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Théâtre

Un Protée dans un monde d’opérette, quelque part entre Offenbach et Georges Méliès

"Protée", Théâtre de la Tempête, Paris

Œuvre satirique, farcesque, Protée est pure comédie. L’auteur, Paul Claudel, diplomate et écrivain, ouvrier de la restauration chrétienne, reconstitue, de manière toute hypothétique, la dernière partie comique des tragédies grecques. Il entraîne le spectateur dans une tradition de l’illusion comique et dévoile un sens profond d’un théâtre populaire. Une érudition affichée lui permet de le faire passer en catimini.



Éléonore Joncquez (Nymphe Brindosier) © Antonia Bozzi.
Éléonore Joncquez (Nymphe Brindosier) © Antonia Bozzi.
Dans Protée, le personnage de Ménélas, revenant de guerre et ramenant son épouse Hélène arrachée de haute lutte aux Troyens, est manipulé par le magicien d’une île imaginaire et nomade. Hélène devenue une icône, miroir de sa légende et plongée en quasi catatonie, est arrachée à son destin domestique. Son époux est tout tourneboulé par l’image trompeuse d’une petit satyre.

Ni kitsch, ni barbant, le Protée mis en scène par Philippe Adrien est réjouissant. Avec beaucoup de pertinence, de verve et de fantaisie, l’action se situe dans un monde d’opérette quelque part entre Offenbach et Georges Méliès et donne à partager le songe d’un Ménélas en bourgeois guindé et au débraillé de fin de repas spectaculaire.

Matthieu Marie (Ménélas) et Dominique Gras (Satyre-Major) © Antonia Bozzi.
Matthieu Marie (Ménélas) et Dominique Gras (Satyre-Major) © Antonia Bozzi.
Ça trucule à l’unisson d’une douce ébriété par laquelle la vision des petites nymphes de l’opérette, qui encanaillent, attendrit le cœur du bourgeois et le soulage des divas extravagantes qui se sentent dignes des étoiles de Jupiter. Du spiritueux et spirituel, c’est le souvenir d'une jeune fille charmante, charmante qui agite le cœur des hommes .

Le spectateur goûte ce plaisir, ce bouffe très parisien, élégant où le merveilleux se nourrit du pittoresque et fonde un mode burlesque d’où la cruauté de regard n’est pas absente.

Tel qu’il est, multiple, le Protée de Claudel par Philippe Adrien provoque le rire spontané.

"Protée"

Éléonore Joncquez (Nymphe Brindosier) et Jean-Jacques Moreau (Protée) © Antonia Bozzi.
Éléonore Joncquez (Nymphe Brindosier) et Jean-Jacques Moreau (Protée) © Antonia Bozzi.
Texte : Paul Claudel.
Mise en scène : Philippe Adrien.
Avec : Pierre Alain Chapuis en alternance avec Jean-Jacques Moreau (Protée), Dominique Gras (Satyre-Major), Éléonore Joncquez (Nymphe Brindosier), Matthieu Marie (Ménélas), Marie Micla (Hélène).
Décor et costumes : Eléna Ant.
Lumières : Pascal Sautelet assisté de Maëlle Payonne.
Musique et son : Stéphanie Gibert et Ensemble Musiverre Jean-Claude Chapuis.
Vidéo : Olivier Roset assisté de Michaël Bennoun.
Maquillages : Sophie Niesseron.
Collaboration costumes : Léa Delmas.
Collaboration artistique : Clément Poirée.
Durée : 1 h 15.

Marie Micla (Hélène) © Antonia Bozzi.
Marie Micla (Hélène) © Antonia Bozzi.
Du 10 janvier au 24 février 2013
En janvier : jeudi 10, vendredi 11, samedi 12, mardi 15, mercredi 16 à 20 h ; mardis 22 et 29, samedis 19 et 26 à 18 h ; dimanches 13, 20 et 27 à 15 h 30.
En février : samedis 9, 16 et 23 à 18 h* ; dimanches 10, 17 et 24 à 15 h 30*.
*À ces dates, les spectacles "Protée" et "Partage de midi" (également mis en scène par Philippe Adrien) peuvent être vus dans la même soirée.
Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, Paris, 01 43 28 36 36.
>> la-tempete.fr

Éléonore Joncquez (Nymphe Brindosier) © Antonia Bozzi.
Éléonore Joncquez (Nymphe Brindosier) © Antonia Bozzi.

Jean Grapin
Mercredi 16 Janvier 2013

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J'ai peur de ne pas renouveler mes droits… Eux en ont la certitude

Je suis intermittente du spectacle. Ce n'est pas mon métier, mon métier, c'est comédienne. Intermittente, c'est juste mon régime d'indemnisation du chômage. C'est aussi une pratique d'emploi : je travaille à la mission, souvent avec des contrats très courts, pour différents employeurs. D'où un régime d'indemnisation adapté.

© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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