"Doyen en Novarinie", c'est en 1986, en découvrant "Le Drame de la vie" aux Amandiers de Nanterre, puis "Le Discours aux animaux" aux Bouffes du Nord, dans un seul en scène porté par André Marcon, que Dominique Parent tombe en amour avec la langue novarinenne.
Fasciné par cette découverte, l'apprenti comédien s'empare alors du manifeste de Novarina, "Lettre aux acteurs", pour ses échauffements. Ce texte, publié avec "Pour Louis de Funès", ne le quitte plus. Puis, en 1989, alors élève en troisième année de Conservatoire dans la classe de Jean-Pierre Vincent, Valère Novarina le remarque dans un spectacle d'école où il interprète Mascarille dans "Les Précieuses ridicules". Ainsi était-il écrit que ces deux-là devaient se rencontrer… Novarina propose alors au jeune homme de jouer "Vous qui habitez le temps". En lui tendant la brochure, il ajoute : "J'espère que vous ne serez pas effrayé".
Certes pas, puisque s'ensuit un compagnonnage de 37 années où Dominique Parent joue du Novarina sous la direction de Novarina : "Vous qui habitez le temps" (1989), "La Chair de l'homme" (1995), "L'Origine rouge" (2000), "La Scène" (2003), "L'Acte inconnu" (2007, dans la cour d'honneur du palais des Papes), "Le Vrai Sang" (2011), "L'Atelier volant" (2012), "Le Vivier des noms" (2015), "L'Animal imaginaire" (2019), ainsi que dans les pièces de Novarina mises en scène par Claude Buchvald. C'est dire si le comédien connaît son Novarina sur le bout des doigts… Et c'est tout un florilège de textes qu'il nous offre aujourd'hui.
Fasciné par cette découverte, l'apprenti comédien s'empare alors du manifeste de Novarina, "Lettre aux acteurs", pour ses échauffements. Ce texte, publié avec "Pour Louis de Funès", ne le quitte plus. Puis, en 1989, alors élève en troisième année de Conservatoire dans la classe de Jean-Pierre Vincent, Valère Novarina le remarque dans un spectacle d'école où il interprète Mascarille dans "Les Précieuses ridicules". Ainsi était-il écrit que ces deux-là devaient se rencontrer… Novarina propose alors au jeune homme de jouer "Vous qui habitez le temps". En lui tendant la brochure, il ajoute : "J'espère que vous ne serez pas effrayé".
Certes pas, puisque s'ensuit un compagnonnage de 37 années où Dominique Parent joue du Novarina sous la direction de Novarina : "Vous qui habitez le temps" (1989), "La Chair de l'homme" (1995), "L'Origine rouge" (2000), "La Scène" (2003), "L'Acte inconnu" (2007, dans la cour d'honneur du palais des Papes), "Le Vrai Sang" (2011), "L'Atelier volant" (2012), "Le Vivier des noms" (2015), "L'Animal imaginaire" (2019), ainsi que dans les pièces de Novarina mises en scène par Claude Buchvald. C'est dire si le comédien connaît son Novarina sur le bout des doigts… Et c'est tout un florilège de textes qu'il nous offre aujourd'hui.
Pensionnaire à la Comédie-Française de 2023 à 2025, c'est pendant son passage au sein de la Maison de Molière que Dominique Parent envisage un Singulis (NDLR, un seul en scène porté par un membre de la Troupe, tirant son nom de la devise de la Maison : "Simul et singulis" : "être ensemble et être soi-même") autour de l'œuvre de Valère Novarina. Le projet verra le jour autre part et deviendra "Le chanteur en perdition (L'amour est voyant)". Avant de s'en aller regagner les étoiles, Novarina aura pu assister à la présentation du spectacle, dans une version courte, en octobre dernier, lors de la soirée d'ouverture du festival L'Esprit en scène au Forum 104 consacrée à son œuvre.
