La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Avignon 2022

•Off 2022• "Le Facteur Cheval ou Le Rêve d'un fou" Voyage immobile d'un monumental rêveur - 12/07/2022

Au fond de la cour minérale du Théâtre des Halles, il est un sas conduisant dans l'arrière-cour, un jardin à l'écart des bruits tapageurs du Festival. C'est là, à ciel ouvert, que va se (re)jouer la fantastique histoire vraie d'un homme simple à l'esprit d'une complexité seule apte à enfanter un ouvrage hors norme, disproportionné et de conception hallucinée. Dans un décor "naturel", bruit des...  

•Off 2022• "Tartuffe" Une approche en musique et en chanson pour délivrer un surprenant message féministe - 12/07/2022

Qui ne connaît pas Tartuffe, le plus grand des hypocrites, faux dévot aussi, prêcheur de vertu opportuniste et très ambitieux. Cet homme réussit à en manipuler un autre, Orgon, archétype du personnage de cour, totalement dupe, tombé sous sa coupe et qui ainsi devient son directeur de conscience. Au point de se voir proposer d'épouser Marianne, la fille de son bienfaiteur, alors même qu'il tente...  

•In 2022• "Iphigénie" Et tout ça pour une histoire de vent, de dieux, de fables… Le "non" d'Iphigénie portée par la colère des femmes - 11/07/2022

Qui sait la propension quasi addictive de Tiago Rodrigues à "réinventer" les mythes (cf. son fabuleux "Antoine et Cléopâtre" ou "By Heart" à partir d'un sonnet de Shakespeare décliné à l'envi, ou encore "Bovary" ressuscitée) ne peut être vraiment étonné que ce passionné de récits revienne en Avignon avec une "Iphigénie" revisitée, transcendée. Dans une subtile mise en scène d'Anne Théron allant...  

•Off 2022• "Semeurs de rêves" Une évocation du pouvoir des enfants et de leur possible force de conviction - 10/07/2022

Dans le village de Griseville, les habitants travaillent dur. C'est sans doute tout ce qu'ils savent faire. Leur communauté est bien réglementée. On ne doit rien y changer ! Ceux qui sortent des rails deviennent parjures et le serpent arrive à ses côtés sans jamais les quitter. Un jour, deux étrangers un peu saltimbanques, un homme et une femme, arrivent dans le village, suscitant le...  

•Off 2022• "Le Rêve d'un homme ridicule" La vie est (réellement) un songe - 10/07/2022

Jean-Paul Sermadiras, à l'allure christique et au port imposant du romancier russe, apparaît, s'immobilise, toise longuement du regard la salle… L'effet d'ordre hypnotique produit par cette entrée dans le vif du sujet fera que, une heure durant, nous ne le quitterons pas un instant des yeux, aimantés par sa présence magnétique. Sa voix, au diapason, fait résonner le texte pour donner à "voir" à...  

•In 2022• "Le Moine Noir" Autant en emporte le Mistral… Serebrennikov fait Honneur à la Cour - 09/07/2022

Une ouverture appelée à faire figure d'événement. L'un de ceux qui ont vocation à rester inscrits en lettres de feu dans l'épaisseur des murs mythiques de la Cité des Papes. D'abord la personnalité hors normes de son initiateur, Kirill Serebrennikov, dissident russe qui, après avoir subi les privations de liberté de l'ère poutinienne (caractérisée par une psychose impériale), vit exilé à Berlin....  

•Off 2022• "Le Journal intime d'Adam et Eve" Homme Femme… éternellement uniques et définitivement particuliers - 08/07/2022

Dans cette pièce-pamphlet américaine très étonnante inspirée de la Bible, Mark Twain parle des relations hommes-femmes, l'auteur étant passionné par l'humanité, laquelle est au centre de toute son œuvre. Il s'agit d'un texte subtilement féministe qui dénonce à la fois les relations entre hommes et femmes et le patriarcat, mais qui parle aussi de nous. Et pourtant, nous sommes respectivement en...  

