La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Festivals

Festival Trente Trente "Nos corps vivants" Une chorégraphie nommée désirs… - 02/02/2022

Faire corps avec soi semble faire figure de viatique naturel pour qui, danseur ou pas, entend vivre son existence hors des diktats de tous ordres. Là où l'affaire se complique c'est lorsque l'on prend acte que "je est un autre", voire plusieurs autres… Arthur Perole est l'un de ces chorégraphes élisant matière artistique de sa recherche d'identités. Dans un work in progress devenant l'objet même...  

Festival Trente Trente "Epurrs 360", "Troisième nature", "Comme un symbole", trois chorégraphies pour en finir avec le jugement identitaire - 29/01/2022

Le parcours de ce début d'après-midi bordelais, fertile en émotions "performatives", conduit des deux belles rotondes de La Halle des Chartrons et du Marché de Lerme - monuments historiques dédiés dorénavant aux manifestations artistiques - à L'Atelier des Marches de Jean-Luc Terrade, le créateur de ce festival. Des trois formes chorégraphiées, où les corps engagés expriment ce que les mots à eux...  

Festival Trente Trente "Every drop of my blood", "Se faire la belle", "Today is beautiful day", la quête d'identité est un sport de combat… - 26/01/2022

Soirée répartie en deux temps (l'un à L'Atelier des Marches, l'autre à La Manufacture CDCN) tissés du même fil rouge : le combat à jamais inaccompli pour naître à soi-même. Tenter "sans force et sans armure" de s'extraire des assignations sociétales nous ayant servi de moules, telle est la quête de ces formes chorégraphiées… à l'impact inégal. "Every drop of my blood". Cette étape du projet porté...  

Festival Trente Trente "O Samba Do Crioulo Doido" et "Roots Urban", une inauguration en tous points… surprenante ! - 24/01/2022

S'il est un rendez-vous de la scène contemporaine à nul autre pareil, c'est bien l'incontournable festival initié par Jean-Luc Terrade, metteur en scène et découvreur de formes hybrides singulières qui, chaque année depuis près de vingt ans, agite "en tous sens" les territoires de Bordeaux Métropole, poussant ses ramifications jusqu'à Boulazac en Dordogne. Le moins que l'on puisse dire, vu...  

Festival Aujourd’hui Musiques "Fake"… Une déambulation dans Perpignan, une balade sonore pour explorer le monde de l'info et de l'intox - 10/11/2021

L'homme, à la fois mystérieux et bavard, vagabondera le premier jour autour de l'Archipel, îles artistiques imaginées par Jean Nouvel et Brigitte Métra (architectes associés)*, puis le deuxième aux abords de la désaltérante place de la République et le troisième aux alentours de la méridionale et gothique cathédrale, au carrefour des âmes catalanes et voyageuses… Ce vagabond poétique est conteur...  

FAB 2021 "Searching for John", "Lignes ouvertes" et "La Coulée douce", le réenchantement du réel en guise de bouquet final… - 02/11/2021

Trois dernières formes pour clore cette sixième édition du Festival des Arts de Bordeaux Métropole. "Trois petits tours et puis s'en vont", selon le refrain de la chanson ayant bercé l'enfance, FAB 2021 tire en douceur sa révérence. Trois moments oniriques trouant le réel pour le réenchanter… fabuleusement ! "Searching for John" puise ses racines dans celles bien réelles de son auteur et...  

FAB 2021 "Ce qui s'appelle encore peau" et "BôPEUPL (Nouvelles du parc humain)", deux expériences humaines à fleur de peau… pour un résultat en demi-teinte - 28/10/2021

La Cie Jeanne Simone connue jusque-là pour ces chorégraphies urbaines et Michel Schweizer l'acteur, metteur en scène, chorégraphe et scénographe inclassable, partagent - à distance - plusieurs points communs. Outre le fait d'avoir plongé leurs racines dans le territoire bordelais qui a vu grandir leur art, leurs créations sont traversées par l'exploration des rapports humain/environnement....  

