La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Cirque & Rue

"Cuisine & confessions"… Du grand art sur de belles pâtes !

"Les 7 doigts", collectif de créateurs créé en 2002 et basé à Montréal, présente un spectacle dans l'intimité des cuisines. Autour des univers culinaire et circassien, les interprètes se mettent à table pour nous raconter leurs histoires.



© Alexandre Galliez.
© Alexandre Galliez.
La représentation porte bien son nom car c'est autour de la cuisine et de la confession des artistes composant la troupe qu'est bâtie celle-ci. Chacun raconte un moment fort de son existence. La scénographie découvre une batterie d'ustensiles avec un four, de larges tables et de chaises qui sont utilisés soit pour préparer un plat soit pour que chaque interprète se confesse avant ou pendant un numéro, en racontant un bout de sa vie. Nous sommes ainsi dans un cadre intimiste, autour de portraits et de pâtes à pétrir et à cuire. Quoi de mieux que de se mettre à table.

L'humour est au rendez-vous et la troupe joue avec délice de ses multiples origines linguistiques. Le spectacle est traduit dans la langue du pays d'accueil. Il a déjà été joué en anglais, italien, espagnol, russe, suédois, allemand et français. Tout peut devenir humour, aussi bien la langue, les rencontres avec le public qui est intégré dans la représentation que l'histoire des artistes où se mêle indéniablement au récit une composante nostalgique. Le fil rouge de celle-ci est basé sur le rapport à l'autre.

© Alexandre Galliez.
© Alexandre Galliez.
Cette création est très belle dans sa composition où s'enchaînent, à tour de rôle, en solo, en duo, en trio ou en groupe, les numéros dans des acrobaties chorégraphiées. La danse s'immisce dans les différents tableaux en apportant à chacun une poésie corporelle. Les corps glissent sur le sol, se courbent telles des virgules, on se rattrape des pieds, des mains, on s'appuie les uns aux autres, jambes allongées vers le haut, un corps glisse sur celles-ci pour s'appuyer tête contre fessiers et se retrouver plantes des pieds au sol.

Ce sont aussi des sauts, à la trajectoire courbe, dans des carrés où l'un peut devenir tremplin pour l'autre. La scénographie est quasi architecturale et les interprètes ne sont jamais seuls car toujours appuyés par l'autre ou les autres. Le déséquilibre est chassé car l'équilibre est toujours en appui.

C'est un cirque poétique où les jongleries ont une allure artistique indéniable. Immanquablement, les ustensiles de cuisine sont utilisés avec bonheur. C'est du grand art avec des chorégraphies acrobatiques où ce n'est pas que l'adresse des corps qui interpelle mais leur mariage. Les séquences sont rarement des solos mais quand ils le sont, juste après une "confession", la troupe ou un compagnon de jeu vient tout de suite se greffer de façon harmonieuse.

© Alexandre Galliez.
© Alexandre Galliez.
La musique et les chansons accompagnent avec délice le spectacle donnant une note un brin nostalgique, un brin de recueillement. Ce sont des reprises de chansons pop rock très connues, souvent au piano, dans un rythme très dépouillé.

Il y a aussi ce superbe numéro de sangles avec des voiles suspendues ou cette séquence avec un, deux puis trois diabolos. La maîtrise est certes totale, c'est ce qui est attendu, mais les performances sont toujours faites avec beaucoup de poésie, de grâce, de légèreté comme si chaque numéro était la pièce d'un puzzle construit autour de la rencontre et de l'intimité. Le rapport à l'autre et à soi fait toute la différence.

C'est un sommet de création avec une écriture corporelle qui range le cirque dans le rayon du ballet chorégraphié. Le spectacle est gourmand dans tous les sens du terme et le partage est son maître mot. Il se finit avec un gâteau à la banane ainsi que des pâtes servis au public.

"Cuisine et confessions"

© Alexandre Galliez.
© Alexandre Galliez.
Les 7 doigts de la main - Collectif de création.
Création et mise en scène : Shana Carroll et Sébastien Soldevila.
Assistance à la mise en scène : Mathias Plaul.
Mishannock Ferrero (jeux icariens, porteur ; main à main, porteur ; banquine, porteur), Anna Kichtchenko (tissu aérien ; contorsion ; jeux icarien, voltigeuse ; accordéon), Pablo Pramparo (jeux icariens, porteur ; jonglerie ; banquine, porteur ; accro-dance ; guitare), Soen Geirnaert (main à main, voltigeuse ; jeux icariens, voltigeuse ; banquine, voltigeuse), Nella Niva (acrobatie au sol), Terrance Robinson (anneaux chinois, mât chinois), Enmeng Song (diabolo, anneaux chinois, jeux icariens).

Direction musicale : Sébastien Soldevila.
Sonorisation : Colin Gagné.
Éclairages : Éric Champoux.
Scénographie : Ana Cappelluto.
Accessoires : Cloé Alain-Gendreau.
Costumes : Anne-Séguin Poirier.

Design d'appareils acrobatiques : Yannick Labonté.
Conception acrobatique : Jérôme LeBaut.
Coaching acrobatique : Francisco Cruz.
Assistante scénographe : Clara Maria Gonzalez.

© Alexandre Galliez.
© Alexandre Galliez.
Conseils-cuisine : Mat & Alex Winnicki - Satay Brothers.
Direction de production : Alice Renucci et Luc Paradis.
Musiques originales : Nans Bortuzzo, Colin Gagné, Raphaël Cruz.

