La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Avignon 2018

•Avignon Off 2018• "Varhung- Heart to Heart"… Univers hypnotique d'une tradition adaptée à la chorégraphie et à la musique contemporaine

"Varhung- Heart to Heart", Condition des Soies, Avignon Off

Des corps où l'on peut lire l'histoire comme dans un recueil. La danse ici supplée l'écriture et élargit le temps de l'histoire. Ce sont les souvenirs d'un des peuples aborigènes de Taïwan qui sont racontés ici par le Tjimur Dance Theatre de Taïwan. Un hommage plein de force, de cérémonial et d'esprit dont l'énergie traverse les ventres.



© Jhao-Lun Huang.
© Jhao-Lun Huang.
Clair obscur pour cette apparition des trois interprètes dans la salle ronde de la Condition des soies. La musique égrène des notes métalliques qui s'étirent en harmonique mais c'est surtout le répétitif des mouvements de corps qui, ensemble, donnent l'idée du temps qui passe, qui se répète, tels les jours d'une vie grégaire. Ce rythme régulier, ces corps qui cherchent loin en arrière le flexible pour fouetter en avant et progresser viendront régulièrement au cours du spectacle. C'est l'harmonie de la répétition, les jours, les heures, les taches.

Les trois danseurs sont vêtus de toiles de lin, blanc cassé. Pantalons larges, haut flottant, une unité ouvrière, laborieuse, des habits dont la nécessité des mouvements à créer les coupes, les échancrures. Des vêtements qui rappellent la terre, ces terres du sud, inondées de soleil, humectées de vapeurs.

La musique tourne les pages des danses qui installent le rituel pour s'en écarter, qui donnent le sens de l'unité pour que s'échappe par moments l'individu. Les mouvements amples vont chercher le sol, cambrent les corps, se déplacent ensemble comme un seul être triple. On passe sur des rythmes plus marqués, percussions, et la chorégraphie elle aussi martèle le sol, et les course des danseurs occupent le plateau.

© Jhao-Lun Huang.
© Jhao-Lun Huang.
On croirait suivre l'existence rurale, les saisons, le labeur des champs, parfois l'impression du travail en usine qui maltraite dans une lumière crue, froide, venue d'en haut, comme un ordre. On entre alors au soir, dans la fête, l'ivresse, les rires et les chants.

Les chants que les trois danseurs interprètent a cappella, chants polyphoniques intenses et magnifiques sur lesquels ils enchaînent les chorégraphies très ventrales, explosives, sans que leurs souffles manquent. Le soir, la fête, la nuit, l'amour, la séduction, des rires s'envolent de la bouche de la danseuse, des empoignades de désirs secouent les danseurs.

Un mot sur les trois danseurs, très différents les uns des autres, mais d'une tonicité, d'une rigueur et d'une harmonie impressionnantes.

Les chorégraphies signées Baru Madiljin rendent un bel hommage à la culture de ces peuples originaires de Taïwan. On y sent les rituels et les mouvements significatifs, on y voit aussi les images des histoires qu'elles racontent grâce à des ambiances lumineuses précises, alternant le chaud, le froid, l'éclairant et la pénombre et une partition très élaborée. Mais le frisson vient vraiment lorsque chant polyphonique et danse s'assemblent.

"Varhung - Heart to Heart"

© Jhao-Lun Huang.
© Jhao-Lun Huang.
Conception et mise en scène : Baru Madiljin
Avec : Ching-Hao Yang, Ljaucu Dapukarac, Tzu-En Meng
Direction générale et artistique : Ljuzem Madiljin
Administration : Shu-Ting CHIU
Administration et coordination des tournées : I-Hsuan LI
Régie générale : Yin-Ping LI
Compagnie Tjimur Dance Theatre (Taïwan).
Danse à partir de 6 ans.
Durée : 50 min.

•Avignon Off 2018•
Du 6 au 29 juillet 2018.
Tous les jours à 15 h 50, relâche le mercredi.
La Condition des Soies, Salle Molière (ronde),
13, rue de la Croix, Avignon.
Réservation : 04 90 22 48 43.
>> conditiondessoies.com

Bruno Fougniès
Mercredi 25 Juillet 2018

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives



Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


PUB


    Aucun événement à cette date.
Publicité



À découvrir

"Barbara amoureuse"… Ah qu'il est doux le temps des amours

Caroline Montier chante "Barbara amoureuse", Essaïon Théâtre, Paris

Chanter l'amour comme une femme, chanter l'amour de toutes les femmes, et interpréter celle qui sut tant aimer les hommes ainsi que son public. Dans une belle et élégante simplicité, Caroline Montier nous offre quelques joyaux mélodiques et poétiques de la grande Barbara, éternelle amoureuse.

