La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Avignon 2019

•Off 2019• Hercule à la Plage Entre mythe et mythomanie, la vie est un songe - 15/07/2019

Convoquer la figure d'un super héros de la mythologie - et ce dans le droit fil d'Ariane tissé par sa chère maman disparue qui racontait à sa petite fille émerveillée l'histoire héroïque du fils de Jupiter et d'Alcmène - pour s'inventer ensuite une existence idéalisée, la divine "créature" de Fabrice Melquiot s'en donne à cœur joie… quitte à briser celui de ses trois camarades, amoureux fous de...  

•Off 2019• Le Fantôme d'Aziyadé À la recherche d'un fantasme survivant… - 14/07/2019

La voix chaude et modulée de Xavier Gallais, assis derrière un pupitre et faisant face à un micro donnant à sa voix un timbre d'outre lieu, invite à accompagner Pierre Loti dans un voyage au bout du désir. Celui du jeune officier de marine qui vécut dix ans auparavant une passion amoureuse pour la fascinante Aziyadé, resurgissant soudain des limbes de l'oubli. Istanbul, la Porte de l'Orient, ses...  

•Off 2019• Penetrator Mise à nu, façon uppercut, d'une traumatique dérive - 13/07/2019

Appart et colocs, intérieur jour, sombre, calme masturbatoire adulescent, imaginaire et fantasme féminins perturbés… vie déstructurée et avenir tagué façon néant, prémices d'une tempête tornade à venir, violence masculine… entre pratiques sexuelles à l'envie gay et viol militarisé… Penetrator, choc post-traumatique… Néo brutalisme, théâtre coup-de-poing ou de la provocation… ou, avec plus...  

•In 2019• La Maison de Thé Un thé rebelle… à l'infusion… - 13/07/2019

Une colossale, monumentale, géantissime (on pourrait poursuivre...) installation d'une roue (de la fortune… eu égard à l'astronomique coût) occupe, sur tout son espace, l'immense plateau de l'Opéra Confluence aux portes d'Avignon. Cette construction métallique à prétention "eiffelique", sensée représenter la Maison de Thé, a l'effet de nous en mettre plein la vue… et sur ce point c'est amplement...  

•Off 2019• Cabaret Louise Cabaret peu orthodoxe sur l'art de la rébellion - 12/07/2019

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et sa compagne Louise Michel sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur un cinquantenaire soixante-huitard bienfaisant, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie...  

•Off 2019• Le Rouge éternel des coquelicots Main basse sur les quartiers nord, Chronique d'une disparition annoncée - 12/07/2019

Les quartiers nord, territoire plus près du New York populaire que des zones huppées de Marseille. Un snack posé là au milieu d'un immense chantier de "revalorisation urbaine", seuls des coquelicots sauvages y survivent. Vestige de tout un passé et culture en voie de disparition, le snack de Latifa Tir fait face au théâtre du Merlan de François Cervantes. Entre eux une complicité d'un an. Au bout...  

•Off 2019• PSYcause(s) 3 Effet miroir, entre humour corrosif et infinie tendresse ! - 11/07/2019

Pour la troisième fois, un "deux sur scène" renouvelé : le fauteuil, assise-coque accueillante aux multiples positions, protagoniste à part entière, et la comédienne auteure Josiane Pinson, tour à tour psy ou patiente, aux multiples évasions, aventurière en terrain connu dans les dédales de l'inconscient, cet autre en nous. Confessions, états d'âme, états de femmes, états de soi aussi, cette...  

•Off 2019• Artaud-Passion Le Théâtre et son double, Antonin A. et William M. (ou l'inverse) - 11/07/2019

Regard halluciné, crâne planté de filins, corps tétanisé secoué de minuscules soubresauts - autant de traces erratiques des électrochocs de neuf ans d'internement - Artaud-Mesguich "apparaît" et fait voler en éclats la bien-pensance molle, fût-ce celle de ceux qui auraient voulu l'idéaliser "à bon compte". La voix d'outre-tombe de "l'interprète" (jamais ce mot ne fut plus approprié tant l'acteur...  

•Off 2019• Reconstitution Scène de crime, autopsie d'un amour à cœur ouvert - 10/07/2019

Faire de l'intime vécu par l'ex-couple à la ville, acteurs au plateau, Véronique Dahuron et Guy Delamotte, le sujet d'une performance théâtrale dont "ils seront les héros" apparaît un défi humain et artistique autant pour les protagonistes-personnes-personnages que pour l'écrivain metteur en scène Pascal Rambert aimant tremper sa plume dans le vif des sujets. "Reconstitution" se présente comme la...  

