La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Lyrique

Romie Estèves nous enchante au Festival de Laon

Avec son complice Jérémy Peret à la guitare, la mezzo Romie Estèves a brillamment clos la 31e édition du Festival de Laon avec son spectacle "Vous qui savez ce qu'est l'amour".



© DR.
© DR.
Ils ne sont pas si nombreux ces spectacles dont on ressort enchanté(e) avec le sentiment, de surcroît, que l'on vient de dénicher la pépite rare. C'est pourtant l'exact état dans lequel nous sortons de ce théâtre musical original, ni tout à fait opéra ni tout à fait one-woman-show, et pourtant tout cela à la fois. À partir de l'air de Cherubino, "Voi che sapete che cos'è amor", la mezzo Romie Estèves a imaginé un spectacle unique nous invitant à rentrer dans les arcanes des "Noces de Figaro" de Mozart. Le résultat se savoure sans temps mort, telle une incursion réussie à la fois hilarante et émouvante dans le chef-d'œuvre du divin compositeur, mais aussi au cœur des affres d'une artiste lyrique.

Danseuse, chanteuse et improvisatrice brillante, Romie Estèves joue tous les rôles et interprète une dizaine d'airs de l'opéra tout en nous racontant l'intrigue des "Noces", suivant de près le livret de Da Ponte (inspiré de la fameuse pièce de Beaumarchais). Le fil rouge du spectacle est tenu par le personnage de Cherubino, mais d'autres personnages revisités de façon très contemporaine par la verve de Romie Estèves nous raviront.

© DR.
© DR.
Le point de départ ? Dans un envers de décor de coulisses et de répétition, une chanteuse prépare une importante audition (c'est le récit-cadre) et les personnages des "Noces" s'empressent comme sortis de son cerveau. Ainsi, dans la mise en scène de Benjamin Prins, faisant appel à la vidéo de Lola Bastard, aux lumières d'Éric Blosse et à la création sonore de Baptiste Chouquet, le public accède tant au processus d'apprentissage d'un rôle qu'au déroulé des événements de "la folle journée", trame de l'opera buffa mozartien.

Accompagnée des envolées de la guitare classique ou électrique de l'excellent Jérémy Péret, Romie Estèves réalise un bel exploit tant pour le chant que pour le jeu - révélant dans le même temps un vrai talent d'écriture pour ce spectacle. Si nous "savons (désormais) ce qu'est l'amour", à coup sûr cette jeune artiste à la voix exquise, douée pour toutes les métamorphoses et dotée d'une énergie impressionnante, sait ce qu'est l'amour (décomplexé) du théâtre et de l'art lyrique. Une insolente et enthousiasmante façon pour Jean-Michel Verneiges, directeur artistique du Festival de Laon, de clore sa 31e édition consacrée aux "Vrais classiques".

© DR.
© DR.
Cette année encore, il aura su inviter les artistes, les formations chambristes et les orchestres nationaux qui comptent à jouer dans la belle cité des Hauts-de-France. Outre l'Orchestre Français des Jeunes de Fabien Gabel accompagnant Lise de La Salle en ouverture, Le Concert Spirituel d'Hervé Niquet, le fidèle Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Mikko Franck, Les Dissonances de David Grimal, l'Orchestre de Picardie (Arie van Beek) ou le National de Lille avec Jean-Claude Casadesus, les jeunes pousses locales ont à nouveau intégré le Jeune Symphonique de l'Aisne pour un beau concert de restitution.

Tous les ans en effet, un atelier mené (depuis dix ans) par François-Xavier Roth et dix chefs de pupitre des Siècles vise à éveiller la sensibilisation des jeunes des écoles de musique. Toujours soucieux de lier ambition artistique et démocratisation culturelle dans ce territoire, M. Verneiges (qui est aussi directeur de l'ADAMA*) entend de plus fêter dignement l'an prochain, dès septembre 2020, l'immense Beethoven dont on commémorera le 250e anniversaire de la naissance.

* L'ADAMA ou Association pour le développement des activités musicales du département de l'Aisne.

Festival de Laon
S'est déroulé du 6 septembre au 9 novembre 2019.


"Vous qui savez ce qu'est l'amour"
Un spectacle de Romie Estèves d'après Mozart, "Le Nozze di Figaro".

Spectacle en tournée.
Reprise au Théâtre de l'Athénée à Paris (où il a été créé) le 29 avril 2020.
>> romie-esteves.com

Christine Ducq
Vendredi 22 Novembre 2019

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique


Brèves & Com



Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À découvrir

"Salle des Fêtes" Des territoires aux terroirs, Baptiste Amann arpente la nature humaine

Après le choc de sa trilogie "Des Territoires", dont les trois volets furent présentés en un seul bloc de sept heures à Avignon lors du Festival In de 2021, le metteur en scène se tourne vers un autre habitat. Abandonnant le pavillon de banlieue où vivait la fratrie de ses créations précédentes, il dirige sa recherche d'humanités dans une salle des fêtes, lieu protéiforme où se retrouvent les habitants d'un village. Toujours convaincu que seul ce qui fait communauté peut servir de viatique à la traversée de l'existence.

