La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Avignon 2018

•Avignon Off 2018• Les Divalala… Délicieusement féminines, un rien féministe et surtout très "Femmes"

"Femme Femme Femme", Théâtre des Corps Saints, Avignon

Elles sont ravissantes, taquines mais surtout leur art virtuose tient plus aux capacités de leur voix, à celle de réaliser des harmonisations réussies, le tout associées à l'espièglerie et au sérieux de leurs interprétations qu'à une quelconque fonction de cruches chantantes sur plateau télé !



© Charlotte Spillemaecker.
© Charlotte Spillemaecker.
C'est un trio au chœur féminin qui, durant une heure vingt, dans un univers aux reflets parfois féministes, nous entraîne dans une prestation a cappella personnelle, inventive et talentueuse, tout en nous contant l'histoire d'une rupture amoureuse générant les interrogations très actuelles des femmes d'aujourd'hui.

Gabrielle Laurens (à l'origine des Divalala), Angélique Fridblatt et Marion Lépine, si elles sont douées vocalement, n'en sont pas moins des artistes rompues aux différents arts de la scène. De la comédie musicale au théâtre, elles associent, au fil de leurs différents spectacles, musique, humour, danse et/ou interprétations théâtrales. "Femme Femme Femme" est leur deuxième création estampillée Divalala.

Dans ce voyage en intérieur nuit, mosaïque de questionnements féminins où se construit la réalité du temps qui passe, les violences et les passions de l'amour, les chagrins et les petits bonheurs, et l'indépendance enfin acquise, elles usent alternativement d'humour et d'émotion pour composer un tableau moderne teinté de militantisme adroit, d'éclats de rire, de tendresse et de joyeuse fantaisie.

Le spectacle commence judicieusement avec l'un des tubes de Marc Cerrone, interprété par Dalida, "Laisser-moi danser" pour une logique déclaration : "Moi, je vis d'amour et de risque/Quand ça n'va pas je tourne le disque/(…) Laissez-Moi Danser chanter en liberté tout l'été". Celle-ci étant faite, la suite nous prouvera que les Divalala ont largement le talent d'assurer les deux exercices. Et si parfois la facilité les guette, leurs aptitudes vocales sont largement à la hauteur de leurs prétentions.

© Charlotte Spillemaecker.
© Charlotte Spillemaecker.
Prétentions qui ne sont pas qu'artistiques puis que le titre venant ensuite prend très vite une orientation engagée bienvenue que le public apprécie à sa juste valeur s'agissant de "Tous les mêmes" de Stromae, "Vous les hommes êtes tous les mêmes/Macho mais cheap…" Suivi par "Les Bleus" de Serge Gainsbourg, avec une orchestration tout en finesse pour un texte faisant référence aux femmes battues, abandonnées, délaissées, "Lorsque sur moi il pleut des coups/De poings et d'ta cann'en bambou/(…) J'me dis qu'les bleus sont les bijoux/Les plus précieux…".

"Je te survivrai", chanson suivante, prend, là, tout son sens. Mais ce chemin pavé de paroles et musiques n'est pas que tristesse, loin s'en faut, car abordant tous les ébats et les états de la femme jusqu'à la renaissance, l'épanouissement et une liberté jubilatoire. La grande diversité des tubes de variétés choisies initie d'elle-même le sentier choisi, celui de la délivrance du joug masculin.

La sélection des Divalala est à ce titre significative. De "Foule sentimentale" (Alain Souchon), "Conne" (Brigitte Fontaine) à "J'y crois encore (Lara Fabian) et "Au bout de mes rêves" (J.-J. Goldman) en passant par "Voyage, voyage" (Desireless) et "Avec le temps" (Léo Ferré), elles font le choix d'un répertoire parfois facile mais auquel elles donnent une nouvelle dimension, décalée, originale, profonde souvent, mais surtout avec une grande générosité et beaucoup de sincérité. C'est dynamique, enthousiaste et permet un regard inopinément intelligent sur la "variété française" en compagnie de femmes pleines d'humour et aux talents vocaux et musicaux avérés.

"Femme Femme Femme"

© Charlotte Spillemaecker.
© Charlotte Spillemaecker.
Spectacle Musical.
Les Divalala : Angélique Fridblatt, Gabrielle Laurens et Marion Lépine.
Mise en scène : Freddy Viau.
Direction musicale : Raphaël Callandreau.
Création lumière : James Groguelin.
Son : Olivier Coquelin.
Coiffures et costumes : MonMarin.
Durée : 1 h 15.

•Avignon Off 2018•
Du 6 au 29 juillet 2018.
Tous les jours à 19 h 40, relâche le dimanche.
Théâtre des Corps Saints, Salle 3,
76, place des Corps saints, Avignon.
Tél. : 04 90 16 07 50.
>> theatre-corps-saints-avignon.com

© Charlotte Spillemaecker.
© Charlotte Spillemaecker.

Gil Chauveau
Dimanche 8 Juillet 2018

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives



Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


PUB


    Aucun événement à cette date.
Publicité



À découvrir

"Dévaste-moi"… Persuasion et précision artistique… Pour une nouvelle façon de percevoir un spectacle

"Dévaste-moi", Tournée 2018/2019

Airs célèbres d'opéra, chansons rock, romances populaires. Dans son dernier spectacle "Dévaste moi"*, Emmanuelle Laborit chante et danse, livre des confidences à son public, elle fait le show. Avec ses musicos, (ses boys), tout le tralala et ses effets, les surtitrages qui ponctuent avec humour le tour de chant.