Autre compagnon de route, pierre angulaire du "Chanteur en perdition (L'amour est voyant)", ayant rejoint la galaxie novarinienne en 1996 et composé toutes les musiques de Valère Novarina depuis lors : le musicien Christian Paccoud, grande figure de la chanson libertaire. Sa musique, dans laquelle se mêlent couleurs populaires et lyrisme rugueux, esprit anarchiste et poésie pure, accompagne et bouscule la parole dramatique de Novarina, comme celui-ci bouscule et joue avec la langue française. "Benjamine en Novarinie", la chanteuse et accordéoniste Lucie Taffin, qui forme avec sa sœur Juliette le duo JujaLula et compte déjà de nombreux concerts, trois albums ("Les Filles chantantes", "Chanson ou pas", "En concert") et deux EP ("Faut voir", "Noé"), s'est, à son tour, coulée avec beaucoup d'aisance dans l'univers novarinien.
Sur la petite scène du Théâtre Le Chariot, trois grands panneaux figurant trois bonshommes musiciens constituent le décor : un accordéoniste, un violoncelliste et un joueur de flute. Le trait, immédiatement reconnaissable pour les familiers de Novarina, est celui de l'auteur lui-même (un simple tracé noir souligné par endroits d'un trait rouge). Ces trois personnages, issus des 2 587 que comporte "Le Drame de la vie" – Valère Novarina, grand collectionneur de mots devant l'Éternel, ayant recensé 2 586 noms dans la Bible, s'était amusé à en créer tout autant pour sa pièce, et même un de plus –, nous amènent aussitôt en terres novariniennes. Le "chanteur en perdition", qui doit son titre au spectacle, est un autre personnage de Novarina.
Autre compagnon de route, pierre angulaire du "Chanteur en perdition (L'amour est voyant)", ayant rejoint la galaxie novarinienne en 1996 et composé toutes les musiques de Valère Novarina depuis lors : le musicien Christian Paccoud, grande figure de la chanson libertaire. Sa musique, dans laquelle se mêlent couleurs populaires et lyrisme rugueux, esprit anarchiste et poésie pure, accompagne et bouscule la parole dramatique de Novarina, comme celui-ci bouscule et joue avec la langue française. "Benjamine en Novarinie", la chanteuse et accordéoniste Lucie Taffin, qui forme avec sa sœur Juliette le duo JujaLula et compte déjà de nombreux concerts, trois albums ("Les Filles chantantes", "Chanson ou pas", "En concert") et deux EP ("Faut voir", "Noé"), s'est, à son tour, coulée avec beaucoup d'aisance dans l'univers novarinien.
Sur la petite scène du Théâtre Le Chariot, trois grands panneaux figurant trois bonshommes musiciens constituent le décor : un accordéoniste, un violoncelliste et un joueur de flute. Le trait, immédiatement reconnaissable pour les familiers de Novarina, est celui de l'auteur lui-même (un simple tracé noir souligné par endroits d'un trait rouge). Ces trois personnages, issus des 2 587 que comporte "Le Drame de la vie" – Valère Novarina, grand collectionneur de mots devant l'Éternel, ayant recensé 2 586 noms dans la Bible, s'était amusé à en créer tout autant pour sa pièce, et même un de plus –, nous amènent aussitôt en terres novariniennes. Le "chanteur en perdition", qui doit son titre au spectacle, est un autre personnage de Novarina.
Déboule alors sur le plateau un duo de saltimbanques, le visage poudré de blanc, queue de pie et pantacourt blanc pour lui, jupe écrue à volants et gilet noir pour elle, dans un assemblage inventif conçu par la créatrice de costumes Sabine Siegwalt, autre fidèle collaboratrice de Valère Novarina. Plus tard, de belles fraises en papier, ces extravagantes collerettes portées par les femmes et les hommes au temps de la Renaissance, viendront remplacer foulard et nœud papillon. "Je vois d'ici Nevers/Et sa rivière/J'ai vu d'ici Rouen/Et ses torrents… " entonne le couple en préambule. Un clin d'œil à "L'Opérette imaginaire".
