La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle




Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Avignon 2017

•Avignon Off 2017• "L’Apprenti" : Dissection intime d'une rencontre improbable…

"L’Apprenti", Présence Pasteur, Avignon

On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille… Et donc pas son père… Dans une application méthodique de cette sentence, un préadolescent se met en quête d'une paternité de substitution, et concrétisant celle-ci, il choisira un loup solitaire pas très mordant mais dont le profil maladroit et bienveillant mènera à la réussite de l'entreprise…



© André Muller.
© André Muller.
Dans la géographie d'une forme circulatoire - où le spectateur, dans une innocence amicale, se retrouve acteur/voyeur passif au fil des différentes attributions de lieux - se déroule une lente et longue exploration du processus d'apprivoisement et d'adoption entre deux êtres à la potentialité filiale… Entre recherches d'un nouveau père, pour cause de manque ressenti de présence du "régulier" par le rejeton de ce dernier, et gommage de solitude pour un quidam à l'allure banale se met en place une cooptation dont la définition est à venir, et formant un nouveau "couple" dont l'un est novice et l'autre néophyte… ou l'inverse !

Au plateau, l'aire est circulaire et la temporalité révolutionnaire : le cercle est une figure familière et égalitaire - chacun y trouve sa place - ; révolution complète pour un peu plus d'un an avec 13 scènes pour 12 mois, laisser le temps au temps, laisser les choses se faire petit à petit, saison après saison, pour tisser, de rendez-vous en rendez-vous, la trame d'une relation inédite où l'apprenti n'est pas forcément celui que l'on croit.

© André Muller.
© André Muller.
Dans cette analyse du comportement et des sentiments, au plus près de l'intériorité de chacun, photographies instantanées des enthousiasmes, des emportements, des fausses indifférences provocatrices, des colères, des maladresses et des apprentissages, la pièce de Daniel Keene porte un éclairage novateur sur le rapport père-fils, dans une décomposition réussie en éléments simples, communs, quotidiens - travail, scolarité, fêtes anniversaires ou de fin d'année, jeux - ; et dans un rythme lent permettant de laisser se faire la délicate métamorphose d'une revendication filiale vers une amitié essentielle et profonde.

Laurent Crovella, dans sa mise en scène, modélise (et augmente donc) l'approche du mode cyclique annuelle, générant une rythmique coutumière à tous, et use d'un dispositif scénique original laissant des places dans le public pour les comédiens (chaises blanches pour les spectateurs et noirs pour les deux comédiens). Ainsi pour la séquence "au cinéma" par exemple, les acteurs se placent entre des spectateurs. L'implication involontaire mais neutre (quoique !) du public détourne sa fonction de "voyeur" pour devenir un témoin privilégié d'une union s'élaborant grâce à un séisme émotionnel et affectif bienfaisant.

Quant aux interprètes de Pascal et Julien (Xavier Boulanger et ), afin de glisser naturellement d'une prise de contact entre deux étrangers à la régularité d'échanges souhaités, ils adoptent un jeu fait de sobriété, de densité intérieure et d'un brin d'animalité... nécessaire dans la phase initiale d'apprivoisement. Xavier Boulanger exprime avec justesse les nombreuses variations "d'humeur" imposées par le rôle et aborde les tensions émotionnelles avec finesse et naturel. De son côté, malgré ses vingt-six, Gaspard Liberelle a gardé un air juvénile qui sied parfaitement à son personnage et surprend par sa maîtrise des impulsions de caractère qu'il donne à Julien.

Avec talent, tous les deux échafaudent cette connexion innovante qui permettra à un ado d'avoir non pas un père de substitution mais un véritable ami.

"L’Apprenti"

© André Muller.
© André Muller.
Texte : Daniel Keene.
Traduction : Séverine Magois, éditions Théâtrales Jeunesse.
Mise en scène : Laurent Crovella.
Avec : Xavier Boulanger et Gaspard Liberelle.
Scénographie : Gérard Puel.
Construction : Olivier Benoît, Bettinger Métallerie.
Apprenti constructeur : Jordan Zehringer.
Son : Grégoire Harrer.
Lumières : Thierry Gontier.
Costumes : Blandine Gustin.
Cie Les Méridiens.
Durée : 1 h.

