La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Lyrique

Une "Kàtia Kabanovà" sensible et universelle à l'Opéra de Rennes - 10/02/2018

Jusqu'au 11 février 2018, l'Opéra de Rennes met à l'affiche pour la première fois "Kàtia Kabanovà", l'un des plus bels opéras de Leos Janàcek. Avec les artistes de l'Opéra-Ballet de Ljubljana et dans une superbe mise en scène de Franck van Laecke, le chef-d'œuvre du compositeur tchèque prend la dimension d'une parabole universelle sur la psyché féminine opprimée. Après "Jenùfa" créé en 1904 - que...  

Une saison épatante en 2018/2019 pour les 350 ans de l'Opéra de Paris… et les 30 ans de l'Opéra Bastille - 03/02/2018

Une jeunesse insolente et douée, voilà qui peut résumer notre sentiment à l'issue de deux soirées exceptionnelles au Palais Garnier. Vendredi 26 janvier, les chanteurs de l'Académie donnaient un concert à tous égards remarquable de promesses. Ces jeunes talents ont côtoyé stars de la danse, du chant et de la mise en scène lors d'un spectacle roboratif donné lundi 29 pour annoncer la saison...  

"Georgia - Tous mes rêves chantent", une comédie musicale de l'Ensemble Contraste - 27/01/2018

Après sa création dans le Val-de-Marne et dans la région des Hauts-de-France, l'Ensemble Contraste présente début février à La Cigale son nouveau spectacle, "Georgia - Tous mes rêves chantent", d'après un livre-disque écrit avec Timothée de Fombelle, grand succès de 2016. Cette nouvelle comédie musicale, destinée aux grands comme aux petits, livre une vision poétique et drôle d'un sauvetage par...  

"Il Prigioniero" et "Das Gehege" à La Monnaie, des opéras pour conjurer l'enfer - 22/01/2018

La Monnaie (De Munt) propose, jusqu'au 27 janvier 2018, une nouvelle production de deux opéras des XXe et XXIe siècles réunis pour la première fois à la scène, "Il Prigioniero" de Luigi Dallapiccola et "Das Gehege" de Wolfgang Rihm. Un puissant spectacle qui fera date grâce à une équipe artistique d'une rare cohésion. Dans la belle production d'Andrea Breth, metteure en scène allemande célébrée...  

De la persistance rétinienne dans "Jephtha" ou l'admirable théâtre d'ombres de Claus Guth - 15/01/2018

L'Opéra de Paris propose, jusqu'au 30 janvier 2018 à Garnier, l'oratorio "Jephtha" de Haendel mis en scène par Claus Guth. Avec le sémillant William Christie à la tête des Arts Florissants (orchestre et chœur) et une superbe distribution emmenée par le ténor Ian Bostridge, le spectacle est une réussite totale. Quand Georg Friedrich Haendel compose en 1751 son dernier oratorio, "Jephtha", dont il...  

Benjamin Bernheim, le héraut du chant français - 14/12/2017

Rencontre avec le nouveau Rodolfo à l'Opéra Bastille dès le 18 décembre. Le ténor qui brille dans des répertoires très différents (italien, allemand et russe) est avant tout un défenseur de la langue et du chant français. Affable et détendu, Benjamin Bernheim nous accueille dans une de ces loges modernes et sans beaucoup d'âme destinée aux interviews à l'Opéra Bastille. En dépit d'un lundi froid...  

"Tristan et Isolde" au Liceu, un poème saturnien rêvé - 07/12/2017

Jusqu'au 15 décembre, le Grand Théâtre du Liceu présente "Tristan und Isolde", la première production wagnérienne de La Fura dels Baus. Un spectacle magistralement réussi grâce à la vision onirique d'Alex Ollé, la direction inspirée de Josep Pons et à une distribution vocale de haut lignage emmenée par les fabuleux Irène Theorin et Albert Dohmen. Il est de rares œuvres qui nous tiennent...  

"De la Maison des Morts", une humanité offensée et bouleversante vue par Patrice Chéreau - 23/11/2017

Temps fort de la saison de l'Opéra de Paris, la magnifique et bouleversante production du dernier opéra de Leos Janàcek, imaginée par le metteur en scène disparu en 2013, est à l'affiche pour six représentations. Un spectacle à voir absolument. Aller voir ou revoir cette production de l'opéra de Janàcek, la perfection scénique de ses tableaux, son humanité bouleversante, son intelligence...  

"La flûte enchantée", opéra et film muet en chantant - 11/11/2017

Première française à l'Opéra Comique de "La Flûte enchantée" dans la production de Barrie Kosky et du Collectif 1927, créée à la Komische Oper. L'ultime chef-d'œuvre de Mozart, revisité à la mode du cinématographe farceur et poétique d'un Méliès ou d'un Tim Burton et du cabaret expressionniste berlinois, redonne à sa façon iconoclaste les natives couleurs du grand spectacle populaire créé en...  

La Ronde de nuit - 07/11/2017

L'Opéra national de Paris programme "La Ronde" de Philippe Boesmans à l'Amphithéâtre Bastille avec les jeunes artistes lyriques et les musiciens de l'Académie. L'occasion de découvrir de merveilleux talents dans cet opéra en version chambriste à la partition obsédante, hallucinée, ironique, et qui nous parle comme jamais grâce à une mise en scène ingénieuse. Commande de Gerard Mortier, alors...  
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À découvrir

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine

Ça commence limite "foutage de gueule", genre numéro de cirque en guise d'attraction préambulaire… Après le combat de catch de nains, pourquoi un match de foot féminin pour ouvrir la kermesse annuelle du journal L'Union à Reims ! Sauf que… les choses vont prendre une tournure inattendue… Avec une coupe du monde à la clé ! C'est la nouvelle et formidable histoire de femmes que nous racontent Pauline Bureau et sa compagnie.

