La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Avignon 2017

•Avignon Off 2017• La Cie le Vélo Volé fait sonner une critique acerbe de la comédie de Molière… mais en respecte l'esprit et l'humour

"Tartuffe", Théâtre des Lucioles, Avignon Off

En habits contemporains, certes, mais dans un code de jeu à l'opposé du réalisme que ce choix entraîne habituellement, "Tartuffe", la pièce corrosive de Molière, nous parvient dans une virginité nouvelle.



© Nathalie Jeannet.
© Nathalie Jeannet.
Le texte, les personnages et les idées qui s'y développent atterrissent sans filtre dans nos esprits : soyons clair, le Tartuffe, tel qu'il est montré dans cette mise en scène, est un être d'aujourd'hui, dans un monde d'aujourd'hui.

On dirait que c'est avec douceur et tendresse que la compagnie le vélo Volé s'est emparée de cette pièce. Tant d'autres en ont fait des montages contemporains qui, à force de vouloir mettre en valeur un message, en ont fait une pièce didactique et vaguement ennuyeuse : un monolithique réquisitoire contre les faux dévots et les censeurs hypocrites. Ici, c'est tout le contraire.

Dans le domaine de la boisson, on parlerait d'un cocktail d'un équilibre parfait : le fort atténué par le sucré, l'acide sublimé par le moelleux, le grave transcendé soudain par un éclat de comédie, de rire qui évite à l'œuvre de noircir, de s'oxyder, de sombrer dans un sérieux sans saveur.

© Nathalie Jeannet.
© Nathalie Jeannet.
Le décor - la scénographie - est important quoique simple. Elle donne dès l'ouverture les éléments nécessaires à l'histoire, et elle est explicite. Ce sont de longs pans de tissus beiges qui recouvrent tout le plateau, ainsi qu'une longue table. Des pans. Des draps. Des voiles. Qui évoquent des lits, des rideaux occultants. Et puis, dans le même fil de pensée, qui suggèrent des corps sous ces draps, des désirs d'alcôve et des secrets derrière ces rideaux, des hypocrisies. Voici l'allusion à la concupiscence établie. Reste la partie politique, sociale et vivifiante de la pièce.

Sur ce plateau transformé en surface mouvante, un peu comme l'eau stagnante d'un marais où il est dangereux de s'aventurer, se jettent alors les personnages : la comédie file vite, scintillante, pleine de fantaisies. Les comédiens rythment la pièce comme une course rapide qui fonce vers un fatidique annoncé, une issue qui s'annonce de pire en pire à chaque scène.

Et plus l'univers se resserre et noircit, plus les efforts désespérés des protagonistes, pour éviter la catastrophe et les ressources de ruses et d'intelligence qu'ils déploient dans ce but, grandissent et deviennent étonnants. Inventions de l'esprit, déconfitures, folies passagères sont les péripéties semées sur toute l'histoire.

Mais c'est le souffle comique, né sans aucun doute de l'esprit de troupe, cet amusement particulier et sous-jacent dans chacun des échanges entre les partenaires, qui donne au texte de Molière la verve et l'insolence des premiers jours.

"Tartuffe"

© Nathalie Jeannet.
© Nathalie Jeannet.
Texte : Molière.
Mise en scène, scénographie et lumières : François Ha Van.
Avec : France Ducateau, Nathalie Jeannet, Hoël Le Corre, François Macherey, Matthieu Madelaine, Achille Sauloup, Laurent Suire et Maria Zachenska.
Création musicale et guitare live : Guillaume Aufaure.
Compagnie le Vélo Volé.
Durée : 1 h 30.

•Avignon Off 2017•
Du 7 au 30 juillet 2017.
Tous les jours à 13 h 30 (relâche le mardi).
Théâtre des Lucioles,
10, rempart Saint-Lazare, Avignon.
Réservations : 04 90 14 05 51.
>> velo-vole.fr

Bruno Fougniès
Mardi 18 Juillet 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021




    Aucun événement à cette date.
Vidéos les plus récentes



À découvrir

"Les femmes de la maison" L'épopée des luttes féminines sous le prisme d'une maison très spéciale

Voici la dernière pièce de Pauline Sales (écriture et mise en scène) qui a été présentée au Théâtre Paul Scarron du Mans devant un public professionnel restreint. Un privilège que d'assister à cette histoire que l'on sent chevillée au corps de sa créatrice. Il y est question de femmes artistes. Question également des femmes non artistes. Question de la liberté que les femmes ont peu à peu conquis depuis bientôt un siècle. Arrachant bribe après bribe le droit d'agir, de s'exprimer, le droit sur leur corps, leur sexualité, leurs choix. Et trouver enfin la puissance pour se détacher du diktat masculin si bien bétonné.

