La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Crimp et sentiments… Comme une critique du post-humanisme ambiant

"La Ville", Théâtre La Colline, Paris

L'intrigue de la pièce de Martin Crimp "La Ville" - mise en scène par Rémy Barché - traite de la crise du couple de jeunes urbains contemporains, mais pas seulement… Cette comédie délicieusement labyrinthique… sait, à la manière anglaise, passer de l'anodin au fantasme inquiétant, fait des incursions dans le fantastique, conduit tout son petit monde à l'orée du drame et finit par un dénouement apaisé et rationnel.



© Élisabeth Carecchio.
© Élisabeth Carecchio.
Habile, le texte présente au spectateur, comme un puzzle… de moments théâtraux clos sur eux-mêmes, autant d'instantanés à l'intensité dramatique grandissante. Plein de finesse et de malice, il assume le trait de caricature et d'ironie et semble jouer de la vie de ses personnages. Traversés par les petites et grandes informations du monde qui les entoure, ceux-ci sont réduits à une banalité confondante. Comme si il était question entre eux, au fil du temps, d'une impossibilité à dire, à être, à agir, à nouer. Ils sont absents à eux-mêmes, ils ne font pas couple, ils ne sont pas couple.

Assurément, l'auteur et le metteur en scène et les comédiens ont plaisir à travailler au corps ces personnages très précisément caractérisés par un presque rien, un détail qui les montrent excentrés sans être excentriques, des personnages qui semblent flotter entre réalité et imaginaire, en désir de violence. Ils sont traversés par le récit des autres, ceux des voisins et voisines (que ceux-ci soient présents ou éloignés), mais aussi les grandes et petites stratégies, les bruits de guerre et de licenciements. Informés, gavés, intoxiqués. Dans le cours de la représentation, leurs humeurs se modifient. Ils semblent pris dans un jeu de rôles, une partie de cache-cache qui leur en ferait presque venir aux mains. Duels complices plutôt que duos qui marquent l'évolution et les effets du temps. Ces personnages achoppent au monde.

© Élisabeth Carecchio.
© Élisabeth Carecchio.
Autant pour le spectateur d'occasions d'intrusions dans l‘intimité, autant de moments de plaisirs de pur théâtre. Et, sous le rire immédiat, c'est une énigme dont les indices sont donnés par l'auteur et portés par les comédiens sur le plateau, qu'il lui appartient de résoudre.

En contrepoint, dans l'interstice des noirs, entre les actes, comme une ritournelle, en leitmotiv, motif répété, virtuose et mélancolique, un moment musical de Schubert - le moment n°3 - clôt et ouvre les scènes. L'œuvre de Schubert est un élément exclu du dispositif visible. Mais elle est un tiers invisible, inclus dans une représentation rythmée où théâtre et musique sont l'un à l'autre intermède de l'un et de l'autre. Ce qui appelle une écoute liée et, de la part du spectateur, l'élaboration d'une intuition. Et s'il était question dans cette pièce d'une sensibilité perdue, d'un manque au sentiment, d'avatars, de personne, en quête d'existence comblé par la représentation elle-même ?

Le spectateur est bercé par le rythme, interloqué, dérouté, rasséréné. Déjà séduit, il suit le fil qui lui est tendu et resserre son filet à sens et à plaisir. Il comprend le miroir qui est tendu au public. In formés, trop in formés, ces êtres sont en quête de caractère, de caractère qui soit, à l'instar de Franz Schubert, un mélange de tendresse et de rudesse, de sensibilité et de naïveté, de civilité et de mélancolie...

Et du coup, la voisine infirmière stressée trash et joyeuse, l'enfant solitaire en poupée sanglante et déchirée, et au lointain les reflets des personnages pris au tain de Jeffkooniens miroirs déformants, sonnent étrangement actuel et présents… Comme une critique du post-humanisme qui sévit.

"La Ville"

© Élisabeth Carecchio.
© Élisabeth Carecchio.
Texte : Martin Crimp.
Traduction de l’anglais : Philippe Djian.
Mise en scène : Rémy Barché.
Dramaturgie : Adèle Chaniolleau.
Avec : Marion Barché, Myrtille Bordier, Louise Dupuis, Alexandre Pallu.
Scénographie et lumières : Nicolas Marie.
Costumes : Marie La Rocca.
Son : Michaël Schaller.
Durée : 1 h 50 environ.

Du 27 Novembre au 21 Décembre 2014.
Du mercredi au samedi à 21 h, le mardi à 19 h et le dimanche à 16 h.
Représentations supplémentaires les samedis 13 et 20 décembre.
La Colline Théâtre national, Petit Théâtre, Paris 20e, 01 44 62 52 52.
>> colline.fr

Du 7 au 10 janvier 2015 : TNT Théâtre national, Toulouse (31).