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine
Reims, été 68. Dans la perspective d'un événement footballistique important, coach et cadres de l'équipe locale cherche une attraction en préambule de la confrontation sportive… Et pourquoi pas des femmes courant après un ballon, c'est original et rigolo, du jamais vu !* Des filles sur un terrain de foot, voilà un divertissement apte à régaler les mâles… majoritaires sur les gradins.

S'ensuit un appel à candidates qui, à la grande surprise de l'initiateur (Nicolas Chupin), répondent présentes. Mais son étonnement est total quand il les voit taper dans le ballon ; et jouer avec enthousiasme, aisance, rapidité et une immense liberté, sans retenue. Elles ont entre 16 et 32 ans, venant d'horizons différents, et sont bien décidées à faire de cette mauvaise plaisanterie divertissante l'aventure de leur vie.

Et, ici, Pauline Bureau nous rappelle que l'histoire du football féminin est indissociable de l'évolution de la société et de ses luttes. Femmes footballeuses, femmes ouvrières, l'un peut être l'échappatoire de l'autre, enquête historique, en quête d'histoire… Plusieurs aspects de la condition de la femme sont abordés, montrés. Et dans les années soixante, de la famille à l'usine, les exemples ne manquent pas, actualités sociales sur fond de rendement à la chaîne, de taux horaires, flagrantes et énormes disparités de salaires entre les hommes et les femmes (ça a changé ?), etc.

Gil Chauveau
06/12/2019
Spectacle à la Une

"Le Pas Grand Chose" Un regard de côté pour illuminer le monde

Subvertir la pensée commune par des postures intellectuelles radicales, propres à faire passer ce pseudo conférencier circassien pour un autiste Asperger des plus performants, semble le crédo existentiel de cet artiste hors normes. Par le biais de son regard décalé, il recrée sous nos yeux un monde fabuleux, enchantant notre imaginaire et stimulant nos neurones assoupis.

Johann Le Guillerm, dès son apparition sur le plateau, poussant une improbable carriole-bureau à tiroirs, en impose. Son costume, sa cravate, sa tresse impeccable, sa voix monocorde… tout en lui dégage une inquiétante étrangeté mâtinée d'une sérénité au-dessus de tout soupçon. Comme si cet homme d'un autre temps, d'une autre époque, avait accumulé dans les plis de son être un savoir qui nous faisait défaut, nous les prisonniers de la caverne platonicienne condamnés à ne voir en toutes choses que le pâle reflet de nos vies formatées.

"Est-ce que quelqu'un dans la salle pourrait m'indiquer le chemin qui n'irait pas à Rome ?"… Dès sa première adresse au public, le ton est donné : si quelqu'un d'aventure, fort de ses nouveaux savoirs, s'était égaré là, conforté dans l'idée que la terre est ronde (suprême révélation datant d'à peine cinq cents ans) et que l'homme n'est pas maître en sa demeure (Freud, et la découverte de l'inconscient au début des années 1900), il pourrait illico "battre en retraite". Copernic, Galilée, Freud n'ont fait qu'ouvrir la voie… à nous de la poursuivre.

"La science de l'idiot" chevillée au corps, Johann Le Guillerm va faire exploser littéralement le prêt-à-penser confortant des idées manufacturées, fussent-elles actualisées, dupliquées à l'envi par la nécessité d'une reproduction sociale garante de l'ordre décliné par le savoir officiel. Penser autrement le monde, c'est ce qu'il fut amené à faire, d'abord à son corps défendant. Diagnostiqué enfant dys+++ (dyslexique, dysorthographique, etc.), il fut conduit à la rébellion de l'esprit en dessinant d'autres épures. Réflexe de survie.

Yves Kafka
21/12/2019
Sortie à la Une

"À mon bel amour"… Urbain, classique, éclectique et artistique

C'est sous le prisme des danses urbaines, contemporaine et classique que la chorégraphe Anne Nguyen interroge les identités au travers du corps et de son rapport à l'espace où le waacking, le popping, le voguing, le locking et le krump portent leurs signatures au détour de pointes, de balancés, de lock et de bounce.

Noir sur scène, puis un groupe se détache dans une lumière tamisée qui vient dessiner les creux de leurs silhouettes. La musique démarre à un rythme effréné. Au début, tout est homogène, ils forment une seule et même entité dans une intimité qui est balayée par le tempo musical. Comme un pied-de-nez à la sensation scénique d'un sentiment intime qui s'extériorise violemment.

À tour de rôle, comme une réminiscence des années soixante, soixante-dix, quatre-vingt, le waacking, le popping, le voguing, le locking, le krump, en appui des danses contemporaine et classique, apparaissent autour d'un socle artistique commun dans lequel chacun vient se nourrir au même humus. Des différences ? Oui, bien sûr, dans le tempo, la gestique, le rapport au corps, à la scène et à l'autre, mais tout ceci puise dans un même objectif, celle de faire communiquer une sensation, un état d'âme, une volonté farouche ou timide de montrer quelque chose sur le plateau, un ce je-ne-sais-quoi qui fait de l'artiste un buvard aux émotions qui a besoin, pour notre plus grand plaisir, de s'épancher.

Safidin Alouache
10/12/2019