© Jean-Louis Fernandez.
L'histoire des "femmes de la maison" commence dans les années cinquante et se termine de nos jours. Elle va mettre en jeu une dizaine de personnages féminins sur trois périodes symboliques : les années cinquante, les années soixante-dix et 2022. Pour cela, Pauline Sales invente une maison qui sera le moyen de traverser le temps et l'espace. Cette maison est celle de Joris, un amoureux, par ailleurs cinéaste militant contre les méfaits des guerres. Il achète cette maison par amour pour une photographe, l'amour s'en va, il ne sait qu'en faire, alors il la prête à des artistes. Le hasard veut au départ que ce ne soit que des femmes - peintres, poètes, sculptrices… et cela se transforme en règle : seules des femmes artistes pourront venir un temps pour créer ici.

Première période, maison fermée entourée de bois. C'est l'après-guerre et l'artiste que Joris installe dans la maison dessine. Dessine en mode combat contre elle-même. Contre la pensée que chez elle, son mari, sa fille sont là comme une destinée de femme au foyer qu'elle refuse. Combat contre le mal que cela peut faire.

Bruno Fougniès
25/08/2021
Spectacle à la Une

•Off 2021• Sales Gosses Une approche vertigineuse et bouleversante de la maltraitance à l'école

Harcèlement, maltraitance ponctuelle ou récurrente… à l'école, à la maison, au travail, comment le traiter sur scène, comment prendre ou pas position ? Ici d'ailleurs, pas de prise de position, mais une exposition des faits, du déroulé des événements, en une manière de monologue où la comédienne Claire Cahen habite tous les personnages principaux, offrant l'accès au public à différentes appréciations du drame - victime, tyran, prof, mère - menant à une mise en perspective vertigineuse !

© Théâtre du Centaure.
Pour l'écriture de "Sales gosses", Mihaela Michailov s’est inspirée de faits réels. Une enseignante ligota une élève dans sa salle de classe, les mains derrière le dos, suite à son manque d'attention pour la leçon sur la démocratie qu'elle était en train de donner. Elle exposera ainsi l'enfant saucissonnée en exemple. Les "camarades" de cette petite-fille de onze ans, pendant la récréation, la torturons à leur tour. Elle sera retrouvée sauvagement mutilée… attachée dans les toilettes…

Dans une mise en scène que l'on perçoit nerveuse et précise, millimétrée, visant à l'efficacité, les choix de Fábio Godinho font être immédiatement lisible, mettant en quasi-training sportif la comédienne Claire Cahen et son partenaire musicien chanteur Jorge De Moura qui assure avec énergie (et talent) les multiples interventions instrumentales et/ou vocales. Metteur en scène, mais également performeur, Fábio Godinho joue clairement la carte de l'école "théâtre de la violence", de l'arène/stade où la victime est huée, vilipendée par la foule, cherchant à exprimer la performance telle que demandée sur un ring de boxe. Claire Cahen et Jorge De Moura sont à la hauteur jouant en contre ou en soutien avec le troisième acteur qu'est le décor !

Gil Chauveau
19/07/2021
Spectacle à la Une

•Off 2021• L'Aérien Le fabuleux défi de l'insoupçonnable légèreté de l'être…

Solliciter ressources du corps et de l'esprit unis dans la même entité afin d'affranchir l'humaine condition aux semelles de plomb de la pesanteur la clouant au sol, c'est le prodige réalisé par Mélissa Von Vépy "à l'apogée" de son art. À partir d'une vraie-fausse conférence sur les rapports entre l'Homme et les airs depuis que la Terre est Terre - écrite avec légèreté par Pascale Henry, complice inspirée -, la circassienne rivalise de grâces ascensionnelles. De quoi damer le pion, du haut de son Olympe, à Hermès au casque et chaussures ailées…

© Christophe Raynaud de Lage.
La conférencière au look décontracté étudié, chaussée de lunettes à monture d'écailles et d'escarpins mettant en valeur ses longues jambes, mallette à la main renfermant les planches évocatrices des tentatives humaines pour vaincre la résistance des airs (l'utilisation d'un Powerpoint n'aurait pas été assez daté…), s'emploie avec naturel et humour à survoler cette histoire à tire-d'aile… S'arrêtant cependant sur une reproduction d'Icare, celui par qui la faute advint. Pour avoir voulu voler toujours plus haut, l'intrépide, aux plumes assemblées de cire, s'est brûlé les ailes… et depuis, cette question récurrente : voler est-ce humain ?

Joignant gestes et paroles, elle ôte son blouson libérant des plumes virevoltantes autour d'elle et s'adonne à quelques envolées autour de sa chaise devenant vite le second personnage en scène. D'ailleurs, lorsque, dans le déroulé de sa conférence, elle évoquera les fabuleuses machines volantes nées de l'imaginaire de Léonard de Vinci, on se dit que cette prouesse d'horlogerie fine - que l'on doit à Neil Price - permettant de projeter en douceur ladite chaise jusque dans les cintres, mériterait de les rejoindre au panthéon des créations volantes…

Yves Kafka
26/07/2021