La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Avignon 2017

•Avignon Off 2017• "Au bout du monde"… Quand les langues se délient… Pour aller au bout des mots

"Au bout du monde", Théâtre du Chêne Noir, Avignon

Une histoire naît… Comme un apprentissage, un parcours exploratoire, une initiation à la rencontre… Deux êtres se parlent, se murmurent, se chamaillent, se cabrent, s'éloignent, s'apprennent, se comprennent et s'enlacent… Comme un perturbateur, un stimulateur, un troisième jacasse. Aller au bout de la communication… Comme une utopie réalisée, une symbiose charnelle au-delà du langage…



© Chantal Depagne.
© Chantal Depagne.
Sur scène, un bar, aux contours réalistes, et un poste factice avec vrai présentateur, éructant dans une forme quasi foraine des phrases à la vulgarité télévisuelle avérée, entre lancements de jeu d'une idiotie navrante et commentaires stériles de match de foot à l'imbécilité récurrente. Écran miroir d'une langue devenu mercantile et triviale qui, dans une manière d'opposition, valorise la poétique d'une autre aux visées séductrices dans l’arène bistrotière où s'affrontent les deux autres protagonistes dans l'espoir d'un éventuel avenir amoureux.

Dans ce futur imaginée, où justement l'essence du langage ne serait plus un obstacle pour des inconnus venant de mondes depuis longtemps séparés, même s'ils connurent la même genèse humaine mais dont les évolutions divergèrent, les uns étant pris par les savoirs et la connaissance, les autres par le travail et la survie, se crée une agrégation inattendue.

Deux univers, deux langues "anciennes", l'intello du voyageur et la populo de la serveuse… Une troisième, celle d'aujourd'hui, vulgaire et médiocre, projetée, éjaculée par son organe reproducteur qu'est la télévision... télé-réalité caricaturale.

© Chantal Depagne.
© Chantal Depagne.
Mais eux ne sont déjà plus dans le réel, usant de mots… pour briser les frontières, celle de l'incommunicabilité sociale, celles tribales, familiales ou intimes. Déconstruisant leurs solitudes, ils édifient entre eux, petit à petit, un isthme amoureux… une nouvelle aventure à vivre entre rêve et réalité.

Et dans ce déferlement de phrases, d'intentions, d'émotions, d'attouchements, se jouent en transparence notre humanité d'aujourd'hui et ses incompréhensions, ses incapacités à la communication, à l'acceptation (à l'accueil) de l'autre. Dans une manière de démonstration sous-jacente, le langage et ses différents signes apparaissent ici comme un risque de prétexte à nos dénis, à nos replis sur soi… que finit par vaincre, dans une utopie théâtrale, l'amour !

Ayant accordé chacun leurs instruments intérieurs, Sterenn Guirriec, Daniel Mesguich et Alexis Consolato jouent la partition avec justesse, vivacité ; et savent parfois (pour le couple) exposer, avec une sensibilité maîtrisée, une densité émotionnelle subtilement pudique et tendue. Un satisfécit particulier à Daniel Mesguich qui, tant dans son interprétation que dans sa mise en scène, se met réellement, dans une belle intelligence avec le texte, au service de celui-ci.

In fine, sur une trame qui semble d'une évidente simplicité, la pièce offre au spectateur une réflexion sur nos dérives intellectuelles, nos excès de signifiants prenant le dessus sur nos ressentis émotionnels, nos tendances à d'inédits amphigourismes qui peuvent lentement pourrir nos cerveaux… À nous donc d'y prendre garde !

"Au bout du monde"

Texte : "La Langue", Olivier Rolin.
Mise en scène : Daniel Mesguich (avec l'aide de Caroline Marcadé).
Avec : Sterenn Guirriec, Daniel Mesguich, Alexis Consolato.
Costumes : Dominique Louis.
Lumières et sons : Daniel Mesguich, assisté de Gaylord Janvier.
Décors : Camille Ansquier.
Régie : Florent Ferrier.
Production Miroir et Métaphore.
Durée 1 h 30.

© Chantal Depagne.
© Chantal Depagne.
•Avignon Off 2017•
Du 7 au 30 juillet 2017.
Tous les jours à 12 h 15 (relâche le lundi).
Théâtre du Chêne Noir, Salle Léo Ferré,
8 bis, rue Sainte-Catherine, Avignon.
Réservations : 04 90 86 74 87.
>> chenenoir.fr

Gil Chauveau
Mardi 25 Juillet 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Sabordage" Comme une synthèse de la modernité… une implosion écologique à venir, avenir sombre de notre monde…

Elle fut riche et belle, plaisante et paradisiaque, pays de cocagne… puis devint consommatrice et opulente, industrieuse, minière et calamité écologique, pour finir mendiante et désespérée, à l'avenir destructif d'une future terre qui coule à pic… C'est la "belle" histoire de l'île de Nauru*, miroir de notre prochain anéantissement - au délicat (!) mais définitif intitulé "6e extinction de masse" -, qui nous est contée par le talentueux Collectif Mensuel.

