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Lyrique

Torsten Kerl, fabuleux Tristan au Théâtre des Champs-Elysées

Nouvelle production de "Tristan und Isolde" avec Pierre Audi à la mise en scène et l'Orchestre national de France sous la baguette de Daniele Gatti, son directeur musical. Avec une distribution de haut niveau dominée par le fabuleux ténor Torsten Kerl, l'opéra de Richard Wagner distille son philtre puissant et hypnotique. Interview de Torsten Kerl.



© Vincent Pontet.
© Vincent Pontet.
Fortes impressions à la sortie du "Tristan und Isolde" pour cette deuxième représentation : l'impression évidemment toujours produite par cet opéra hors-norme, sans action réelle hormis "l'action intérieure" dont parlait le compositeur, et pourtant aux effets très puissants avec son écriture musicale inédite, son sujet mythique : la plus belle (et longue) nuit d'amour de l'histoire de l'opéra. Mais s'ajoute l'impression délectable d'avoir entendu cette fois le plus beau Tristan dont on puisse rêver - nous qui n'avons pas connu les Melchior, les Vickers, les Windgassen sur scène.

Si la mise en scène de Pierre Audi propose un théâtre de spectres, une épure dessinée dans un clair-obscur radical (les lumières de Jean Kalman sont très belles), elle n'est pas toujours d'une lisibilité absolue. Qu'en est-il de cette laide actualisation au troisième acte ?

L'Orchestre national de France est splendide - même si certains choix de leur chef du point de vue des dynamiques étonnent. Des moments de pure beauté, des fulgurances sublimes succèdent à un véritable fracas de la fosse quelque peu perturbant (par exemple dans la première partie du duo du deuxième acte, appelée "La jubilation de l'amour" au moment des retrouvailles des amants, où le spectateur ne jubile pas du tout). Daniele Gatti aurait-il oublié le sacro-saint "art de la transition" dont s'est enorgueilli R. Wagner ?

© Vincent Pontet.
© Vincent Pontet.
La distribution est excellente, même si on peut regretter que certains (Brangäne et Isolde en particulier) aient quelquefois à s'époumoner pour passer la fosse - trop insoucieuse d'eux. La jeune soprano Rachel Nicholls impressionne de toute façon et livre une belle Isolde. Vivons-nous l'époque du retour des grands chanteurs wagnériens ? Torsten Kerl en serait aussi la preuve. Sa puissante voix, capable de géniales nuances, lyrique avec éclat ou déchirante dans la morbidezza, et son aura sur scène en font un immense Tristan. La revue a souhaité en savoir plus.

Christine Ducq - Dans quelles circonstances avez-vous choisi de devenir chanteur alors que vous étiez musicien d'orchestre ?

Torsten Kerl - Le chant m'a toujours intéressé mais ce n'était qu'un hobby au départ. Alors que j'étais hautboïste au conservatoire (d'où je suis sorti diplômé), je prenais à l'extérieur des cours de chant avec un professeur particulier. Plus tard, j'ai décidé que je serai chanteur et que je deviendrai moi-même l'instrument.

Vous avez chanté le rôle de Paul dans la création à Paris de l'opéra de Korngold "La Ville morte", ainsi que Siegfried. Aimez-vous particulièrement chanter à Paris ?

Torsten Kerl - J'aime beaucoup chanter ici. C'est à Paris que j'ai commencé ma carrière : Paul est mon premier rôle. J'ai également choisi d'y chanter pour la première fois Siegfried, avec le chef Philippe Jordan. Sans compter les nombreux concerts donnés car le public ici est friand de mon répertoire. Wagner y a vécu d'ailleurs.

© Vincent Pontet.
© Vincent Pontet.
Quand avez-vous chanté Tristan pour la première fois ?

Torsten Kerl - C'était en 2009 au Festival de Glyndebourne, en Angleterre.

Dans quel état d'esprit abordiez-vous ce rôle épuisant alors ?

Torsten Kerl - D'abord, c'est un rôle extrêmement long, et puissamment émotionnel. Mon premier sentiment fut la conviction que je ne devais pas me laisser submerger par les sentiments forts qu'il pouvait provoquer et que je devais être très prudent, ne pas perdre de vue la technique. Ensuite, j'ai ressenti la fierté d'avoir à relever un tel défi artistique. Je pense au troisième acte où Tristan, seul, chante plus de cinquante minutes car Kurwenal intervient peu.

Et aujourd'hui, votre approche est-elle différente ?

Torsten Kerl - Chanter cet opéra, vraiment unique, est toujours un défi. Peu importe que vous le chantiez pour la première fois ou la trentième. C'est la même chose avec Siegfried ou Rienzi (un rôle encore plus long). Avec l'expérience, ce sont toujours des rôles très difficiles où je dois être endurant. Pour Tristan, je dois pouvoir proposer vocalement une évolution de mon personnage, du premier au troisième acte.

