequel chacun vient se nourrir au même humus. Des différences ? Oui, bien sûr, dans le tempo, la gestique, le rapport au corps, à la scène et à l'autre, mais tout ceci puise dans un même objectif, celle de faire communiquer une sensation, un état d'âme, une volonté farouche ou timide de montrer quelque chose sur le plateau, un ce je-ne-sais-quoi qui fait de l'artiste un buvard aux émotions qui a besoin, pour notre plus grand plaisir, de s'épancher.

Safidin Alouache
10/12/2019