Narration aux allures de débats, de commentaires, d'échanges réalistes… Scénographie en une forme d'actions documentaires, visible au lointain par report vidéo "en direct", en rappel de notre monde de l'image, expression ironique de nos chaînes d'infos en continu pour une structure créative d'un théâtre pédagogique, d'un reportage théâtralisé… Car ici tout est vrai, le drame, les horreurs économiques, le dézingage des ressources et de l'environnement… le sabordage de l'île a vraiment eu lieu, sans parler des perspectives radieuses d'une fin en version sous-marine !

Le récit - dans un préambule exposant un éden de rêve aux allures de paradis touristique, sis à quelques encablures de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (près de 2 700 km quand même !) - se construit sur un montage cinématographique et télévisuel où le collectif puise dans les séries et films des années soixantes-dix quatre-vingt, tous célèbres et ancrées dans nos imaginaires collectifs…

Gil Chauveau
11/10/2019
Spectacle à la Une

FAB 2019 "Concours européen de la chanson philosophique" La philosophie mise en musique dans un dispositif à faire kiffer "l'euro-vision"

Massimo Furlan, performer suisse mâtiné d'Italien, était dans ses jeunes années fan de l'Eurovision, de ses paillettes éblouissantes et de ses bluettes sentimentales réunissant joyeusement sa famille autour du petit écran. Près d'un demi-siècle plus tard, c'est la grande avant-scène du Carré qui le projette sous les sunlights en splendide ordonnateur - flanqué d'une superbe créature en robe lamé - de deux soirées "enchantées" dédiées à une vision de notre Monde. Comme quoi divertissement populaire et réflexion de pointe peuvent rimer ensemble…

FAB 2019
Reconstituant somptueusement le décorum kitsch du concours de l'Eurovision ayant à jamais impressionné ses premières émotions artistiques, le performer semble jubiler en détournant "sérieusement" le répertoire d'origine pour proposer un récital de onze chansons dont l'écriture a été confiée par ses soins à des philosophes, sociologues et autres chercheurs sachant penser le monde. L'interprétation de ces textes métaphoriques revient à des artistes costumés de manière délirante, projetés en direct par un vidéaste décuplant leur truculente présence scénique sur les notes d'un orchestre en live.

Quant au Jury réuni sur une singulière estrade roulante dénotant avec sa "notabilité", il est composé d'éminents professeurs d'université et sommités intellectuelles se prêtant avec grâce et bonheur au jeu de leur interprétation avant d'attribuer leur note. Le public - le genre l'impose - est sollicité en permanence afin de faire entendre également "sa voix" captée par un "votaton" chargé d'enregistrer le volume d'applaudissements attribué à chaque candidat.

Yves Kafka
15/10/2019
Sortie à la Une

"Fake"… Un "Peer Gynt" pour explorer le monde de l'info et de l'intox

"Fake - Tout est faux, tout est fou", Gare de l'Est, Paris

L'homme vagabonde sous les toits ferroviaires, au carrefour des âmes voyageuses… il est conteur. Peer Gynt partit aussi à l'aventure, cheminant entre rêve et réalité. Le narrateur s'en inspire pour démêler le vrai du faux… de notre réalité… Extraire le fake à l'ère des news…

Spectacle déambulatoire, performance de rues (ici intérieure), Fake convoque un conteur, un concepteur compositeur, des musiciens, pour une exploration d'un nouveau type où le spectateur, équipé d'un casque audio, se laisse emmener, au sens littéral comme virtuel dans une promenade découverte entre vraies et fausses informations.

Dans ce périple artistique, ce dernier garde toute liberté d'action, plus précisément de mouvements, déambulant dans l'espace proposé au fil de ses envies, de ses inspirations ou guidé par l'histoire, narration sonore, vocale et musicale, composée en direct et diffusée dans le casque et/ou influencé par la vue, le cheminement de l'acteur, Abbi Patrix, interprétant à sa façon Peer Gynt, exprimant son ressenti du lieu, posant des questions sur la véracité du réel ou interrogeant le badaud passant.

Les éléments sonores audibles dans le casque sont superposés, sans apparente cohérence mais peuvent stimuler ou orienter la perception du spectateur qui fait le choix d'être actif ou passif, ponctuellement ou de manière permanente, redevenant alors un simple observateur.

Gil Chauveau
10/10/2019