La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Lyrique

Une "Carmen" très éventée à Orange - 09/07/2015

C'est le chef-d'œuvre de Bizet qui a ouvert le 8 juillet les fameuses Chorégies avec une affiche des plus prometteuses et la certitude d'une soirée magique dans le si beau théâtre antique d'Orange. Et ce fut une petite déception qui nous attendait - et un mistral d'anthologie. Déception pour cette première "Carmen" en ouverture de la saison des Chorégies d'Orange, qui suscitait pourtant tant...  

"Alceste" à Garnier : "seule la musique sauve" - 24/06/2015

Reprise de la production d'"Alceste", la tragédie lyrique de Gluck à l'Opéra Garnier jusqu'au 15 juillet 2015. Avec la crème des jeunes chanteurs français actuels, le dramaturge et metteur en scène Olivier Py nous livre sa vision (décevante) de cette tragédie de la piété conjugale inspirée de la pièce d'Euripide. Le public a changé depuis le XVIIIe siècle et le goût aussi. On peut rester de...  

"Les Mousquetaires au couvent", feu d'artifice final pour Jérôme Deschamps à l'Opéra Comique - 17/06/2015

Dernière production de Jérôme Deschamps comme directeur de l'Opéra Comique, ces "Mousquetaires au couvent" sont à découvrir absolument. Plus qu'une reprise de sa mise en scène de l'opérette de Louis Varney à Lausanne, son spectacle redonne vie avec un rare bonheur à ce bijou de "l'esprit gaulois" avec une pléiade de remarquables jeunes chanteurs dont Anne-Catherine Gillet et Sébastien Guèze....  

"La Belle Hélène" au Châtelet, cocus en stock à Sparte - 10/06/2015

Nouvelle production au Théâtre du Châtelet de "La Belle Hélène", la pochade Second Empire de Jacques Offenbach, jusqu'au 22 juin 2015. Un spectacle très réussi grâce au duo Corsetti/Sorin à la mise en scène et à un plateau vocal en folie dominé par la grande mezzo Gaëlle Arquez. Cette "Belle Hélène" qui faisait au (premier) siècle dernier les délices annuelles des théâtres de nos provinces, et...  

Grandes pointures pour "Le Roi Arthus" de Chausson - 22/05/2015

Entrée au répertoire à l'Opéra national de Paris du "Roi Arthus" d'Ernest Chausson, un siècle après sa création, une œuvre très attachante à découvrir absolument. En dépit d'une mise en scène contestable, on peut y entendre une troupe de chanteurs fabuleux dans cette originale (et méconnue) exploration du mythe arthurien et sa partition aux sortilèges magnifiés par la direction de Philippe...  

Les (belles) cuisses de Carmen à l'Opéra de Lyon - 07/05/2015

Reprise d'une production de la mythique "Carmen" de Bizet à l'Opéra de Lyon dans la vision roborative qu'en a délivré en 2012 l'incontournable Olivier Py metteur en scène chéri de nos scènes lyriques. Un spectacle qui gratte et qui pique conçu pour choquer le (supposé) bourgeois jusqu'au 17 mai 2015. Disons-le tout net, cette "Carmen" vocalement et musicalement ne restera pas dans les annales de...  

"Tristan und Isolde" (retrouvés) à Bordeaux - 31/03/2015

Ce "monument" élevé au "rêve de l'amour", comme l'appelait Wagner lui-même dans une lettre à Franz Liszt, nécessitant un orchestre abondant, c'est à l'Auditorium (et sa grande fosse) que ce "Tristan" est donné. Ce qui complique éminemment la tâche du metteur en scène. C'est à Giuseppe Frigeni,...  

L'amour est dans "Le Pré aux clercs"... et à l'Opéra Comique ! - 27/03/2015

En ce moment et jusqu'au 2 avril, l'Opéra Comique propose une nouvelle production, "Le Pré aux clercs". Jérôme Deschamps ressuscite pour la deuxième fois depuis le début de son mandat une œuvre d'un compositeur de l'époque romantique, Ferdinand Hérold. L'œuvre créée en 1832 fit d'ailleurs les beaux jours de la maison pendant un siècle avant d'être oubliée dans un tiroir. Si vous aimez les duels...  

"Tristan und Isolde", bourgeois de Cornouailles ? - 23/03/2015

Jusqu'au 2 avril 2015 l'Opéra national du Rhin propose une nouvelle production de "Tristan und Isolde" de Richard Wagner, l'opéra de tous les superlatifs. Une distribution vocale de grande qualité emporte l'adhésion malgré les choix esthétiques plus que problématiques du metteur en scène Antony McDonald et du chef Axel Kober. "Tristan und Isolde", l'opéra créé à Munich en 1865 (mais terminé...  

"Siegfried et l'Anneau maudit", c'est reparti ! - 17/03/2015

À l'Amphithéâtre Bastille, c'est la reprise d'une excellente production à partir du 24 mars 2015. Il s'agit de la version miniature (mais pas mineure) de la tétralogie de Richard Wagner conçue par Charlotte Nessi et son ensemble Justiniana à destination d'un large public. Une occasion unique de faire connaissance avec son univers riche et poétique en moins de deux heures. Un héros, une quête, un...  
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À découvrir

"Vies de papier" Un road-movie immobile, une épopée de l'autodérision

Leur tournée passe peut-être pas loin de chez vous. Il faut aller voir Benoît Faivre et Tommy Laszlo et leur manière de rendre palpitant l'examen d'un album-photos anonyme et intrigant trouvé dans une brocante belge…

Dans "Vies de papier", ces documentaristes, ces nouveaux Dupond et Dupont mènent une enquête qui, par étapes, avec ses impasses, ses indices, ses objets déconcertants, toutes ces miettes d'un passé inconnu voit s'ajuster des miettes de mémoire et se constituer en une histoire allemande, une destinée. Celle d'une femme allemande pendant la guerre.

