Quantcast
La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Avignon 2019

•Off 2019• PSYcause(s) 3 Effet miroir, entre humour corrosif et infinie tendresse !

"PSYcause(s) 3", Studio Hébertot, Paris

Pour la troisième fois, un "deux sur scène" renouvelé : le fauteuil, assise-coque accueillante aux multiples positions, protagoniste à part entière, et la comédienne auteure Josiane Pinson, tour à tour psy ou patiente, aux multiples évasions, aventurière en terrain connu dans les dédales de l'inconscient, cet autre en nous.



© DR.
© DR.
Confessions, états d'âme, états de femmes, états de soi aussi, cette fois-ci, pour se raconter, pour conter la Femme, celle d'aujourd'hui, de l'unique à l'universelle, de la sphère familiale à la sphère amoureuse, de la maturité à la sagesse, et retrouver sa place dans une société pas encore féministe mais déjà un peu moins masculine.

De la petite Chloé, enfant de couples homo, et ses trois arbres "général logique" à l'éternelle patiente "nympho onaniste patho" et à l'amante préservant toujours son hymen après cinquante d'amour platonique, en passant par ses propres filles pour des règlements de comptes familiaux ayant pour origines quelques carences maternelles, Josiane Pinson fait de nouveau passer les maux de la tête par ceux du corps, avec ironie, souvent avec humour - jusqu'au burlesque - mais toujours en y associant une bienveillance toute féminine, rendant les personnages mis sur le gril sympathiques ; et nous amenant insidieusement, mais sans facilité ni manichéisme, à l'empathie.

© Fabienne Rappeneau
© Fabienne Rappeneau
Débutant pour ce troisième opus par les obsèques et la crémation de sa mère - parce que l'urne, c'est plus rigolo ! -, l'auteure comédienne nous conduit immédiatement dans une description détaillée, peu orthodoxe, et avec une réjouissante insolence, des travers de femmes névrosées - ou inadaptées à des situations générées par une société en folie -, des lâchetés des mâles amants provisoires ou réguliers ; et, joviale autodérision oblige, d'elle-même, de ses échecs familiaux - moments savoureux de ses altercations avec sa mère qui lui parle d'outre-tombe - et amoureux.

L'écriture de Josiane Pinson, auteur et comédienne, a cette légèreté élégante, particulière, qui lui permet d'aborder avec esprit et délicatesse des sujets sérieux tenant tant aux doutes, aux peurs féminines, voire aux tabous encore présents ; et d'aller se promener d'un pas aérien dans les sentiers parfois tortueux de l'inconscient. À noter, car présent dans ses trois créations, dans les différents cas présentés apparaît de manière récurrente un questionnement sur la tolérance : de l'autre, de ses orientations, de ses actes, de ses choix, couple homo, couple avec différence d'âge, etc.

La mise en scène épurée de Gil Galliot, d'une simplicité élaborée, permet les va-et-vient qu'oblige une partition polyphonique à multiples rôles, multiples situations, et dualité entre patient et psychanalyste. Entre humour noir décapant et compassion pour nos contemporains, la musique jouée est une balade dans les profondeurs labyrinthiques de certaines de nos folies, crues, cruelles mais touchantes et drôles à la fois.

Au final, après les PSYcause(s), la psy craque et retourne sur le fauteuil, la psy redevient patiente, tente de sortir du cadre, de faire un nouveau départ… rencontre un patient à l'identique d'elle-même, même histoire, même situation. Effet miroir.
"Fuck la psychanalyse !" La boucle est bouclée. Troisième et fin.

"PSYcause(s) 3"

© Fabienne Rappeneau
© Fabienne Rappeneau
Texte : Josiane Pinson.
Mise en scène de Gil Galliot.
Avec : Josiane Pinson.
Avec la complicité : Judith Magre, Anie Balestra, Achille Orsoni et Bruno Magne, Pascal Bodin et Marie-Céline Nivière.
Durée : 1 h 15.
À partir de 14 ans.

•Avignon Off 2019•
Du 5 au 28 juillet 2019.
Tous les jours à 13 h 10.
Roseau Espace Teinturier, Petite Salle
45, rue des Teinturiers.
Réservations : 04 90 03 28 75 et 06 29 34 07 99.
>> roseautheatre.org

Gil Chauveau
Jeudi 11 Juillet 2019

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

Fred Pallem et Le Sacre du Tympan racontent les Fables de La Fontaine

Excellente idée que celle de Fred Pallem, musicien compositeur aux multiples talents et goûts musicaux, de revisiter avec quelques belles notes revigorantes "Les Fables de La Fontaine", quatorze plus précisément, qui sont racontées par une belle "brochette" d'artistes, des fidèles parmi les fidèles ou des - nouvellement ! - copains et copines.

Concert
En ces temps si particuliers, où nous sommes coincés - petits et grands - dans nos lieux de vie, notre disponibilité pour lire, écouter, songer, affabuler, s'évader sur des histoires anciennes ou nouvelles, est grande. C'est l'occasion aussi de redécouvrir nos classiques, mais en mode inédit, portés par des phrasés mélodiques et des conteurs aux personnalités affirmées et talentueuses.