•Avignon Off 2017•
Du 7 au 27 juillet 2017.
Tous les jours à 10 h 40 (relâche le lundi).
Présence Pasteur, Salle Pasteur,
13, rue du Pont Trouca, Avignon.
Réservations : 04 32 74 18 54.
>> Présence Pasteur 2017

Tournée Saison 17/18

23 février 2018 : 2 représentations, La Passerelle, Rixheim (68).
20 mars 2018 : 2 représentations, l'Espace Athic, Obernai (67).
22 mars 2018 : 2 représentations, la M.A.C, Bischwiller (67).
3 avril 2018 : 2 représentations, Brassins,Schiltigheim (67).
18 avril 2018 : l'Espace Rhénan, Kembs (68).
17 avril 2018 : l'Espace Malraux, Geispolsheim (67).
20 et 21 avril 2018 : 2 représentations, l'Espace 110, Illzach (68).
Tournée en construction.

Gil Chauveau
Mercredi 26 Juillet 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Avignon 2017 | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


Partenariat


    Aucun événement à cette date.
Publicité



À découvrir

"Une chambre en Inde"… contre tous les intégrismes !

"Une chambre en Inde", Théâtre du Soleil, Paris

Reprise Ariane Mnouchkine traite de la place du théâtre dans un monde marqué par les guerres, le terrorisme et un populisme d'exclusion qui rend service à celui-ci. Et elle y répond avec humour et passion.

Cornélia (Hélène Cinque) fait partie d'une troupe dont le directeur, M. Lear, a été appréhendé par la police indienne après être monté, nu, sur la statue du Mahatma Gandhi et avoir crié "Artaud". Il avait "pété les plombs" suite aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Du personnage, de son nom et de son acte, tout est passé à travers le prisme du théâtre ainsi que ses coulisses et ses questionnements.

Cela se passe dans une chambre en Inde où se trouve Cornélia, souvent allongée. Difficile de démêler ce qui est en dehors, de ce qui est en dedans, de ce qui est de l'imagination ou de la réalité. Tout est imbriqué. Monde et événements s'y logent faisant de ce lieu une incarnation de l'esprit du personnage.

La pièce est une œuvre collective construite autour d'improvisations. Mnouchkine se demandait "comment aujourd'hui raconter le chaos d'un monde devenu incompréhensible ? Comment raconter ce chaos sans y prendre part, c'est-à-dire sans rajouter du chaos au chaos, de la tristesse à la tristesse, du chagrin au chagrin, du mal au mal ?".

Safidin Alouache
03/12/2017
Spectacle à la Une

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara

Il n'est jamais aisé de s'approprier et d'interpréter des chansons créées, portées, sublimées par des artistes tels que Barbara. Mais là où beaucoup échouèrent, Lou Casa et son chanteur Marc Casa relèvent le défi avec brio et donne une lecture étonnante, poignante et incroyablement juste de six morceaux choisis de la Dame en noir.

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara
Lou Casa, c'est deux frères, l'un au chant (Marc), l'autre au piano (Fred) et un bassiste (Julien Aeillon)… issus d'un collectif (à géométrie variable : 3 à 10 membres) qui travaillent sur des créations tant musicales (chansons, musiques improvisées) qu'expérimentales où peuvent s'associer danse, slam, poésie, vidéo, etc. Ici, après différentes productions, dont "Barbara, Quinze ans" en novembre 2012 qui initiera en 2014 le projet "Chansons de Barbara", ils décident de coucher six interprétations sur un CD intitulé "À ce jour" dont on espère que d'autres suivront.

Marc Casa donne une intonation particulière aux mots de Barbara (1), de Brel (2), de Françoise Lo (3) ou de Georges Bérard (4), portant avec élégance une certaine fêlure dans la voix qui amplifie l'émotion exprimée, la fragilité sous-tendue. En même temps, le grain légèrement rugueux donne la force et l'énergie au chant, imprimant la trame musicale soutenue par la basse toute en rythmique associée au piano percussif, notamment dans le sublime "Perlimpinpin" presque guerrier, revendicatif… Le clip est d'ailleurs très révélateur et significatif de l'interprétation choisie, exprimée par Lou Casa. Voix parlée chuchotée, prenant doucement de l'amplitude. Derrière le piano roule les notes en une rivière sautillante mi-tango mi-reggae, appuyant certains mots scandés par Marc Casa.

Gil Chauveau
04/12/2017
Sortie à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre de la Contrescarpe, Paris

Reprise Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016