La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Théâtre

"Les Fourberies de Scapin"… Dans un élan créatif et impertinent, une version chaleureuse et revigorante - 10/11/2018

Jeunesse amoureuse, frondeuse et insoumise. Amour acté et signé sans consentement de leurs géniteurs et, en secours rusé mais généreux, l'homme Scapin au pedigree de valet futé donne la cadence de la danse. Dans un pur esprit de troupe, Emmanuel Besnault et une ribambelle de comédiens musiciens chanteurs nous prouvent, avec impétuosité et fraîcheur, l'intemporalité du texte de Molière. Le...  

"Tous mes rêves partent…" dans un imaginaire collectif… petite république éphémère… - 07/04/2018

Quel bel espace de liberté que cette bibliothèque là ! Dans "Tous mes rêves partent de gare d'Austerlitz" (mise en scène de Marjorie Nakache), l'auteur Mohamed Kacimi donne à partager les instants de liberté de Zélie, Rosa, Lily, Barbara, Frida, Marylou. Ce petit groupe d’amies qui se rencontrent à l'abri des regards, pour suivre un programme simple : rire, fumer, boire et rêver. Le spectateur...  

"Le Fils"… la vie n'est que songe et lanterne du voisin - 06/04/2018

Placide et monotone. Mais pas paisible. Avec ses côtés drôles. Jon Fosse, dans "le Fils", décrit la vie de couple alors que la nuit tombe et que l'homme guette à la fenêtre. La lumière chez le voisin, la lumière des phares de l'autocar. Ils vont et viennent, réitérant des paroles anodines dans le salon. Côte à côte. Leur salon est une salle d'attente avec ses silences denses. Dans cette histoire,...  

Courteline à déguster en sept petites bouchées - 05/04/2018

La fantaisie verbale, c'est ce qui ressort de ce collage de courtes pièces. Ainsi est dévoilé Georges Courteline, s'amusant du langage, qu'il soit à demi argotique, populaire ou judiciaire (pour le dernier met de cette dégustation). Des dialogues qui fouettent, qui sourdent le cru, le collectage dans la rue, au coin du zinc ou dans les bureaux administratifs où l'auteur a fait une partie de ses...  

"Comme il vous plaira", une exploration de la relativité des apparences - 04/04/2018

Largement inspirée d'une nouvelle tirée des contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer, "As you like it" d'un certain William Shakespeare fait se rencontrer au sein d'une forêt reculée des proscrits fuyant un duc usurpateur. Dans cet état forcé de retour à la Nature, ces robins des bois vivent un véritable choc culturel, qui oppose un monde rustique, une Nature à l'état idéalisé et rêvé à la...  

Quand les héros du Far West incarnaient une violente mais souveraine liberté - 30/03/2018

Le diptyque "Calamity/Billy" est halé comme le Far West, son titre sonne comme un nom du Far West… et c'est bien le Far West… mais sans règlements de comptes à O.K. Corral, sans bagarres de saloon, même si les deux principaux protagonistes avaient la réputation de régler leurs problèmes ou leurs différents de manière expéditive, pour Billy the Kid, ou du moins musclée pour Calamity Jane. Une...  

Un Victor Hugo politique et loufoque qui jette une parole actuelle sur la société de l'argent - 27/03/2018

Le vertueux Victor Hugo jette dans cette pièce de jolis jets d'acide et d'impertinence pour décrire une société dans laquelle l'argent est devenu pouvoir absolu. Difficile de ne pas faire le parallèle avec notre époque qui, plus d'un siècle et demi plus tard, a parfaitement consommé le poison qui lentement fait crever une démocratie de plus en plus impuissante. Sur scène : un homme d'affaires qui...  

"Bourrasque"… Juste ce qu'il faut d'étrangeté pour que le réalisme soit porté aux franges du fantastique - 26/03/2018

Dans "Bourrasques", inspirée par l'œuvre de John Millington Synge, Nathalie Bécue emporte le spectateur dans un tourbillon de théâtre. Un théâtre mû par une langue concrète, drue, simple, maniée par des vagabonds des mots, des enjôleurs, des charmeurs, beaux parleurs qui magnifient cette terre d' Irlande, herbeuse et moutonneuse et tourbeuse, cette terre de l'Ouest, ces îles d'Aran les bien...  

"Notre Innocence"… Plateau nu et dix-neuf comédiens pour clamer une parole qui tourne à vide - 23/03/2018

Les dix-huit jeunes comédiens, pour la plupart issus d'écoles supérieures de formation artistique, psalmodient à l'unisson un long échantillonnage de revendications, et des perditions, des influences qu'ils subissent. Ils sont comme une mécanique à trois demi-douzaines de bouches, bizarrement...  

"Notre innocence"… Tous coupables ? - 23/03/2018

Le dramaturge et metteur en scène Wajdi Mouawad, directeur du théâtre national de La Colline, immisce, dans "Notre innocence", son théâtre dans les méandres d'une violence sociale, psychologique et physique. Il contextualise son œuvre à partir des attentats de Paris de novembre 2015 et, de façon plus personnelle, dans un drame qu'il a vécu dans une troupe. "Des viandes dans des blocs de béton"…...  
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À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019