S'il y a bien un compositeur à qui l'on ne peut pas reprocher de raconter des fables, c'est bien Fred Pallem. En plus de vingt ans de compositions et de concerts, jamais il ne se répète. Depuis son premier album avec sa formation "Le Sacre du Tympan" (en 2002) jusqu'à sa dernière "Odyssée" en 2018, en passant par ses passions cinématographiques - "Soundtrax" (2010), "Soul Cinéma" (2017) -, voire celles aux dessins animés de son enfance - Cartoons (2017) - et à des compositeurs comme François de Roubaix, jamais il n'a cessé d'innover, de créer.

Mais ce que l'on sait moins, c'est que Fred Pallem est également un amoureux des mots. On peut le constater avec les multiples collaborations qu'il a eues avec des chanteurs et chanteuses comme Lavilliers, Barbara Carlotti, MC Solaar, Clarika, etc. Mais aujourd'hui, avec ce nouvel album, les mots prennent le devant. "Tout d'abord, j'avais envie de composer de la musique autour d'une voix parlée ; m'imprégner du rythme des mots et de leurs sons, ressentir le tempo de la diction, puis écrire de la musique à partir de cela. Nous avons donc enregistré les voix en premier et les musiques ensuite."

Gil Chauveau
15/11/2020
Spectacle à la Une

"Rabudôru, poupée d'amour" Une expérience intime de théâtre filmé, diffusée en direct via le web

L'incidence de la mise en sommeil de tous les spectacles, en ce mol novembre 2020, n'est pas la seule raison de cette représentation destinée aux internautes à laquelle nous à conviée la Compagnie La Cité Théâtre. Dès la conception du spectacle, Olivier Lopez, auteur et metteur, envisageait une double vision du spectacle : une en contact direct avec le public de la salle, l'autre en streaming par captation en temps réel.

© Julien Hélie.
"Le "ciné live stream" est un autre regard sur l'histoire de "Rabudôru". Accessible en ligne, cette "dématérialisation" interroge l'expérience théâtrale, la place du(de la) comédien(ne), entre l'image et le plateau. (Olivier Lopez/Dossier de presse).

Le plateau de théâtre devient également plateau de cinéma, avec cadreurs, techniciens et cabine de réalisation intégrée. Le but est de rechercher d'autres rapports à la scène que cet éphémère "ici et maintenant" dont le spectacle vivant a toujours été fier et dépendant. C'est un ici au ailleurs que propose Olivier Lopez mais pas seulement.

Le filmage en direct apporte, dans certaines scènes, une proximité, une intimité avec les personnages sans le filtre de la déclamation théâtrale. Les expressions en plans rapprochés semblent plus fortes. Les cadrages permettent d'oublier un temps le reste du décor plateau et s'immerger plus profondément dans la scène, passer d'un lieu à un autre avec souplesse et précision.

Bruno Fougniès
16/11/2020
Sortie à la Une

"Zaï Zaï Zaï Zaï" Road movie déjanté… Tout ça pour un poireau !

Ne devoir son salut qu'à un légume à bulbe blanc et à longues feuilles vertes, brandi sous le nez d'un vigile expert en roulade arrière dissuasive, marque le point de bascule de ce jeune homme - peu recommandable, il est auteur de BD - venant de commettre l'impensable : ne pas avoir été en mesure de présenter sa carte de fidélité à la caissière ! Telle est l'origine de la folle cavale du "héros" échappé de l'album éponyme de Fabcaro pour être porté sur la scène par Angélique Orvain, réalisant là une prouesse propre à rendre lumineuse toute grisaille.

© Romain Dumazer.
Dans un dispositif immergeant le spectateur au cœur de l'action effrénée - pas moins de quatre podiums disposés en cercle, éclairés tour à tour, incluent le public dans des tableaux vivants -, l'épopée du fuyard décrété ennemi numéro 1 par la vox populi reprenant en chœur les voix des médias et des représentants de l'ordre va être vécue de manière haletante. L'occasion pour l'auteur et la metteure en scène, fins observateurs des travers contemporains, de croquer à pleines dents les errements hilarants des conduites dites "ordinaires".

En effet ces "arrêts sur images", joués superbement par huit acteurs tirant parti avec intelligence des ressorts du théâtre de tréteaux et des ralentis cinématographiques, passent au scanner les dérives de la pensée commune érigée en système de pensée. Aucun milieu n'y échappe. Pas moins les complotistes avachis devant leur téloche, les bobos contents d'eux-mêmes lisant Les Inrocks ou Le Monde Diplomatique, les artistes charitables réalisant un album de soutien à l'auteur de BD à la dérive, les forces de l'ordre au képi bas, et encore moins les journalistes des chaînes d'infos en continu commentant en boucle l'absence d'infos.

Éberlué par tant de perspicacité bienveillante mais non moins mordante, on jubile… Rien ne nous est épargné du grotesque qui sous-tend les comportements de la meute de ces (braves) gens commentant avidement la cavale du dangereux mécréant ayant bravé l'interdit suprême des fidèles du "Temple de la consumation". Et si le trait est grossi à l'envi, il déforme à peine la réalité des travers.

Yves Kafka
29/10/2020