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Festivals

Next… Chaleureusement artistique !

Pour sa quinzième édition, le festival Next investit comme chaque année des lieux de programmation dans l'Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai entre la Belgique et la France avec une vingtaine de scénes différentes. De Lille à Roubaix, en passant par Courtrai, Dunkerque, Deinze, Menen, Iper, Harelbeke, Waregem, Lessines, le voyage se fait artistiquement autour de la danse, du théâtre et de la performance avec des artistes internationaux émergents.



"Réverbérer" © Jonas Verbeke.
"Réverbérer" © Jonas Verbeke.
Excursion pendant un week-end dans un terroir culturel de haute intensité au festival Next accompagné d'une visite à Lille de "Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains" pour une exposition d'œuvres d'art numérique par de jeunes artistes en résidence. Puis visite au BUDA, à Courtrai, pour voir, entre autres, le spectacle "Réverbérer". Mais avant de s'y immiscer, quelques mots d'un festival qui, avec ses cinq coorganisateurs* que sont le Schouwburg Kortrijk, la Rose des Vents, l'espace Pasolini, le Phénix et le centre d'arts BUDA, aide et finance de jeunes artistes émergents. C'est aussi une découverte de hauts lieux culturels avec une programmation des plus originales dans une région aussi riche de sa beauté, de ses monuments que de ses boissons et plats culinaires.

"Réverbérer" est un spectacle qui mêle ombre et lumière, blanc et noir au travers d'attitudes et d'une gestuelle de membres supérieurs. Le tout est concis, sans fioritures ou recherche d'une grâce. L'humour est aussi de la partie avec des jeux d'optiques réalisés avec différentes distances focales afin de construire des images qui brouillent les pistes entre le proche et le lointain.

"In your head", représenté le 12 novembre 2022 © Valentina Benigni.
"In your head", représenté le 12 novembre 2022 © Valentina Benigni.
Les interprètes s'avancent dos au public vers une toile blanche éclairée en arrière-scène. Dans ce va-et-vient lumineux, pénombre et lumière sont les deux principaux personnages, comme leviers d'action à trois protagonistes. Comment gérer cette clarté plus ou moins crue qui est envoyée face au public ? Est-elle là pour éclairer ou aveugler ? Selon son intensité, elle devient amie, complice ou adversaire. L'entame du spectacle pose, avec d'autres formulations, ce type de questions. Il s'agit de mettre en exergue une évidence que quiconque a vécu, mais en la questionnant pour essayer d'y répondre artistiquement.

Dans ces rapports à l'autre, à l'espace et aux éclairages, nous sommes dans un carrefour artistique où on navigue entre différents champs autant humoristique qu'animal, humain et robotique. Le démarrage de la pièce laisse voir nos trois interprètes faire des mouvements saccadés, plutôt hachés, les bras anguleux, la démarche hésitante ou tâtonnante. Que représentent-ils ? Qui sont-ils, êtres humains, robots ou un hybride des deux ? Dans ce tâtonnement, c'est aussi celui d'une progression qui va de l'ombre à la clarté avec une intensité lumineuse qui rend parfois un peu aveugle.

"In your head" © Maïwenn Rebours.
"In your head" © Maïwenn Rebours.
C'est avec cette approche, la voix off le notifiant, que démarre le spectacle. Il se situe entre pénombre et clarté, dans cette zone grise où les formes ont le maître mot. Les quatre interprètes en jouent avec un maître de cérémonies devant un écran lumineux et qui passe ses deux mains dessus. Il crée des formes obscures que les artistes sur scène évitent, se sentant comme objets ou victimes d'elles.

Dans cette approche où ombre et lumière sont complémentaires, celles-là jouent un rôle plus que scénographique en influant le comportement des protagonistes. C'est avec eux que se crée pour chaque scène, une histoire, un pied-de-nez, une peur ou une hésitation. Tous ces mouvements presque d'humeur, toujours d'attitude, sont alimentés par la présence de ces deux couleurs à l'opposé l'une de l'autre du spectre chromatique. Quand l'une est d'intensité, la seconde joue de modération. Et l'inverse est aussi vrai.