© Pierre Planchenault.
Si, dans "La vie mode d'emploi", Georges Perec avait imaginé l'existence des habitants d'un bâtiment haussmannien dont il aurait retiré la façade à un instant T, Baptiste Amann nous immerge dans la réalité auto-fictionnelle d'une communauté villageoise réunie à l'occasion de quatre événements rythmant les quatre saisons d'une année. Au fil de ces rendez-vous, ce sont les aspirations de chacun qui se confrontent à la réalité - la leur et celle des autres - révélant, au sens argentique d'une pellicule que l'on développe, des aspérités insoupçonnées.

Tout commence à l'automne avec l'exaltation d'un couple de jeunes femmes s'établissant à la campagne. Avec le montant de la vente de l'appartement parisien de l'une d'elles, écrivaine - appartement acquis grâce au roman relatant la maladie psychiatrique du frère qui les accompagne dans leur transhumance rurale -, elles viennent de s'installer dans une usine désaffectée flanquée de ses anciennes écluses toujours en service. Organisée par le jeune maire survient la réunion du conseil consultatif concernant la loi engagement et proximité, l'occasion de faire connaissance avec leur nouvelle communauté.

Yves Kafka
17/10/2022
Spectacle à la Une

"Play/replay" The Rat Pack Compagnie fait son cirque… et son cinéma... Action !

Après le succès mondial de "Speakeasy", la compagnie circassienne The Rat Pack est de retour avec une création intitulée "Play/Replay". Explorant précédemment le genre "films de gangsters" au cœur d'un bar clandestin - que l'on appelait, au temps de la prohibition, un "speakeasy" -, nous les découvrons pour ce nouveau spectacle sur un plateau en plein tournage d'une scène caractéristique des "films d'action", le cambriolage d'un objet précieux. On retrouve donc avec plaisir ce qui fait aujourd'hui leur marque de fabrique… un cocktail explosif mêlant acrobatie, musique et cinéma… plus, cette fois-ci, l'humour décalé de Jos Houben !

© Zenzel.
Imaginez un joyau convoité, un œuf précieux - façon œuf de Fabergé - protégé par des faisceaux verts que l'on perçoit bien dans une nuit noire et volontairement enfumée. Quoi de mieux pour exercer ses talents d'acrobate que le franchissement subtilement chorégraphié de ceux-ci. Ainsi débute "Play/Replay" avec cette scène ô combien classique digne d'un "Mission Impossible", d'un Ocean's Twelve (référence directe à l'œuf) ou d'un James Bond... Et la magie opère. Les six artistes de The Rat Pack - usant souvent du jeu d'ombres chinoises et de ses effets de mystères en "noir et blanc" - déploient humour et créativité pour se jouer des codes de ce genre cinématographique et les détourner avec espièglerie et autodérision.

Au fil des séquences - certaines reproduisant des cascades ou des défis réputés impossibles, improbables ou nécessitants de judicieux trucages -, ils réalisent des numéros s'enchaînant avec fluidité, sans temps mort, où il est fait appel à la roue Cyr, aux nombreuses déclinaisons du main à main, aux multiples variations du corps à corps, aux périlleux exercices de voltige, etc. Ainsi, culbutes, chutes, bagarres, explosions, ralentis, flashbacks, courses-poursuites - tout autant haletantes que burlesques -, attitudes figées clownesques alimentent l'histoire qui nous est contée et les coulisses qui nous sont dévoilées.

Gil Chauveau
20/12/2022
Spectacle à la Une

Dans "Nos jardins Histoire(s) de France #2", la parole elle aussi pousse, bourgeonne et donne des fruits

"Nos Jardins", ce sont les jardins ouvriers, ces petits lopins de terre que certaines communes ont commencé à mettre à disposition des administrés à la fin du XIXe siècle. Le but était de fournir ainsi aux concitoyens les plus pauvres un petit bout de terre où cultiver légumes, tubercules et fruits de manière à soulager les finances de ces ménages, mais aussi de profiter des joies de la nature. "Nos Jardins", ce sont également les jardins d'agrément que les nobles, les rois puis les bourgeois firent construire autour de leurs châteaux par des jardiniers dont certains, comme André Le Nôtre, devinrent extrêmement réputés. Ce spectacle englobe ces deux visions de la terre pour développer un débat militant, social et historique.

Photo de répétition © Cie du Double.
L'argument de la pièce raconte la prochaine destruction d'un jardin ouvrier pour implanter à sa place un centre commercial. On est ici en prise directe avec l'actualité. Il y a un an, la destruction d'une partie des jardins ouvriers d'Aubervilliers pour construire des infrastructures accueillant les JO 2024 avait soulevé la colère d'une partie des habitants et l'action de défenseurs des jardins. Le jugement de relaxe de ces derniers ne date que de quelques semaines. Un sujet brûlant donc, à l'heure où chaque mètre carré de béton à la surface du globe le prive d'une goutte de vie.

Trois personnages sont impliqués dans cette tragédie sociale : deux lycéennes et un lycéen. Les deux premières forment le noyau dur de cette résistance à la destruction, le dernier est tout dévoué au modernisme, féru de mode et sans doute de fast-food, il se moque bien des légumes qui poussent sans aucune beauté à ses yeux. L'auteur Amine Adjina met ainsi en place les germes d'un débat qui va opposer les deux camps.

Bruno Fougniès
23/12/2022