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Avignon 2017

•Avignon Off 2017• La verve populaire, au sens noble, des laissés-pour-compte de nos sociétés urbaines déshumanisées

"Rien, plus rien au monde", Théâtre de l'Albatros, Avignon

Nicole Mouton s'empare du texte de Massimo Carlotto avec toute la fougue d'une pasionaria. Le rugueux, le parlé franc, l'adresse ordinaire sont les armes qu'elle fourbit pour incarner corps et âme ce personnage de mère que la dureté d'un chemin semé de brisures de rêves pousse à la limite de la folie.



© David Anémian.
© David Anémian.
C'est, en une heure, la narration d'une vie humble, banale, une vie de labeur dans un monde en crise, et les dégâts que l'illusion des médias d'un côté et l'inhumaine indifférence des licenciements économiques de l'autre provoquent.

Elle est femme de ménage. Au noir. Mais quasiment à temps complet depuis que son mari s'est fait licencier de l'usine Fiat. Tout se passe à Turin, dans la ville florissante et ouvrière du nord de l'Italie. Elle et lui sont arrivés de la campagne après le mariage, pour s'installer en ville et espérer y trouver un confort de vie et des projets d'avenir, de famille et d'embellissement. Mais parvenus à la quarantaine, ils en sont toujours à compter chaque sou pour parvenir à la fin du mois dans un appartement sans âme.

En fait, c'est une dégringolade à laquelle cette femme a assisté, petit à petit. Et une addiction à l'alcool, goutte à goutte. Et un mari qui se fait congédier au lieu de progresser dans l'entreprise. Et une fille qui ne colle pas à ses espoirs de progression sociale. Une fille décevante elle aussi qui, au lieu de trouver un bon parti, traîne avec des moins que rien et envahit l'appartement avec ses objets dérisoires et publicitaires dont elle raffole.

© David Anémian.
© David Anémian.
Pas tout à fait seule en scène, car elle est accompagnée dans le drame par deux musiciens à l'écoute de ce plaidoyer pour elle-même, Nicole Mouton incarne en temps réel l'heure durant laquelle son personnage repasse toute son existence juste après qu'elle ait commis l'irréparable. Ce geste inconscient, sanglant, qui transformera cette vie de banalité misérable en tragédie. Une sorte d'embellie dramatique. De revanche. De moment de gloire face aux médias qui ont si bien savonné son chemin de vie.

Une mise en scène simple où les interventions ponctuelles des musiciens - accordéon, guitares et basse - illustrent souvent l'Italie et son univers sonore festif et nostalgique, un peu de façon anecdotique. Tout le spectacle est en effet centré sur les atermoiements et l'aveu peu à peu dévoilé de cette femme dont l'univers réduit explose soudain en pleine lumière.

Le texte de Massimo Carlotto rend ainsi un hommage poignant à ces vies de sacrifice auxquelles la société promet des rêves jamais réalisés. Un bel itinéraire de femme du peuple que le drame hausse à la hauteur d'héroïne tragique. Le jeu de Nicole Mouton, dans son incarnation réaliste, transmet l'âpreté et la maladresse de ce personnage touchant tant par ses égarements que par sa simplicité. Sans en faire une victime, sans en faire un monstre, mais un peu des deux, une humaine dans le chaos.

"Rien, plus rien au monde"

© David Anémian.
© David Anémian.
Texte : Massimo Carlotto.
Traducteur : Laurent Lombard.
Mise en scène et jeu : Nicole Mouton.
Musique originale : Gilbert Gandil.
Guitares électrique et acoustique : Bertrand Repellin.
Basse, accordéon : Louis Paralis.
Conception lumière : Cyrille Siffer.
Décorateur : Patrick Fillard.
Régisseur son et lumière : Christophe Robert.
Vidéo : Geoffray Bourdais.
Durée : 1 h 10.

© David Anémian.
© David Anémian.
•Avignon Off 2017•
Du 7 au 30 juillet 2017.
Tous les jours à 10 h 30.
Théâtre de l'Albatros,
29, rue des Teinturiers, Avignon.
>> argaya.fr

Bruno Fougniès
Mardi 22 Août 2017

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"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

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Guerre, mort, fuite inéluctable pour un espoir de survie, triviale association caractérisant chaque jour toujours plus notre monde… Bateau, exil, nouvelle contrée inconnue, centre d'hébergement, accueil pour vieil homme et petite fille. Pays nouveau, pays sans odeur, sans les odeurs colorées et épicées de son Asie natale, peut-être le Vietnam ou le Cambodge.

Tout commença un matin où son fils, sa belle-fille et sa petite fille s'étaient rendus dans les rizières. Cette année-là, la guerre faisait rage. Ils sont tués durant leur travail. Tao Linh récupère sa petite fille, Sang diû (Matin doux) 10 mois - elle a les yeux de son père (son fils), dit-il - et entreprend une épuisante traversée, à l'horizon une terre occidentale. Apprivoiser ce nouveau pays, ces gens inconnus, cette promiscuité dans ce centre d'accueil pour émigrés. Puis, au bout d'un moment, se résoudre, se décider à sortir pour découvrir cette ville qui l'accueille.

Dans un parc, assis sur un banc, et l'arrivée de monsieur Bark. Premier contact, et les prémices d'une nouvelle amitié. Ils parlent de leur femme (mortes). Parle de la guerre, celle à laquelle a participé Bark dans le pays de Linh. Bark l'invite au restaurant, lui offre un cadeau, une robe pour la petite. Tao Linh va être déplacé mais dans la même ville. Se retrouve dans une chambre… Enfermement…

Gil Chauveau
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Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le P'tit Cirk qui s'articule autour de la musique et de l'envol avec la guitare comme partenaire privilégié, instrument musical ou agrès des plus surprenants !

Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
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Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

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Gil Chauveau
31/08/2020