La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Théâtre

"Brisby (blasphème)" Extinction "fabuleuse", vie et mort du monde d'après - 24/11/2023

Si certaines midinettes (tiens, ce mot n'a pas de masculin…) se repaissent encore de contes de fée pour s'évader à bon compte de notre monde délétère truffé d'injustices exponentielles et de guerres exterminatrices, on leur conseille – comme remède universel aux rêveries de pacotille – de se précipiter dans le monde selon "Brisby"… Là, sous des dehors souvent drôles, ce que l'on côtoie, paré d'un...  

"Cœur-Poumon" Un spectacle cœur à corps, sensible et fort comme la vie - 23/11/2023

Mona a besoin de revenir à l'hôpital dans lequel son enfant a été sauvé des années auparavant. Elle décide de retourner dans le service de réanimation de chirurgie cardiaque. Sa mémoire l'entraîne alors dans une chute et nous plonge dans le vertige de son passé. "Cœur-Poumon "est l'histoire d'une réparation : celle du cœur d'un tout petit enfant et, à travers elle, le portrait de ceux qui...  

"Duras-Platini" Morceau d'anthologie culturelle d'où se dégage, subtilement, une idée de la solitude - 21/11/2023

Décembre 1987. La célèbre romancière, Marguerite Duras reçoit Michel Platini, le non moins célèbre joueur de football, champion d'Europe, dans les bureaux du journal "Libé" lors d'un entretien de plus d'une heure. Ils échangent, digressent, s'appréhendent, se découvrent, parlent de football, de littérature, d'Italie, du drame du Heysel et… d'angélisme. Convoquée sur scène, la parole de ces deux...  

"Sitcom" Rejouer le maelström familial, jouir de son "ab-réaction" - 20/11/2023

Qui sommes-nous sinon la somme des influences vécues recomposées comme des tableaux vivants par notre mémoire labile ? Tout récit se prétendant des origines – y compris le premier d'entre eux, "La Bible" – est à prendre comme une fiction à vertu édifiante et (parfois) cathartique. Ainsi de cette "Sitcom" qui, à chaque représentation, tout en suivant une ligne dramaturgique immuable, donne lieu à...  

"Les téméraires"… Les deux faces d'une même lutte ! - 18/11/2023

Dans une très belle pièce qui nous fait remonter à la fin du XIXe siècle avec l'affaire Dreyfus, nous voici face à Zola et Méliès qui, au travers de leur art respectif, ont mené le combat pour la défense du capitaine français – de confession juive – accusé, par calomnie et mensonge, de trahison dans une France aux relents nauséabonds et antisémites. Deux personnages célèbres, Zola (interprété par...  

"La Grande Marée" Une quête allégorique pour redécouvrir cette Atlantide en chacun de nous - 17/11/2023

En 1989, un petit groupe de philosophes de la Freie Universität de Berlin, mené par le philosophe Ulrich Sonneman et l'anthropologue Dietrich Kamper, prévoit d'organiser une ambitieuse expédition maritime à la recherche de l'Atlantide, convaincu que l'engloutissement de la cité mythique se trouve à l'origine de notre fascination inconsciente pour la fin du monde. L'enjeu est moins de retrouver...  

"Le Rouge et le Noir" Vivisection des "passions tristes", chronique en-jouée d'une comédie humaine atemporelle - 15/11/2023

Et dire que l'on avait rangé ce monument stendhalien au rang des œuvres maitresses canonisées… Comme si tout avait été révélé au travers des exégèses savantes sur l'histoire édifiante de ce fils de scieur de planches, mal né dans une famille de rustres, et devenu – grâce à une ambition dévorante – un apprenti criminel dans la société louis-philipparde érigeant l'ordre libéral en valeur suprême....  

"Le Jour où je suis devenue chanteuse black" Une comédie musicale soul et autobiographique hautement réjouissante - 13/11/2023

Dans un spectacle drôle, émouvant et coloré, dédié à la mémoire de son grand-père afro-américain de Dallas, Claude Odell Dabbs (1920-2012), Caroline Devismes nous retrace sa propre histoire familiale, entièrement inspirée de faits réels, incroyables, mais vrais ! Épaulée à l'écriture par l'éclectique et inclassable Thomas Le Douarec (dont il faut souligner les déjà très nombreuses créations et...  

"Vie et mort d'un poète" "Depuis trop longtemps, la terre est un asile de fous qui ne laisse pas de place aux poètes" - 06/11/2023

Carme passe sa jeunesse à errer d'un métier à l'autre. Un jour, il a une révélation : il sera poète. Telle sera sa destinée. Il écrira des vers pour faire entendre sa voix. Mais Carme nourrit une autre ambition : il aimerait vivre de sa poésie. Son âme, éprise de reconnaissance, rêve de renommée. Par bonheur, il rencontre Nallia, une jeune femme fiancée à un grand éditeur. Celle-ci tombe sous le...  