FAB 2021 "Panique Olympique" et "Studio Cité", remise en perspective de l'espace public en deux propositions "renversantes" - 25/10/2021

Inclure au cœur du processus créatif le citoyen de manière intelligente et exigeante (deux mots qui vont très bien ensemble, comme le chantait naguère Paul McCartney à propos d'une certaine Michelle, ma belle), tel est le projet de ces deux propositions artistiques ayant obtenu chacune un vif succès populaire auprès du public festivalier. Comme quoi il est possible de faire rimer désir de...  

FAB 2021 "Un poignard dans la poche" Au secours Ionesco, tes Rejetons arrivent ! - 21/10/2021

Si, pour leur premier spectacle, les énigmatiques Rejetons de la Reine - collectif issu de la troisième promotion de l'éstba (École supérieure de théâtre de Bordeaux Aquitaine) - ne prennent pas un risque… c'est celui de passer inaperçus. Le moins que l'on puisse dire, c'est que leur proposition perturbe les attendus d'une représentation assise confortablement dans son fauteuil, nous projetant...  

FAB 2021 "Rain" et "Heroes", deux performeuses - l'une d'origine israélienne, l'autre libanaise - font leur show… Esquisse épurée et excès tapageur, au choix… - 19/10/2021

Fidèle à la richesse de sa ligne éditoriale, le FAB ouvre à nouveau son "carnet théâtral" à des artistes internationaux venus cette année d'Argentine, de Grèce, d'Espagne, d'Italie, de Belgique, de Suisse… sans oublier Israël et le Liban auxquels un important focus est consacré. Ainsi, les chorégraphes danseuses, Meytal Blanaru et Khouloud Yassine, au style fort différent, ont-elles pu...  
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À découvrir

Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

Besoin de se dérouiller un peu les jambes, de se plaindre de la cohue qu'elles subissent tous les jours, de se rappeler des souvenirs "d'enfance" ou de se réchauffer les nerfs aux rivalités les plus classiques, rivalités de notoriété, de séduction ou d'âge, car ces quatre figures font bien partie des représentations de l'idéal féminin en compétition, telle sera la course qu'elles mènent avec fougue et sensualité.

L'idée de départ aurait pu devenir banale et vaine sans l'inventivité que les autrices, les interprètes et le metteur en scène ont déployé. Le texte de Claire Couture et Mathilde Le Quellec ancre résolument son ton dans la fantaisie, le jeu de répliques et l'humour. Les deux autrices ont laissé libre cours à leur imaginaire en gardant un point de vue moderne. Elles dessinent des tempéraments rugueux, explosifs et inattendus, qui tranchent avec les idées convenues que l'on forme face à ces représentations idéalisées de la femme : ce que cache le visage, l'apparence, l'esthétique.

Bruno Fougniès
18/10/2022
Spectacle à la Une

"Huis clos" Sommes-nous acteurs de notre destin ou de simples marionnettes ?

Garcin, Inès et Estelle, un homme et deux femmes, se retrouvent enfermé(es) dans un salon où la lumière ne s'éteint pas et duquel il est impossible de sortir. Ils comprennent qu'ils se trouvent en Enfer et se racontent leurs histoires. Ainsi se noueront entre eux des relations complexes qui ne se révèleront pas toujours réciproques.

© Anthony Dausseur.
Est-ce bien raisonnable de retourner assister à une énième représentation de "Huis clos", ce texte incontournable du théâtre français écrit, fin 1943 - début 1944, par le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre ? Une de ses plus belles œuvres et aussi une des plus jouées.
Quand on aime, on ne compte pas, semble-t-il.

Au Laurette Théâtre, une petite salle intimiste de quartier, se joue une nouvelle version de cette célèbre pièce, interprétée par deux comédiennes et un comédien attachant(es) et investi(es) : Sebastian Barrio, Karine Battaglia et Laurence Meini.

La proximité du public avec la scène et, de ce fait, le contact très proche avec les personnages renforcent très largement la thématique de la pièce. Rares ont été les fois où cette sensation d'enfermement a pu nous envahir autant, indépendamment des relations tendues qui se tissent progressivement entre les personnages et qui de ce fait sont décuplées.

Brigitte Corrigou
24/10/2022
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
20/09/2022