La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Lyrique

Tous "Au bord de l'eau" aux couleurs du Printemps de l’École de l'Opéra de Pékin !

Patrick Sommier, le directeur de la MC93 de Bobigny, met en scène quelques tableaux inoubliables d’un roman de 2 300 pages, célébrissime en Chine, "Au bord de l’eau". Œuvre qui a eu l’honneur d’être le premier roman chinois à entrer dans la prestigieuse collection de la Pléiade*.



© MC93.
© MC93.
C’est à une féconde rencontre entre cultures que nous sommes conviés dans ce spectacle, par le biais d’une coopération déjà ancienne entre la Maison de la Culture 93 et l’École de l’Opéra de Pékin. Le théâtre de Bobigny travaille depuis 2002 avec la grande maison de Beijing et deux spectacles ont vu le jour depuis 2008. La MC93 est décidément en pointe, privilégiant toujours les projets originaux et la révélation de nouveaux talents.

Qui n’a pas rêvé d’être initié aux codes ancestraux d’un spectacle aussi mystérieux que passionnant, l’opéra chinois ? Il faut donc aller à la rencontre des élèves, des professeurs et des musiciens de l’École de l’Opéra - avec ici Gilles Arbona en renfort - qui mettent leur talent, leur excellence technique, leur passion au service d’une production à la frontière du théâtre populaire et de l’opéra.

© MC93.
© MC93.
C’est donc l’occasion de pénétrer enfin cette mythique académie, créée en 1952, qui accueille chaque année 850 élèves triés sur le volet et venus de tout le continent. Les spécialités enseignées sont nombreuses : l’acrobatie, la danse, l’opéra, etc. - on peut d’ailleurs voir un théâtre d’ombres et de marionnettes à la MC93 la même semaine : "L’Exécution du juge infernal".

Le spectacle, tiré du roman traduit par Jacques Dars, tient autant de l’épopée que du roman d’aventures. "Au bord de l’eau", qui a connu de nombreuses réécritures entre 1121 et 1641, raconte la révolte, les combats, les amours de brigands magnifiques alliés à des capitaines courageux de la région Shandong contre un état central corrompu. Patrick Sommier et son assistante Pascale Wei-Guinot ont extrait quelques scènes autour de sept personnages parmi les quelques 108 d’origine - et les 800 caractères au total qui traversent le roman.

"Batailles, retrouvailles, ripailles !", c’est la formule de ce roman savoureux, selon les termes de Jacques Dars**. Capes, épées et truculence à l’époque de la Dynastie des Song du Nord (XIIe siècle) : c’est le dépaysement garanti à Bobigny ! Nous en reparlerons bien-sûr.

*Éditions Gallimard. Le roman est aussi publié en poche chez Folio.
**"Comment lire un roman chinois", Jacques Dars, Éditions Picquier.

"Au bord de l'eau"

© Victor Tonelli/Artcomart.
© Victor Tonelli/Artcomart.
Opéra de Pékin – École d'Opéra de Pékin.
Hommage au roman chinois de Shi Nai-an.
Traduction : Jacques Dars.
Mise en scène : Patrick Sommier.
Conception : Patrick Sommier et Pascale Wei-Guinot.
Assistante : Sarah Oppenheim.

Avec les Élèves : Chen Xialong, Ge Lianfa, Jing Yushan, Song Yalong, Sun Shimin, Zheng Gaolu, Tang Hongwei, Lv Ruitao, Zhang Shurui, Wang Shuai, Fang Mingyi, Jia Hao, Duo Yunqi, Ge Lei, Liu Shuqi, Pang Yuanjia, Gao Cui, Jia Jing, Xiao Zhengyang.
Les Professeurs : Chen Chen, Huang Ming, Lang Shichang, Li Lianzhong, Li Hongbin, Teng Li, Wang Liangliang, Yu Lei, Zhang Jiying.

© MC93.
© MC93.
Les Acteurs : Yu Shuai, Wang Hao, Yang Xiaotong, Gilles Arbona, Sun Shimin.
Les Musiciens : Cai Guoying, Hou Xiaojun, Hu Xiaopei, Liu Hai, Ma Yan, Wang Yue, Zhao Xuebo, Yang Zixia, Yao Li.

Lumières : Pierre Setbon.
Scénographie : Jean-Pierre Vergier.
Costumes : Huang Peilin, Ying Yu Qiu.
Accessoires : Wang Zhimin.
Maquillages : Tong Qun Yan.
Directeur de l’école : Wang Mingduo.
Traduction de San Daolin : Valérie Lavoix.
Traduction vers le chinois Prologue, récits de la rivière, récit de la fête des lanternes : Sarah Oppenheim.

Spectacle du 22 mai au 27 mai 2012.
Mardi à 19 h 30, mercredi à 20 h 30, vendredi à 14 h 30, samedi à 20 h 30 et dimanche à 15 h 30.
Théâtre MC 93, Bobigny, Seine-Saint-Denis, 01 41 60 72 72.
>> mc93.com

Du 29 mai au 2 juin 2012 : Théâtre de Caen (14), 02 31 30 48 00.
Du 6 au 9 juin 2012 : CNCDC Châteauvallon (83), 04 94 22 02 02.

Christine Ducq
Vendredi 18 Mai 2012

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique








À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019