Parti-pris judicieux, Caroline Montier a puisé dans le répertoire de jeunesse de la dame en noir, époque L’Écluse, Bobino (en première partie de Félix Marten en 61 et de Brassens en 64, puis en vedette en 65), et des premiers Olympia… Période Barbara jeune, tendre, passionnée ou orageuse amante. Une femme qui, à ses débuts, fut tout aussi timide et réservée que mutine et fougueuse, aimant tant l'amour que les hommes qui souvent l'ont comblée.

De titres connus ("Dis, quand reviendras-tu", 1ère version 1962 ou "La Solitude", 1965) à ceux qui le sont moins ("Pierre", 1964 ou "Gare de Lyon", 1964), Caroline Montier a construit un récital sur ces aventures qui ont jalonné sa vie, mais ici avec un choix de chansons enregistrées par Barbara entre 1962 et 1968, avec une prédilection pour des compositions de 64 ("Toi l'homme", "Je ne sais pas dire", "Septembre"…) ou de 68 ("Du bout des lèvres", "Amoureuse", "Le Testament", "Tu sais"…).

Dans cette exploration originale, Caroline Montier fait le choix d'aller croquer un rayon de soleil dans les amours de Barbara, apportant, avec subtilité et talent, une touche de grâce à l'ensemble.

Gil Chauveau
12/12/2018
Spectacle à la Une

"Adieu Monsieur Haffmann"… Rire et émotions mêlés dans une pièce toute en délicatesse… comme une sonate des cœurs purs

Reprise de la pièce aux quatre "Molière 2018", Théâtre Rive Gauche, Paris

La pièce est dessinée en traits purs, comme une esquisse, une encre fine qui laisse autant de place à l'imaginaire dans les espaces laissés vides que dans les tracés. Une sorte de stylisation mêlée à une extrême pudeur pour permettre à cette histoire de briller malgré la noirceur de l'époque où elle se déroule.

1942, les nazis instaurent le port obligatoire de l'étoile jaune pour les Juifs, monsieur Haffmann décide de se cacher dans la cave de sa bijouterie et d'en confier la direction (ainsi que sa propre sécurité) à son employé goy Pierre Vigneau.

Le décor sobre de Caroline Mexme, tout en déclinaisons de gris, sert de fond à cette époque aux couleurs vert-de-gris. D'un côté la cave où se cache Joseph Haffmann, de l'autre l'appartement à l'étage où s'installent Pierre et sa femme, jeune couple en attente d'un enfant qui ne vient pas. Dehors, les persécutions contre les Juifs s'intensifient, dénonciations, expropriations, et puis la rafle du Vél d'Hiv…

C'est dans ce huis clos que va se dérouler la pièce. Une vie à trois qui s'organise sur la base d'un double contrat : donnant-donnant. L'employé-modèle accepte de cacher son patron et de diriger la boutique à condition que celui-ci veuille bien tenter de mettre enceinte sa femme - car lui-même est stérile et monsieur Haffmann si fertile que sa descendance est déjà au nombre de quatre. Contrat aux allures diaboliques dans une époque où l'intégrité est soumise à toutes sortes de tentations, où toutes les trahisons sont possibles.

Bruno Fougniès
09/10/2018
Sortie à la Une

"Crocodiles"… Comme l'histoire d'un d'Ulysse, épuisé, recueilli par Nausicaa

"Crocodiles", en tournée 2018/2019

C'était, il y a, une fois. Un petit garçon qui aimait les étoiles et les arbres fruitiers. Enaiat est son nom. Sa mère, parce qu'elle l'aimait, l'a confié au destin, en l'abandonnant au-delà de la frontière alors qu'il approchait de ses dix ans.

C'est qu'à dix ans, là-bas en Afghanistan, on devient un homme et qu'un homme, quand il est hazāra, quand il appartient à une ethnie persécutée, ne va pas à l'école. Il est esclave. Pendant cinq ans, peut-être, il va avancer vers l'Ouest, de nuit. Se cachant, travaillant le jour, amassant un pécule, des rencontres et des chances.

Afghanistan, Pakistan, Iran, Turquie, Grèce, jusqu'à cette Italie joyeuse et merveilleuse qui l'accueille et recueille son récit.

Cendre Chassane dans "Crocodiles" condense le récit du véritable Enaiat (publié en 2011 chez Liana Levi), et en fait un conte à deux voix dans lequel un écrivain journaliste plein d'empathie interviewe le réfugié.

Sa pièce est un concentré de théâtre. Sa simplicité narrative, l'économie de ses accessoires (un bout de ficelle, un cerf-volant, un ballon, un t-shirt, un livre illustré, un gâteau, un lé de tissu métallisé, des images d'infini de sable ou de ciel) suffisent à capter l'imaginaire et rendent l'histoire lisible et sensible.

Jean Grapin
23/04/2018