Le scénario développé est improbable et véridique, le récit est haletant. Il a la dimension d'un témoignage de chasseurs de trésors qui tatônnent et se trouvent transformés eux- même par la chasse. Par la résolution de l'énigme, les ressorts secrets de la quête.

Scéniquement, tous les codes convergent vers la réalité avec, en prime dans la présence des comédiens, cette dimension de passion délivrée par des enquêteurs devenus de magnifiques conférenciers. Qui, dans leur manière de faire la liaison entre les images et les objets, cèdent à une touchante tendance à l'auto-célébration. Comme une joie, une satisfaction, une fierté à faire partager.

"Vies de papier" est un road-movie immobile, une épopée avec ce sens de l'autodérision qui fait douter jusqu'au bout et tiens les rennes du rire. Alors cet album-photos ? Cette femme, on y croit ou on n'y croit pas ? C'est la question d'un spectateur comblé.

Jean Grapin
08/01/2020
Spectacle à la Une

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine

Ça commence limite "foutage de gueule", genre numéro de cirque en guise d'attraction préambulaire… Après le combat de catch de nains, pourquoi un match de foot féminin pour ouvrir la kermesse annuelle du journal L'Union à Reims ! Sauf que… les choses vont prendre une tournure inattendue… Avec une coupe du monde à la clé ! C'est la nouvelle et formidable histoire de femmes que nous racontent Pauline Bureau et sa compagnie.

Ah le foot, le foot, le foot… Oui, mais en version féminine, pour une étonnante aventure humaine
Reims, été 68. Dans la perspective d'un événement footballistique important, coach et cadres de l'équipe locale cherche une attraction en préambule de la confrontation sportive… Et pourquoi pas des femmes courant après un ballon, c'est original et rigolo, du jamais vu !* Des filles sur un terrain de foot, voilà un divertissement apte à régaler les mâles… majoritaires sur les gradins.

S'ensuit un appel à candidates qui, à la grande surprise de l'initiateur (Nicolas Chupin), répondent présentes. Mais son étonnement est total quand il les voit taper dans le ballon ; et jouer avec enthousiasme, aisance, rapidité et une immense liberté, sans retenue. Elles ont entre 16 et 32 ans, venant d'horizons différents, et sont bien décidées à faire de cette mauvaise plaisanterie divertissante l'aventure de leur vie.

Et, ici, Pauline Bureau nous rappelle que l'histoire du football féminin est indissociable de l'évolution de la société et de ses luttes. Femmes footballeuses, femmes ouvrières, l'un peut être l'échappatoire de l'autre, enquête historique, en quête d'histoire… Plusieurs aspects de la condition de la femme sont abordés, montrés. Et dans les années soixante, de la famille à l'usine, les exemples ne manquent pas, actualités sociales sur fond de rendement à la chaîne, de taux horaires, flagrantes et énormes disparités de salaires entre les hommes et les femmes (ça a changé ?), etc.

Gil Chauveau
06/12/2019
Sortie à la Une

"Macbeth" Deux clowns donnent un éclat de rire à Shakespeare

C'est un petit bijou que ce spectacle. Le mariage réussi de deux grandes écoles apparemment éloignées : la tragédie élisabéthaine et l'art du clown. Politiques, conflits historiques, guerres et meurtres d'un côté, dérision, naïveté lumineuse, enfance et poésie de l'autre. Les deux mêlés font exploser le drame de Macbeth en feu d'artifice, entre rire et effroi.

"Macbeth", faut-il le rappeler, ce sont les trois célèbres sorcières surgies des brumes de la lande écossaise qui prédisent l'avenir royal au noble Macbeth, l'assassinat d'un roi pendant son sommeil, l'exil de ses fils, le meurtre de Banco, le rival désigné dans les prédictions, des apparitions et, enfin, une guerre sanglante. Aux manettes de cette machine, un couple : Macbeth et sa femme, lady Macbeth. Pas vraiment de quoi rire face à ces passions violentes : cupidité, trahison, remords. Seulement, lorsque les regards de clowns se posent sur la triste saleté de l'existence humaine, la perception des événements les plus noirs se transfigure.

Les deux clowns, Francis (Louis-Jean Corti) et Carpatte (Maria Zachenska), incarnent tous les personnages essentiels de la tragédie. Aucune partie de l'histoire ne manque. Chaque épisode est raconté, joué, et offert avec cette distance capable à la fois de percevoir le grave et d'en retirer dans le même temps le rire grandiose de la truculence. C'est du théâtre de clowns où le mime alterne avec le jeu issu de la comédie et la narration.

Mais comment s'étonner que cette manière de mettre en scène l'écriture de Shakespeare, lui qui n'a jamais cessé d'introduire dans la plupart de ses pièces, un fou, un bouffon, un clown ou un personnage tiré de la simplicité du peuple qui avec ses mots simples, ose dire ce que les autres n'osent pas. En cela, les deux clowns de cette histoire sont des passeurs entre ces héros tragiques et le public.

Bruno Fougniès
11/02/2020