Des êtres en sortent, des animaux aussi. Les premiers de chair et d'os, quand les secondes sont construites autour d'ombres chinoises, souvent avec humour. Quelques rires fusent parfois du public, mais ce qui en ressort est un silence qui accompagne la représentation comme une mariée sa robe.

* Schouwburg Kortrijk est situé à Courtrai en Belgique, La Rose des vents - Scène nationale est à Villeneuve-d'Asc, l'Espace Pasolini à Valenciennes, le Phénix - Scène nationale à Valenciennes et le centre d'arts BUDA à Courtrai.

"In your head" © Valentina Benigni.
"In your head" © Valentina Benigni.
"Festival Next"
Du 10 novembre au 2 décembre 2022.
NEXT Arts Festival, Broelkaai 6, 8500 Kortrijk (Courtrai).
>> nextfestival.eu
>> Programme

"Réverbérer"
France/Belgique - Danse/Performance.
En français, surtitré en néerlandais.
A été joué les 11 et 12 novembre 2022.
Conception et direction : Jonas Chéreau.
Performance et éclairage : Pauline Brun, Jonas Chéreau, Estelle Gautier, Marcos Simoes.
Son : Christophe Albertijn.
Conseils dramaturgiques : Valérie Castan, Marcos Simoes.
Régisseur : Vic Grevendonk.
Costumes : Marcos Simoes.

Safidin Alouache
Lundi 21 Novembre 2022

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À découvrir

Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

Besoin de se dérouiller un peu les jambes, de se plaindre de la cohue qu'elles subissent tous les jours, de se rappeler des souvenirs "d'enfance" ou de se réchauffer les nerfs aux rivalités les plus classiques, rivalités de notoriété, de séduction ou d'âge, car ces quatre figures font bien partie des représentations de l'idéal féminin en compétition, telle sera la course qu'elles mènent avec fougue et sensualité.

L'idée de départ aurait pu devenir banale et vaine sans l'inventivité que les autrices, les interprètes et le metteur en scène ont déployé. Le texte de Claire Couture et Mathilde Le Quellec ancre résolument son ton dans la fantaisie, le jeu de répliques et l'humour. Les deux autrices ont laissé libre cours à leur imaginaire en gardant un point de vue moderne. Elles dessinent des tempéraments rugueux, explosifs et inattendus, qui tranchent avec les idées convenues que l'on forme face à ces représentations idéalisées de la femme : ce que cache le visage, l'apparence, l'esthétique.

Bruno Fougniès
18/10/2022
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"Huis clos" Sommes-nous acteurs de notre destin ou de simples marionnettes ?

Garcin, Inès et Estelle, un homme et deux femmes, se retrouvent enfermé(es) dans un salon où la lumière ne s'éteint pas et duquel il est impossible de sortir. Ils comprennent qu'ils se trouvent en Enfer et se racontent leurs histoires. Ainsi se noueront entre eux des relations complexes qui ne se révèleront pas toujours réciproques.

© Anthony Dausseur.
Est-ce bien raisonnable de retourner assister à une énième représentation de "Huis clos", ce texte incontournable du théâtre français écrit, fin 1943 - début 1944, par le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre ? Une de ses plus belles œuvres et aussi une des plus jouées.
Quand on aime, on ne compte pas, semble-t-il.

Au Laurette Théâtre, une petite salle intimiste de quartier, se joue une nouvelle version de cette célèbre pièce, interprétée par deux comédiennes et un comédien attachant(es) et investi(es) : Sebastian Barrio, Karine Battaglia et Laurence Meini.

La proximité du public avec la scène et, de ce fait, le contact très proche avec les personnages renforcent très largement la thématique de la pièce. Rares ont été les fois où cette sensation d'enfermement a pu nous envahir autant, indépendamment des relations tendues qui se tissent progressivement entre les personnages et qui de ce fait sont décuplées.

Brigitte Corrigou
24/10/2022
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
20/09/2022