•Off 2019• Noir et Humide Entre lumière et obscurité, fascinante étrangeté de la banalité ordinaire… - 10/07/2019

Frédéric Garbe, amoureux des mots et de leurs sonorités, est avec son Autre Compagnie adepte des textes littéraires faisant résonner la matière "grise" lovée dans les replis de l'imaginaire. Après "Le Mois de Marie" de Thomas Bernhard présenté à Avignon en 2016, il creuse le sillon du pas de côté "éclairant" en mettant en jeu "Noir et Humide" de l'écrivain norvégien Jon Fosse, connu pour ses...  
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À découvrir

"Rimbaud Cavalcades !" Voyage cycliste au cœur du poétique pays d'Arthur

"Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées…", Arthur Rimbaud.
Quel plaisir de boucler une année 2022 en voyageant au XIXe siècle ! Après Albert Einstein, je me retrouve face à Arthur Rimbaud. Qu'il était beau ! Le comédien qui lui colle à la peau s'appelle Romain Puyuelo et le moins que je puisse écrire, c'est qu'il a réchauffé corps et cœur au théâtre de l'Essaïon pour mon plus grand bonheur !

© François Vila.
Rimbaud ! Je me souviens encore de ses poèmes, en particulier "Ma bohème" dont l'intro est citée plus haut, que nous apprenions à l'école et que j'avais déclamé en chantant (et tirant sur mon pull) devant la classe et le maître d'école.

Beauté ! Comment imaginer qu'un jeune homme de 17 ans à peine puisse écrire de si sublimes poèmes ? Relire Rimbaud, se plonger dans sa bio et venir découvrir ce seul en scène. Voilà qui fera un très beau de cadeau de Noël !

C'est de saison et ça se passe donc à l'Essaïon. Le comédien prend corps et nous invite au voyage pendant plus d'une heure. "Il s'en va, seul, les poings sur son guidon à défaut de ne pas avoir de cheval …". Et il raconte l'histoire d'un homme "brûlé" par un métier qui ne le passionne plus et qui, soudain, décide de tout quitter. Appart, boulot, pour suivre les traces de ce poète incroyablement doué que fut Arthur Rimbaud.

Isabelle Lauriou
25/03/2024
Spectacle à la Une

"Le consentement" Monologue intense pour une tentative de récit libératoire

Le livre avait défrayé la chronique à sa sortie en levant le voile sur les relations pédophiles subies par Vanessa Springora, couvertes par un milieu culturel et par une époque permissive où ce délit n'était pas considéré comme tel, même quand celui-ci était connu, car déclaré publiquement par son agresseur sexuel, un écrivain connu. Sébastien Davis nous en montre les ressorts autant intimes qu'extimes où, sous les traits de Ludivine Sagnier, la protagoniste nous en fait le récit.

© Christophe Raynaud de Lage.
Côté cour, Ludivine Sagnier attend à côté de Pierre Belleville le démarrage du spectacle, avant qu'elle n'investisse le plateau. Puis, pleine lumière où V. (Ludivine Sagnier) apparaît habillée en bas de jogging et des baskets avec un haut-le-corps. Elle commence son récit avec le visage fatigué et les traits tirés. En arrière-scène, un voile translucide ferme le plateau où parfois V. plante ses mains en étirant son corps après chaque séquence. Dans ces instants, c'est presque une ombre que l'on devine avec une voix, continuant sa narration, un peu en écho, comme à la fois proche, par le volume sonore, et distante par la modification de timbre qui en est effectuée.

Dans cet entre-deux où le spectacle n'a pas encore débuté, c'est autant la comédienne que l'on voit qu'une inconnue, puisqu'en dehors du plateau et se tenant à l'ombre, comme mise de côté sur une scène pourtant déjà éclairée avec un public pas très attentif de ce qui se passe.

Safidin Alouache
21/03/2024
Spectacle à la Une

"Un prince"… Seul en scène riche et pluriel !

Dans une mise en scène de Marie-Christine Orry et un texte d'Émilie Frèche, Sami Bouajila incarne, dans un monologue, avec superbe et talent, un personnage dont on ignore à peu près tout, dans un prisme qui brasse différents espaces-temps.

© Olivier Werner.
Lumière sur un monticule qui recouvre en grande partie le plateau, puis le protagoniste du spectacle apparaît fébrilement, titubant un peu et en dépliant maladroitement, à dessein, son petit tabouret de camping. Le corps est chancelant, presque fragile, puis sa voix se fait entendre pour commencer un monologue qui a autant des allures de récit que de narration.

Dans ce monologue dans lequel alternent passé et présent, souvenirs et réalité, Sami Bouajila déploie une gamme d'émotions très étendue allant d'une voix tâtonnante, hésitante pour ensuite se retrouver dans un beau costume, dans une autre scène, sous un autre éclairage, le buste droit, les jambes bien plantées au sol, avec un volume sonore fort et bien dosé. La voix et le corps sont les deux piliers qui donnent tout le volume théâtral au caractère. L'évidence même pour tout comédien, sauf qu'avec Sami Bouajila, cette évidence est poussée à la perfection.

Toute la puissance créative du comédien déborde de sincérité et de vérité avec ces deux éléments. Nul besoin d'une couronne ou d'un crucifix pour interpréter un roi ou Jésus, il nous le montre en utilisant un large spectre vocal et corporel pour incarner son propre personnage. Son rapport à l'espace est dans un périmètre de jeu réduit sur toute la longueur de l'avant-scène.

Safidin Alouache
12/03/2024