Du 19 septembre 2018 au 12 janvier 2019.
Du mercredi au samedi à 21 h, matinée supplémentaire le samedi à 16 h 30.
Bobino, Paris 14e, 01 43 27 24 24.
>> bobino.fr

Safidin Alouache
Jeudi 3 Janvier 2019

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Sabordage" Comme une synthèse de la modernité… une implosion écologique à venir, avenir sombre de notre monde…

Elle fut riche et belle, plaisante et paradisiaque, pays de cocagne… puis devint consommatrice et opulente, industrieuse, minière et calamité écologique, pour finir mendiante et désespérée, à l'avenir destructif d'une future terre qui coule à pic… C'est la "belle" histoire de l'île de Nauru*, miroir de notre prochain anéantissement - au délicat (!) mais définitif intitulé "6e extinction de masse" -, qui nous est contée par le talentueux Collectif Mensuel.

Narration aux allures de débats, de commentaires, d'échanges réalistes… Scénographie en une forme d'actions documentaires, visible au lointain par report vidéo "en direct", en rappel de notre monde de l'image, expression ironique de nos chaînes d'infos en continu pour une structure créative d'un théâtre pédagogique, d'un reportage théâtralisé… Car ici tout est vrai, le drame, les horreurs économiques, le dézingage des ressources et de l'environnement… le sabordage de l'île a vraiment eu lieu, sans parler des perspectives radieuses d'une fin en version sous-marine !

Le récit - dans un préambule exposant un éden de rêve aux allures de paradis touristique, sis à quelques encablures de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (près de 2 700 km quand même !) - se construit sur un montage cinématographique et télévisuel où le collectif puise dans les séries et films des années soixantes-dix quatre-vingt, tous célèbres et ancrées dans nos imaginaires collectifs…

Gil Chauveau
11/10/2019
Spectacle à la Une

FAB 2019 "Concours européen de la chanson philosophique" La philosophie mise en musique dans un dispositif à faire kiffer "l'euro-vision"

Massimo Furlan, performer suisse mâtiné d'Italien, était dans ses jeunes années fan de l'Eurovision, de ses paillettes éblouissantes et de ses bluettes sentimentales réunissant joyeusement sa famille autour du petit écran. Près d'un demi-siècle plus tard, c'est la grande avant-scène du Carré qui le projette sous les sunlights en splendide ordonnateur - flanqué d'une superbe créature en robe lamé - de deux soirées "enchantées" dédiées à une vision de notre Monde. Comme quoi divertissement populaire et réflexion de pointe peuvent rimer ensemble…

FAB 2019
Reconstituant somptueusement le décorum kitsch du concours de l'Eurovision ayant à jamais impressionné ses premières émotions artistiques, le performer semble jubiler en détournant "sérieusement" le répertoire d'origine pour proposer un récital de onze chansons dont l'écriture a été confiée par ses soins à des philosophes, sociologues et autres chercheurs sachant penser le monde. L'interprétation de ces textes métaphoriques revient à des artistes costumés de manière délirante, projetés en direct par un vidéaste décuplant leur truculente présence scénique sur les notes d'un orchestre en live.

Quant au Jury réuni sur une singulière estrade roulante dénotant avec sa "notabilité", il est composé d'éminents professeurs d'université et sommités intellectuelles se prêtant avec grâce et bonheur au jeu de leur interprétation avant d'attribuer leur note. Le public - le genre l'impose - est sollicité en permanence afin de faire entendre également "sa voix" captée par un "votaton" chargé d'enregistrer le volume d'applaudissements attribué à chaque candidat.

Yves Kafka
15/10/2019
Sortie à la Une

"Fake"… Un "Peer Gynt" pour explorer le monde de l'info et de l'intox

"Fake - Tout est faux, tout est fou", Gare de l'Est, Paris

L'homme vagabonde sous les toits ferroviaires, au carrefour des âmes voyageuses… il est conteur. Peer Gynt partit aussi à l'aventure, cheminant entre rêve et réalité. Le narrateur s'en inspire pour démêler le vrai du faux… de notre réalité… Extraire le fake à l'ère des news…

Spectacle déambulatoire, performance de rues (ici intérieure), Fake convoque un conteur, un concepteur compositeur, des musiciens, pour une exploration d'un nouveau type où le spectateur, équipé d'un casque audio, se laisse emmener, au sens littéral comme virtuel dans une promenade découverte entre vraies et fausses informations.

Dans ce périple artistique, ce dernier garde toute liberté d'action, plus précisément de mouvements, déambulant dans l'espace proposé au fil de ses envies, de ses inspirations ou guidé par l'histoire, narration sonore, vocale et musicale, composée en direct et diffusée dans le casque et/ou influencé par la vue, le cheminement de l'acteur, Abbi Patrix, interprétant à sa façon Peer Gynt, exprimant son ressenti du lieu, posant des questions sur la véracité du réel ou interrogeant le badaud passant.

Les éléments sonores audibles dans le casque sont superposés, sans apparente cohérence mais peuvent stimuler ou orienter la perception du spectateur qui fait le choix d'être actif ou passif, ponctuellement ou de manière permanente, redevenant alors un simple observateur.

Gil Chauveau
10/10/2019