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Théâtre

"Le colonel Barbaque, une passion africaine" Un seul en scène où l'Afrique existe à travers le récit d'un combattant ayant fui la France pour lutter contre son régime colonial

Basé sur un récit de Laurent Gaudé, Vincent Barraud incarne avec brio un militaire au soir de sa vie de combattant où les souvenirs refluent et où la parole devient la seule arme contre l'oubli et le ressenti.



© DR/Didier Marien.
© DR/Didier Marien.
Hamac de couleurs suspendu en fond de scène, qui dessine le mouvement d'un homme allongé à l'intérieur, comme celui d'une pirogue sur le fleuve Niger. Il est habillé lui aussi de couleurs, un harmonica à la bouche. Il en joue quand il ne parle pas. Comme en relais de ce qu'il dit. La voix est bien posée, forte. Le débit à l'entame du spectacle est assez lent, presque assoupi, en écho à sa position. Le récit de Laurent Gaudé se poursuivant, celle-ci change de tonalité pour devenir un flot aux contours variés. Le silence entoure la narration.

Cet homme est le colonel Barbaque (Vincent Barraud), nom de guerre africain de Quentin Ripoll, survivant des tranchées de la Grande Guerre. Il a fui la France pour le continent africain où il a combattu son ancien pays et sa morgue coloniale. Ni tout à fait d'Afrique, ni plus de France, cet apatride est dans une zone grise où ses souvenirs remontent à la surface d'un horizon où il était combattant d'Afrique aguerri contre les comptoirs français.

© DR/Didier Marien.
© DR/Didier Marien.
Autre cadence, autre jeu, notre protagoniste se met debout. Il marche comme pour nous accompagner dans ses escapades, permettant de les faire vivre sur un espace de jeu réduit. Les pas et le cheminement de ceux-ci ont une trajectoire en forme de huit, donnant ainsi du rythme à celle-ci, comme en direction d'une marche vers un ailleurs.

La voix ondule sur plusieurs tempos et timbres, donnant une cadence à la narration. Le colonel Barbaque nous fait revivre ce qu'il a vécu. L'assise des mots est accompagnée par sa puissance vocale, son harmonica et ses mouvements. La voix est souvent haute, allant parfois jusqu'à la colère, habitée par des aventures qu'il a menées.

Il y a une vraie présence scénique. C'est un seul en scène dans un espace vide, pour reprendre le terme de Peter Brook, où, au travers de sa voix, de son corps et de ses déplacements, Vincent Barraud transforme un espace en cours d'eau et en chemin dans une forêt tropicale.

© DR/Didier Marien.
© DR/Didier Marien.
Son costume fait entendre un bruitage avec ses poignets, des ourlets de matériau ocre qui se transforment en percussions quand il les agite, comme celui de sable crissant. Vincent Barraud nous emmène vers des rives africaines le long du fleuve Niger. Avec peu d'éléments, il nous transporte vers un horizon où le soleil brille d'un univers arraché à un oubli, celui d'une terre que l'on connaît trop bien pour l'avoir peut-être rêvée sans jamais l'avoir foulée.

Le jeu de lumières de Charly Thicot donne une chaleur et une couleur au récit de Laurent Gaudé. La lumière est légèrement froide au début, puis elle devient progressivement plus chaude quand le propos prend du volume et de l'ampleur. Notre personnage dessine à même le sol – avec, entre autres, une gourde portée à sa main avec laquelle il se désaltère parfois et un ensemble de deux colliers – un village où l'on peut imaginer un puits, une montagne au centre, des habitations et un double rempart tout autour de ceux-ci.

Ainsi, vient se greffer au récit, la représentation d'un lieu qui invite les spectateurs et leur imagination à le rejoindre. Le seul en scène est bien incarné et le jeu de Vincent Barraud maîtrisé, avec lequel il réussit à faire vivre un personnage, le Colonel Barbaque, et un environnement, le fleuve Niger, dans un espace-temps où l'Ici et l'Ailleurs sont dans un même lieu.
◙ Safidin Alouache

"Le colonel Barbarque, une passion africaine"

© DR/Didier Marien.
© DR/Didier Marien.
Texte : Laurent Gaudé.
Mise en scène : Vincent Barraud et Joël Lokossou.
Avec : Vincent Barraud.
Création lumières : Charly Thicot.
Par la Cie La Parole du Corps.
À partir de 13 ans.
Durée : 1 h 10.

Du vendredi 13 mars au samedi 6 juin 2026.
Vendredi et samedi à 19 h 30.
À La Folie Théâtre, salle La Petite Folie, 6, rue de la Folie Méricourt Paris 11ᵉ.
Tél. : 01 43 55 14 80.
>> Billetterie en ligne
>> folietheatre.com

Safidin Alouache
Mardi 21 Avril 2026

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