Mais c'est avec "L'homme aux as", extrait de "Vous qui habitez le temps", le texte porte-bonheur de Dominique Parent, celui qui l'habite depuis 1989, que nous basculons dans un univers aussi loufoque que jubilatoire, avec litanies de noms, mots inventés, jeux de mots et absurdités en tous genres, le tout énoncé avec un débit de mitraillette (et une prononciation irréprochable) ! Un véritable torrent verbal qui nous laisse aussi pantois qu'admiratifs.
Suivront une "Chanson d'Œdipe chantée sans complexe", une "Ode à Bescherelle" (une conjugaison hilarante des verbes croire, clouer, croître et coudre avec moult subjonctifs : "Si vous ne crûtes pa/Que le printemps éclût/L'hiver vous reclouera/sans que vous pûtes éclore…"), "C'que j'veux" ("Écoute un peu, prépare-te/Ce que je veux, prête-me-le…"), "L'Originelle" ("L'homme n'est pas bon, nom de nom"), "La chanson des nombres heureux", "Merci les chiffres huit" et bien d'autres…
Dans ce théâtre de l'oralité et du chanté, où les mots ont une vie propre, il est beaucoup question de mort et de naissance, de la condition dérisoire de l'humanité, de son commencement à sa fin, et inversement. Car Novarina considérait que le langage imitait la respiration (inspiration/expiration) et qu'il y avait une mort et une résurrection du langage.
Les textes, qu'ils soient dits, chantés a cappella ou accompagnés à l'accordéon, en solo ou en duo, s'enchaînent à merveille. Dans ce tourbillon novarinien, se sont glissées, presque incognito, deux chansons populaires, répertoire dont Novarina était friand : "Ne dis rien", chantée par Damia en son temps ("Ne dis rien, je le veux/Laisse, laisse tes yeux/Se fermer sous mes baisers nombreux…") et "Du gris", créée par Fréhel, la seule chanson que Novarina connaissait par cœur ("Eh Monsieur, une cigarette/Une cibiche, ça n'engage à rien/Si je te plais on fera la causette/T'es gentil, t'as l'air d'un bon chien…").
Car la chanson, réaliste ou irréaliste, est indissociable du théâtre novarinien et l'on chante dans toutes les pièces de Novarina. Les rythmes sont ceux de la musique populaire : valse, fox-trot, polka, tango… sur lesquels les voix de baryton et de mezzo-soprano de nos deux saltimbanques s'accordent à merveille.
Le spectacle se termine sur une note des plus poignantes et ce n'est pas sans émotion que nous écoutons le duo entonner en chœur "Valère, Valère, l'amour est voyant/Valère, Valère, l'amour est voyant". De ce contre-pied novarien à l'adage "l'amour est aveugle", ce spectacle constitue un témoignage éclatant. Virtuose ! Vibrant ! Vertigineux !
◙ Isabelle Fauvel
Mais c'est avec "L'homme aux as", extrait de "Vous qui habitez le temps", le texte porte-bonheur de Dominique Parent, celui qui l'habite depuis 1989, que nous basculons dans un univers aussi loufoque que jubilatoire, avec litanies de noms, mots inventés, jeux de mots et absurdités en tous genres, le tout énoncé avec un débit de mitraillette (et une prononciation irréprochable) ! Un véritable torrent verbal qui nous laisse aussi pantois qu'admiratifs.
Suivront une "Chanson d'Œdipe chantée sans complexe", une "Ode à Bescherelle" (une conjugaison hilarante des verbes croire, clouer, croître et coudre avec moult subjonctifs : "Si vous ne crûtes pa/Que le printemps éclût/L'hiver vous reclouera/sans que vous pûtes éclore…"), "C'que j'veux" ("Écoute un peu, prépare-te/Ce que je veux, prête-me-le…"), "L'Originelle" ("L'homme n'est pas bon, nom de nom"), "La chanson des nombres heureux", "Merci les chiffres huit" et bien d'autres…
Dans ce théâtre de l'oralité et du chanté, où les mots ont une vie propre, il est beaucoup question de mort et de naissance, de la condition dérisoire de l'humanité, de son commencement à sa fin, et inversement. Car Novarina considérait que le langage imitait la respiration (inspiration/expiration) et qu'il y avait une mort et une résurrection du langage.
