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Avignon 2017

•Avignon Off 2017• "Revue rouge", si actuel, si nécessaire…

"Revue rouge", 11 Gilgamesh Belleville, Avignon

Une Norah Krief dynamitée. Un David Lescot protéiforme et politique, celui-là même qui joue autant avec l’instrument, le théâtre et la chanson.
Le tout mis en scène par Éric Lascarade…
C’est "Revue rouge" dans le Off d’Avignon, actuel, nécessaire et si ardent !



© Bertrand Sinapi.
© Bertrand Sinapi.
Norah Krief est connue pour sa voix chaude et profonde. Ceux qui l'ont entendue aux côtés d'Isabelle Huppert dans "Phèdre(s)" ont pu largement s'en rendre compte. Cette fois, rien à voir. Elle met son talent au service de chants révolutionnaires. En démarrant par un des plus connus, "El pueblo unido jamás será vencido", écrit (paroles de Quilapayún et musique de Sergio Ortega) au moment du coup d'État de Pinochet (1973) - qui entraînera le suicide de Salvador Allende lors du siège du palais de la Moneda -, elle rappelle qu'on doit rester vigilant, qu'il ne faut jamais baisser les bras.

L'intensité de cette voix est volcanique. Elle monte d'abord progressivement, nous enserre, puis jaillit comme un geyser. Un frisson traverse alors la salle. Difficile de rester indifférent. L'écoute y est ardente, même en plein festival ! On voudrait se lever et chanter avec eux. Ce n'est pas l'envie qui manque. Le tour est parfois plus personnel, surtout quand Fred Fresson (au piano) interprète avec autant d'émotion et de fragilité dans la voix les chansons de David Lescot.

Le projet est pourtant parti au départ de quelques souvenirs de chants entonnés lors de colonies de vacances, des brûlots de Bertolt Brecht, Hans Eisler ou quelques oubliés. Sur scène, cette bande d'apaches déménage. Sur un rythme endiablé, ils peinturlurent Poutine en rouge et suggèrent de le foutre dehors. De manière évidente, loin d'appartenir à un temps lointain, les paroles se font (malheureusement) aussi l'écho de notre actualité. Les arrangements très contemporains du groupe et la batterie de Philippe Floris y sont pour quelque chose. Évoquons "Grève des mères" (de Montéhus, le même qui a lancé Maurice Chevalier) interdite et condamnée par le tribunal, parce qu'elle prend la défense du droit à l'avortement. On est alors en 1905. Nous sommes au lendemain de la disparition de Simone Veil. Le débat a-t-il tellement vieilli ?

Ce spectacle rappelle terriblement où sont nos priorités. Il est surtout à montrer aux jeunes. De toute urgence !

"Revue rouge"

© Brigitte Enguérand.
© Brigitte Enguérand.
Paroles des chansons : Bertolt Brecht, Hans Eisler, Montéhus, Paul Vaillant-Couturier, Arthur Honnegger, Darius Milhaud, David Lescot… et beaucoup d'anonymes.
Mise en scène : Éric Lacascade.
Conception et direction musicale : David Lescot, en collaboration avec Frédéric Fresson.
Avec : Norah Krief, Frédéric Fresson (piano), Antonin Fresson (guitare et trompette), Philippe Floris (batterie), Adrian Adeline (basse), David Lescot.
Vidéo : Stéphane Pougnand.
Costumes : Augustin Rolland.
Coaching vocal : Myriam Djemour.
Durée : 1 h 10.

•Avignon Off 2017•
Du 6 au 27 juillet 2017.
Tous les jours à 19 h 40 (relâches les 11 et 18 juillet).
Théâtre 11. Guilgamesh Belleville,
11, bd Raspail, Avignon.
Réservations : 04 90 89 82 63.
>> 11avignon.com

Sheila Louinet
Vendredi 14 Juillet 2017

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"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

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Gil Chauveau
09/09/2020
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Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le P'tit Cirk qui s'articule autour de la musique et de l'envol avec la guitare comme partenaire privilégié, instrument musical ou agrès des plus surprenants !

Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
17/09/2020
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"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
31/08/2020