Elle met en place avec le soutien de Johanny Bert (qui met en scène) une forme éclectique de théâtre-danse et de music-hall mêlés. Le spectacle est à bien des égards vertigineux.

C'est que, au cas présent, l'artiste ne peut parler ni entendre les sons. Les mots et le sens ne peuvent pas sortir de la bouche. Tout le spectacle est en langage des signes. Interprété, pas traduit. En chantsigne.

Ce qui donne quelque chose de déroutant d'étonnamment maîtrisé qui dépasse très largement la notion de mimodrame et oblige le spectateur qui fait parti des "entendants" à reconsidérer sa manière de percevoir un spectacle.

Car à l'inverse des repères traditionnels qui élaborent un espace scénique dans lequel le sens circule entre les deux bornes de l'indicible : celles de l'obscène et du sublime, la prestation d'Emmanuelle Laborit passe par le bout des doigts et se transmet à tout le corps sans tabous avec la seule force de la persuasion et de la précision artistique. C'est toute la personne qui exprime le poids des sensations, la raison des sentiments ainsi que les effets de style.

Jean Grapin
20/09/2018
Spectacle à la Une

De la tragédie honteuse des migrants, Gilbert Ponté extrait le rayonnement lumineux de la vie

"De Pékin à Lampedusa", Théâtre Essaïon, Paris

Elle est frêle comme une adolescente, longiligne, belle. Elle surgit dans la salle voûtée de l'Essaïon transformée pour un court moment, par la magie de la vidéo, en horizon marin où resplendit un soleil sur le point de se coucher. Elle porte un bandeau d'athlétisme sur le front, des baskets et un jogging noir.

De la tragédie honteuse des migrants, Gilbert Ponté extrait le rayonnement lumineux de la vie
Elle s'appelle Malyka R.Johany et elle va interpréter et raconter la vie de Samia Yuzuf Omar, un personnage réel qui a existé il y a quelques années, dont l'existence est passée du plus haut des rêves au plus noir des cauchemars.

Une vie pourtant si courte. Samia est née en Somalie en 1991 - pays en guerres constantes, pays en proie aux bandes intégristes - dans une famille nombreuse dont le père meurt assassiné. Samia, à seize ans, doit s'occuper de ses cinq frères et sœurs, mais elle a une passion, la course à pied. Elle court. Elle défie le temps. Si bien, si fort, qu'en 2008 elle est à Pékin avec l'équipe olympique de Somalie et court le demi-fond avec les plus grandes, ses idoles, dans la plus illustre compétition du monde, elle n'a que dix-sept ans. Quatre ans plus tard, les Jeux sont organisés à Londres. Mais elle n'y participera pas.

La pièce, écrite et mise en scène par Gilbert Ponté, raconte cette période entre la gloire naissante d'une vive jeunesse et une noyade en mer au large des côtes italiennes avec d'autres migrants. Il raconte un gâchis. Une injustice sans nom. Une tristesse à pleurer. Mais pour cela, il prend le parti de s'intéresser à la lumière, la confiance, la force, la volonté et la passion qui ont animé cette jeune femme, qui l'ont poussée, malgré les obstacles, à croire encore en ses chances de participer aux Jeux de Londres, et tenter de rejoindre l'Europe en clandestin, une soif de vivre à tout prix !

Bruno Fougniès
05/11/2018
Sortie à la Une

"Crocodiles"… Comme l'histoire d'un d'Ulysse, épuisé, recueilli par Nausicaa

"Crocodiles", Maison des Métallos, Paris

C'était, il y a, une fois. Un petit garçon qui aimait les étoiles et les arbres fruitiers. Enaiat est son nom. Sa mère, parce qu'elle l'aimait, l'a confié au destin, en l'abandonnant au-delà de la frontière alors qu'il approchait de ses dix ans.

C'est qu'à dix ans, là-bas en Afghanistan, on devient un homme et qu'un homme, quand il est hazāra, quand il appartient à une ethnie persécutée, ne va pas à l'école. Il est esclave. Pendant cinq ans, peut-être, il va avancer vers l'Ouest, de nuit. Se cachant, travaillant le jour, amassant un pécule, des rencontres et des chances.

Afghanistan, Pakistan, Iran, Turquie, Grèce, jusqu'à cette Italie joyeuse et merveilleuse qui l'accueille et recueille son récit.

Cendre Chassane dans "Crocodiles" condense le récit du véritable Enaiat (publié en 2011 chez Liana Levi), et en fait un conte à deux voix dans lequel un écrivain journaliste plein d'empathie interviewe le réfugié.

Sa pièce est un concentré de théâtre. Sa simplicité narrative, l'économie de ses accessoires (un bout de ficelle, un cerf-volant, un ballon, un t-shirt, un livre illustré, un gâteau, un lé de tissu métallisé, des images d'infini de sable ou de ciel) suffisent à capter l'imaginaire et rendent l'histoire lisible et sensible.

Jean Grapin
23/04/2018