Avec l'âge, la voix change - et la mienne est plus puissante depuis quelques années - et des difficultés peuvent surgir, même si beaucoup de choses sont aussi plus faciles. Je sais aujourd'hui ce que je peux faire de ma voix.

Peut-on oublier Tristan, sa morbidité, en quittant la scène le soir ?

Torsten Kerl - À la différence d'un acteur de cinéma, le chanteur ne peut être entièrement possédé par son personnage. La musique fait toute la différence et il doit être attentif en permanence aux autres, écouter le chef, l'orchestre et ses collègues. Donc, le chanteur garde toujours une distance - même si, naturellement la musique de Wagner m'affecte toujours sur scène. Mais quand je rentre chez moi, j'ai laissé Tristan au théâtre !

© Vincent Pontet.
© Vincent Pontet.
Que pensez-vous de la vision de l'œuvre proposée par Pierre Audi ?

Torsten Kerl - Je pense qu'il s'agit d'une production très visuelle. Je la trouve d'esprit germanique - même si Pierre Audi n'est pas allemand - avec cette scénographie. En tant que chanteur, il m'est cependant difficile de la juger car je n'en ai pas la vision globale comme les spectateurs. J'aimerais en voir plus tard la vidéo.

Il met en scène un monde inquiétant, me semble-t-il ?

Torsten Kerl - C'est un monde détruit, quasi post-apocalyptique, où chacun vit seul, replié dans sa communauté. Une société unie n'existe plus.

Votre personnage ne rencontre et ne touche que très rarement celui d'Isolde. Pourquoi, à votre avis ?

Torsten Kerl - Pierre Audi s'est focalisé sur la dimension philosophique de l'opéra. Il ne s'intéresse qu'à la dimension désincarnée de l'amour, celui-ci étant lié à la mort.

Qu'en est-il de la direction du chef Daniele Gatti ?

Torsten Kerl - Ce que j'ai retenu de nos discussions pendant les répétitions, c'est qu'il veut livrer une version élégiaque de l'œuvre avec des moments aux tempi très lents. Et d'autres où les tempi sont très rapides. Il souhaite souligner les extrêmes de la partition, qui sont bien présents selon moi.

© Vincent Pontet.
© Vincent Pontet.
Quel est votre rôle préféré dans l'œuvre de Wagner ?

Torsten Kerl - Difficile à dire ! (Il rit). J'aime beaucoup Tannhäuser que j'ai chanté à Bayreuth. Et, bien-sûr, Tristan qui remporte toujours beaucoup de succès, quel que soit le pays.

Et dans votre vaste répertoire ?

Torsten Kerl - Richard Wagner et Richard Strauss me plaisent plus que tout. De même que Korngold - j'ai chanté le rôle de Paul cent-six fois ! Mais j'aime beaucoup aussi les musiques italienne, française et russe. Cela dépend des saisons.

Quels sont vos prochains engagements ?

Torsten Kerl - Je chanterai en octobre "La Dame de Pique" de Tchaïkovski (rôle d'Herman, Ndlr) puis en 2017 le rôle d'Enée dans "Les Troyens" de Berlioz au Staatsoper d'Hambourg. Je vais aussi donner un grand concert à Londres en avril 2017 avec, au programme, la Symphonie n°8 de Gustav Mahler (avec le London Philharmonic Orchestra, NDLR). Et je reviens en juin en France au Festival de Saint-Denis (les 23 et 24 juin 2016, NDLR) pour la 9e symphonie de Beethoven avec l'Orchestre national de France.

Interview réalisée le 16 mai 2016 (Propos traduits de l'anglais par nos soins).

© Vincent Pontet.
© Vincent Pontet.
Prochaines dates : 18, 21 et 24 mai 2016 à 18 h.
Diffusion sur France Musique le 25 juin 2016 à 19 h.

Théâtre des Champs-Élysées, 15, avenue Montaigne Paris 8e.
Tél. : 01 49 52 50 50.
>> theatrechampselysees.fr

"Tristan und Isolde" (1865).
Action musicale en trois actes.
Musique et livret de Richard Wagner (1813-1883).
En allemand surtitré en français.
Durée : 5 h 20 (avec deux entractes).

Daniele Gatti, direction musicale.
Pierre Audi, mise en scène.
Willem Bruls, dramaturgie.
Christof Hetzer, scénographie & costumes.
Jean Kalman, lumières.
Anna Bertsch, vidéo.

Torsten Kerl, Tristan.
Rachel Nicholls, Isolde.
Michelle Breedt, Brangäne.
Steven Humes, König Marke.
Brett Polegato, Kurwenal.
Andrew Rees, Melot.

© Vincent Pontet.
© Vincent Pontet.
Marc Larcher, Ein Hirt, Ein junger Seemann.
Francis Dudziak, Ein Steuermann.

Orchestre national de France.
Chœur de Radio France.
Stéphane Petitjean, direction du chœur.

Christine Ducq
Mardi 17 Mai 2016

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Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
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"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

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