Les textes, qu'ils soient dits, chantés a cappella ou accompagnés à l'accordéon, en solo ou en duo, s'enchaînent à merveille. Dans ce tourbillon novarinien, se sont glissées, presque incognito, deux chansons populaires, répertoire dont Novarina était friand : "Ne dis rien", chantée par Damia en son temps ("Ne dis rien, je le veux/Laisse, laisse tes yeux/Se fermer sous mes baisers nombreux…") et "Du gris", créée par Fréhel, la seule chanson que Novarina connaissait par cœur ("Eh Monsieur, une cigarette/Une cibiche, ça n'engage à rien/Si je te plais on fera la causette/T'es gentil, t'as l'air d'un bon chien…").
Car la chanson, réaliste ou irréaliste, est indissociable du théâtre novarinien et l'on chante dans toutes les pièces de Novarina. Les rythmes sont ceux de la musique populaire : valse, fox-trot, polka, tango… sur lesquels les voix de baryton et de mezzo-soprano de nos deux saltimbanques s'accordent à merveille.
Le spectacle se termine sur une note des plus poignantes et ce n'est pas sans émotion que nous écoutons le duo entonner en chœur "Valère, Valère, l'amour est voyant/Valère, Valère, l'amour est voyant". De ce contre-pied novarien à l'adage "l'amour est aveugle", ce spectacle constitue un témoignage éclatant. Virtuose ! Vibrant ! Vertigineux !
◙ Isabelle Fauvel
"Le chanteur en perdition (L'amour est voyant)"
Textes : Valère Novarina.
Avec : Dominique Parent (jeu et chant) et Lucie Taffin (chant et accordéon).
Musiques : Christian Paccoud.
Regard extérieur : Nicolas Struve.
Costumes : Sabine Siegwalt.
Lumières : Stéphanie Daniel.
Tout public à partir de 7 ans.
Durée : 1 h 10.
18 et 19 mai 2026.
Lundi et mardi à 19h.
Théâtre Le Chariot, 77, rue de Montreuil, Paris 11ᵉ.
Téléphone : 01 48 05 52 44.
>> Billetterie en ligne
>> theatreduchariot.fr
Tournée
2 juillet 2026 : Association Désir de lire, Sigonce (04).
4 juillet 2026 : Le Non-Lieu, Marseille (13).
19 juillet 2026 : Blacy (89).
21 juillet 2026 : Lormes (58).
23 et 24 juillet 2026 : La Scène Faramine, Pierre-Perthuis (89).
Avec : Dominique Parent (jeu et chant) et Lucie Taffin (chant et accordéon).
Musiques : Christian Paccoud.
Regard extérieur : Nicolas Struve.
Costumes : Sabine Siegwalt.
Lumières : Stéphanie Daniel.
Tout public à partir de 7 ans.
Durée : 1 h 10.
18 et 19 mai 2026.
Lundi et mardi à 19h.
Théâtre Le Chariot, 77, rue de Montreuil, Paris 11ᵉ.
Téléphone : 01 48 05 52 44.
>> Billetterie en ligne
>> theatreduchariot.fr
Tournée
2 juillet 2026 : Association Désir de lire, Sigonce (04).
4 juillet 2026 : Le Non-Lieu, Marseille (13).
19 juillet 2026 : Blacy (89).
21 juillet 2026 : Lormes (58).
23 et 24 juillet 2026 : La Scène Faramine, Pierre-Perthuis (89).
