"Hépatik Girl" Une épopée auto-immune virtuose et sans pareille ou "comment faire de l'or avec de la boue" - 07/11/2023

Dans le corps de Claire, trois maladies auto-immunes et inflammatoires ont élu domicile autour d'un même organe : le foie. La vie est une fête ! Encore plus lorsque Claire souhaite obtenir un prêt immobilier : elle doit prouver aux assurances qu'elle est en pleine forme, ne tombera pas malade et ne mourra jamais. Et s'il y "avait en nous quelque chose de cette jeune femme !", comme le dit la...  
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À découvrir

"Notre vie dans l'art", 1923-2023, "le siècle, il a passé"… et rien de nouveau à l'est… Un flamboyant Tchekhov contemporain

"La vie, elle a passé, on a comme pas vécu…", ainsi parlait Firs, le vieux valet de chambre de "La Cerisaie" d'Anton Tchekhov, pièce écrite dans le domaine de son ami comédien et metteur en scène Constantin Stanislavski… C'est ce même Constantin Stanislavski, auteur en son temps d'une "Notre vie dans l'art", qui se retrouve au cœur de la pièce éponyme écrite et mise en scène par Richard Nelson, auteur, metteur en scène américain et tchékhovien dans l'âme. Et si l'argument – "Conversations entre acteurs du Théâtre d'Art de Moscou pendant leur tournée à Chicago, 1923" – n'a pas changé d'un iota, ses échos contemporains sont eux particulièrement troublants.

© Vahid Amampour.
Quand, dans le cadre du Festival d'Automne, le Théâtre du Soleil ouvre grand ses portes monumentales de la Cartoucherie à cette nouvelle version de "Notre vie dans l'art", on se dit que ce choix ne peut rien devoir à un quelconque hasard… Et quand on découvre que c'est à Ariane Mnouchkine que l'on doit la traduction de la pièce, et que ce sont ses propres comédiens formés selon les canons artistiques animant son travail que dirige ici Richard Nelson, on n'est nullement surpris de reconnaître là le mantra commun à leurs deux univers : faire du théâtre une caisse de résonances de l'histoire en cours.

Dominant le plateau, comme dans un amphithéâtre antique, des rangées de gradins se font face. Entre une troupe de comédiens en costume de ville. Ils s'affairent à remettre en place les chaises renversées sur la longue table rectangulaire occupant l'espace central, ainsi qu'on peut le faire lorsque l'on revient dans une maison après absence. Il y a là Kostia (Constantin Stanislavski, directeur et acteur du Théâtre de Moscou), Vania, Richard (ancien acteur du même théâtre, exilé lui aux États-Unis), Olga (veuve d'Anton Tchekhov), Vassia et Nina (couple en proie aux tourments de la jalousie amoureuse), Lev et Varia, Masha et Lida, et Petia (jeune acteur soupçonné d'accointances avec les dirigeants de l'Union Soviétique).

Yves Kafka
29/12/2023
Spectacle à la Une

"L'Effet Papillon" Se laisser emporter au fil d'un simple vol de papillon pour une fascinante expérience

Vous pensez que vos choix sont libres ? Que vos pensées sont bien gardées dans votre esprit ? Que vous êtes éventuellement imprévisibles ? Et si ce n'était pas le cas ? Et si tout partait de vous… Ouvrez bien grands les yeux et vivez pleinement l'expérience de l'Effet Papillon !

© Pics.
Vous avez certainement entendu parler de "l'effet papillon", expression inventée par le mathématicien-météorologue Edward Lorenz, inventeur de la théorie du chaos, à partir d'un phénomène découvert en 1961. Ce phénomène insinue qu'il suffit de modifier de façon infime un paramètre dans un modèle météo pour que celui-ci s'amplifie progressivement et provoque, à long terme, des changements colossaux.

Par extension, l'expression sous-entend que les moindres petits événements peuvent déterminer des phénomènes qui paraissent imprévisibles et incontrôlables ou qu'une infime modification des conditions initiales peut engendrer rapidement des effets importants. Ainsi, les battements d'ailes d'un papillon au Brésil peuvent engendrer une tornade au Mexique ou au Texas !

C'est à partir de cette théorie que le mentaliste Taha Mansour nous invite à nouveau, en cette rentrée, à effectuer un voyage hors du commun. Son spectacle a reçu un succès notoire au Sham's Théâtre lors du Festival d'Avignon cet été dernier.

Impossible que quiconque sorte "indemne" de cette phénoménale prestation, ni que nos certitudes sur "le monde comme il va", et surtout sur nous-mêmes, ne soient bousculées, chamboulées, contrariées.

"Le mystérieux est le plus beau sentiment que l'on peut ressentir", Albert Einstein. Et si le plus beau spectacle de mentalisme du moment, en cette rentrée parisienne, c'était celui-là ? Car Tahar Mansour y est fascinant à plusieurs niveaux, lui qui voulait devenir ingénieur, pour qui "Centrale" n'a aucun secret, mais qui, pourtant, a toujours eu une âme d'artiste bien ancrée au fond de lui. Le secret de ce spectacle exceptionnel et époustouflant serait-il là, niché au cœur du rationnel et de la poésie ?

Brigitte Corrigou
08/09/2023
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
15/10/2023