Jean Grapin
Lundi 8 Décembre 2014

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.







À découvrir

Bernard Adamus "C'qui nous reste du Texas"… Blues et beau

Pour son quatrième album, Bernard Adamus, avec son style blues très marqué, fricote avec le rock pour nous mener vers le grand nord sur des chansons qui se nourrissent de différents tempos aux paroles truculentes.

Bernard Adamus
Bernard Adamus, d'origine polonaise, a débarqué à ses trois ans au Québec. Depuis maintenant plus de dix ans, il trace une ligne artistique saluée par la critique avec ses albums "Brun" (2009), "No2" (2012) et "Sorel soviet so what" (2015). Du premier jusqu'au dernier LP, "C'qui nous reste du Texas", la qualité est toujours chevillée aux accords.

Avec ses dix titres, cet opus a une allure toujours foncièrement blues aux relents parfois rock. L'artiste a laissé très majoritairement son harmonica dans son étui. Sa voix, caractéristique, traînante, presque criarde, est utilisée comme effet multiplicateur de ses émotions.

Les chœurs sont discrets bien que parfois appuyés comme pour "Chipotle". Certaines compositions telle que "L'erreur" excelle dans un blues avec la contrebasse de Simon Pagé très présente, accompagnée de quelques notes de piano pour rendre un son plus clair quand celui-ci est, à dessein, légèrement étouffé par des percussions. La voix monte haut perchée au refrain où claironne un saxophone donnant un tournis musical, tel le reflet d'un état d'âme où la tristesse se berce d'incompréhension. C'est dans ces cassures de rythme que se mêlent d'autres éléments musicaux et vocaux donnant une tessiture aboutie. Le début d'une chanson peut ainsi être décharné à dessein comme celui d'un désert, d'un seul à seul avec l'artiste.

Safidin Alouache
05/05/2020
Spectacle à la Une

"I Fratelli Lehman" par la Cie Tom Corradini Teatro de Turin

Captation intégrale Ce spectacle sans paroles (ou très peu) - mais pas sans bruitages ! - devait être présenté au Théâtre Ambigu durant le festival Off d'Avignon cet été. Du fait de l'annulation, la compagnie italienne Tom Corradini Teatro de Turin vous invite à visionner cette pièce burlesque sur l'argent, la cupidité et l'amour raconté avec le langage du clown, sans interaction verbale, adapté à un public de tous âges et de toutes nationalités.

Comédie visuelle et physique interprété par deux talentueux clowns turinois (Tom Corradini et Michele Di Dedda), "I Fratelli Lehman" (The Lehman Brothers) raconte l'histoire d'un couple de banquiers et de financiers dont les capacités et les compétences les ont rendus célèbres et respectés dans tout le monde.

Apparemment, ils ont tout, des voitures rapides, de beaux secrétaires, des bureaux luxueux, un style de vie somptueux. Cependant, un jour leur fortune est anéantie en quelques minutes après un plongeon désastreux du marché boursier. Des richesses à la misère, ils doivent maintenant transformer leur échec en opportunité et gravir de nouveau la montagne du succès.

Gil Chauveau
21/04/2020
Sortie à la Une

Soigne le monde "Heal The World" de Michael Jackson par les Franglaises

Les Franglaises vous souhaitent encore et toujours un joyeux confinement en vous offrant une reprise franglisée de "Heal The World" de Michael Jackson ou "Soigne Le Monde" de Michel Fils de Jacques. Bonne écoute !

Soigne le monde
"Même confinés, les Franglaises récidivent en traduisant littéralement le très à-propos "Heal the World" de Michael Jackson : "Soigne le Monde". Enregistré et réalisé 100 % en confinement, les trente-cinq membres de la troupe donnent de la voix pour "faire de ce monde une meilleure place". "Enjoy… Euh, appréciez !"

Les Franglaises… le spectacle
Comédie musicale à la façon d'un "opéra pop" à l'américaine, le spectacle propose de traduire les plus grands succès du répertoire anglophone… histoire de vérifier, à travers un "test-aveugle", la pertinence de ces grands tubes mondiaux, des Scarabées à Reine, en passant par Michel Fils-de-Jacques et les Filles Épices… et bien plus encore…
Se prenant les pieds dans les incohérences des traductions littérales au premier degré à la manière de "google-trad", et emportés par la fiction de ces pièces musicales, les interprètes offrent une tournure explosive au spectacle qui vire au cabaret fou version Monty Python !
Durée : 1 h 45

Gil Chauveau
31/03/2020