•Off 2022• "Boire, baiser, écrire (Un air de Bukowski)" Sur les planches de l'ivresse - 07/07/2022

Il y a chez Oldan, cet homme en noir au regard malicieux et un peu fuyant, quelque chose de Bukowski. La carrure imposante, peut-être, et une grandeur toute délicate, sans doute moins perceptible au premier abord. Et s'ils s'étaient rencontrés ces deux-là ! Que se seraient-ils dit ? Qu'auraient-ils tu d'eux-mêmes par pudeur ou par humilité ? Leurs regards acerbes sur le monde et la nature humaine...  

•Off 2022• "Dalida sur le divan" Ou comment (re)découvrir la célèbre chanteuse - 06/07/2022

En janvier 1986, Dalida repart sur les terres de son enfance, l'Égypte, pour y tourner "Le Sixième jour". Le cinéaste le plus connu de l'Orient, Youssef Chahine lui propose enfin un vrai rôle au cinéma. C'est ce moment-là de la vie de l'artiste que Joseph Agostini, en collaboration étroite avec Lionel Dameï et Alain Klinger, a choisi de commencer le récit de ce spectacle musical : au moment de ce...  

•Off 2022• "Le Misanthrope" ou 400 ans de modernité - 04/07/2022

Alceste est atrabilaire jusqu'au bout des ongles. Il hait la nature humaine en tout point, surtout celle de la Cour et de la société mondaine, et épingle plus que tout autre les mœurs de son temps. Sa misanthropie fait finalement de lui le plus droit des hommes et le plus loyal, mais il lui manque une vertu : l'indulgence pour la conduite de ses semblables. Cela le pousse dans un rigorisme et une...  
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À découvrir

Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

Besoin de se dérouiller un peu les jambes, de se plaindre de la cohue qu'elles subissent tous les jours, de se rappeler des souvenirs "d'enfance" ou de se réchauffer les nerfs aux rivalités les plus classiques, rivalités de notoriété, de séduction ou d'âge, car ces quatre figures font bien partie des représentations de l'idéal féminin en compétition, telle sera la course qu'elles mènent avec fougue et sensualité.

L'idée de départ aurait pu devenir banale et vaine sans l'inventivité que les autrices, les interprètes et le metteur en scène ont déployé. Le texte de Claire Couture et Mathilde Le Quellec ancre résolument son ton dans la fantaisie, le jeu de répliques et l'humour. Les deux autrices ont laissé libre cours à leur imaginaire en gardant un point de vue moderne. Elles dessinent des tempéraments rugueux, explosifs et inattendus, qui tranchent avec les idées convenues que l'on forme face à ces représentations idéalisées de la femme : ce que cache le visage, l'apparence, l'esthétique.

Bruno Fougniès
18/10/2022
Spectacle à la Une

"Huis clos" Sommes-nous acteurs de notre destin ou de simples marionnettes ?

Garcin, Inès et Estelle, un homme et deux femmes, se retrouvent enfermé(es) dans un salon où la lumière ne s'éteint pas et duquel il est impossible de sortir. Ils comprennent qu'ils se trouvent en Enfer et se racontent leurs histoires. Ainsi se noueront entre eux des relations complexes qui ne se révèleront pas toujours réciproques.

© Anthony Dausseur.
Est-ce bien raisonnable de retourner assister à une énième représentation de "Huis clos", ce texte incontournable du théâtre français écrit, fin 1943 - début 1944, par le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre ? Une de ses plus belles œuvres et aussi une des plus jouées.
Quand on aime, on ne compte pas, semble-t-il.

Au Laurette Théâtre, une petite salle intimiste de quartier, se joue une nouvelle version de cette célèbre pièce, interprétée par deux comédiennes et un comédien attachant(es) et investi(es) : Sebastian Barrio, Karine Battaglia et Laurence Meini.

La proximité du public avec la scène et, de ce fait, le contact très proche avec les personnages renforcent très largement la thématique de la pièce. Rares ont été les fois où cette sensation d'enfermement a pu nous envahir autant, indépendamment des relations tendues qui se tissent progressivement entre les personnages et qui de ce fait sont décuplées.

Brigitte Corrigou
24/10/2022
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
20/09/2022