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Théâtre

"Mon mec veut devenir rappeur", troisième volet d'une trilogie débutée d'une manière haletante…

Adèle Zouane, puisant dans ses propres expériences la matière vivante de ses performances, nous avait lors du festival "L'Échappée belle" de 2023 tenue en haleine de bout en bout avec "De la mort qui rue", son premier spectacle où elle présentait un inénarrable inventaire à mourir de rire des manières de passer de vie à trépas. L'année suivante, avec "À nos amours", elle nous avait entrainés joyeusement à sa suite vers les verts paradis des amours fondatrices. Là, en 2026, elle clôt sa trilogie avec une ode consacrée aux très riches heures de la vie du couple – le sien – au risque que le souffle au long cours ne se fasse un peu plus court.



© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
Animée toujours du (vrai) sourire et de la (fausse) naïveté de celle qui s'apprête à raconter la véridique histoire de l'itinéraire suivi par Le Couple au travers de sa vie à elle – la vie d'Adèle… (Zouane) – elle débute son récit par un souvenir… Le couple qu'elle zyeutait de la terrasse du lycée, oh qu'elle aurait voulu en être… Et puis un autre souvenir, celui d'une cave où l'on jouait de la musique et de ce jeune homme aux jambes très fines et dont le regard ne la croise pas… mais dont elle se sentait sans le savoir éperdument amoureuse…

Pause créant in situ une intimité avec le public devenant complice de l'épopée et adresse assortie d'une réflexion à méditer : "C'est du théâtre, pas du rap… Peut-être faut-il ne s'attendre à rien, comme dans une rencontre"… avant que les confidences amourachées ne reprennent… "Jaime, son prénom… j'aime, sans l'apostrophe !". Et, dans le même mouvement, l'apparition de disparaître… avant de réapparaître plus tard à Avignon, le temple du théâtre… Et, non sans drôlerie, de raconter alors leur "rencontre" faite de convergences mutuelles… Parce que c'était lui, parce que c'était elle, il ne pouvait bien évidemment pas en être autrement… Il a envie de jouer de la batterie, elle de chanter, alors quand on est tout nus ça rapproche, inévitablement…

© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
Et qu'advient-il pour parachever l'amour à deux ? L'apparition d'une troisième petite vie qui, même si ce n'est pas la grosse forme, est un grand moment à partager… L'existence n'étant cependant pas un long fleuve tranquille – sinon ça se saurait – le désir de rap absorbe l'autre, l'isolant dans ses processus créatifs qui vont jusqu'à le faire changer de tête… Mais quand on aime, peut-on faire une fixation sur ces détails ? Oh bien évidemment ça peut générer quelques crises – splendidement rejouées comme "pour de vrai" et agrémentées d'un humour convoquant des souvenirs positifs, mode développement personnel, pour reprendre pied. Et puis s'il n'est pas l'homme idéal, elle non plus… Regards attendris mêlés d'autodérision sur le caractère emporté de l'une et la placidité de l'autre, un couple de forces antagonistes qui se conjuguent plus qu'elles ne s'affrontent.

Et même quand il sera difficile de garder le cap quand l'autre est à la recherche du sien, l'épiphanie reste à trouver dans l'amour que l'on se porte en – pourquoi pas ? – faisant du désir de l'autre son prochain spectacle à elle… Spectacle dont le titre pourrait être… On vous le laisse deviner ! On ne racontera pas non plus la chute… Seulement lever un coin du voile, en avançant qu'elle promet d'être ascensionnelle et musicale.

Dans ce dernier volet de sa trilogie inspirée par son parcours personnel pour dire "la vie devant soi", Adèle Zouane a gardé intacte son énergie pétrie d'innocence radieuse au service de thèmes universels. Si l'on est toujours attendri par son bel engagement, on peut ressentir peut-être un léger essoufflement… Deux raisons… D'une part, il n'y a plus l'effet surprise ressenti lors de la découverte des deux premiers volets (le premier en particulier, plus mordant). D'autre part, c'était là la première, et les répétitions en cours permettront sans nul doute à cette forme en devenir de trouver pleinement… son "troisième souffle".
◙ Yves Kafka

Vu le 29 avril 2026 à la Scène Nationale Carré-Colonnes de Blanquefort.

"Mon mec veut devenir rappeur"

© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
Création 2026.
Texte : Adèle Zouane.
Avec : Adèle Zouane.
Création sonore : Jaime Chao.
Création lumière : Mathieu Marquis.
Collaboration artistique : Marion Couziné.
Regard extérieur : Éric Didry.
Aide à l'écriture : Jérôme Rouger, Alexandre Virapin.
Par le Collectif Bajour.
Durée : 1 h 30.

Représenté du 28 au 30 avril 2026 à la Scène Nationale Carré-Colonnes à Blanquefort (33).

Tournée
16 mai 2026 : Festival du conte, Capbreton (40)

Yves Kafka
Samedi 9 Mai 2026

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