Quantcast
La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Lyrique

"Roméo et Juliette, West Side Story", un mix-opéra déjanté au Festival Midsummer d'Hardelot

L'Ensemble Contraste et la Compagnie Deracinemoa ont offert un spectacle savoureux et désopilant dans le cadre charmant du Théâtre élisabéthain du Château d'Hardelot avec leur vison déjantée du chef-d'œuvre de William Shakespeare associé aux chansons de la célèbre comédie musicale de Leonard Bernstein. Une conclusion pleine de panache pour cette édition 2017 du Festival Midsummer, un des moments forts de la programmation culturelle de la Côte d'Opale.



© Martin Agyroglo.
© Martin Agyroglo.
Après un "Fairy Queen" (semi opéra d'après H. Purcell) qui a laissé un souvenir inoubliable de gaieté et d'invention jaillissante l'an dernier, l'Ensemble Contraste a renoué avec la Compagnie Deracinemoa pour nous offrir un "Roméo et Juliette" original et hilarant.

Contraste et ses quatre musiciens virtuoses, promoteurs d'allègres franchissements de frontières musicales - puisque leurs programmations inventives mêlent tous les répertoires - ne pouvait que partager l'utopie de la compagnie théâtrale venue des Arts de la rue. L'utopie d'un spectacle théâtral et musical destiné à tous : mélomanes comme amateurs, spectateurs du dimanche comme fins connaisseurs. Antienne connue et idée pas mal revendiquée, direz-vous. Sauf qu'ici, ça marche !

La recette n'est pas simple et il fallait y penser : mélangez le "Roméo" quelque peu réécrit du grand William par Laurent-Guillaume Dehlinger (vibrionnant metteur en scène et acteur) avec le célèbre musical de Arthur Laurents, Stephen Sondheim et Leonard Bernstein, ajoutez-y dérision, gags en tous genres et sollicitations du public invité à jouer certains personnages (muets ou pas, selon l'alacrité des impétrants).

© Martin Agyroglo.
© Martin Agyroglo.
Avec deux chanteurs lyriques (les Maria et Tony de la comédie musicale), cinq acteurs échangeant constamment leurs rôles (de préférence travestis) et des musiciens acteurs à part entière du spectacle, la danse et le mime n'étant pas oubliés, les artistes nous proposent un spectacle riche d'un comique de l'absurde typiquement british retrempé à l'énergie de l'improvisation.

La musique, personnage à part entière n'ayant pas peur d'exploser les cadres pour vagabonder de territoires en territoires (du classique avec Prokofiev ou Bach au klezmer, du jazz avec la version revisitée d'une chanson des Cure "Boys don't cry", aux chansons connues par tous de "West Side Story" ou des musicals de Baz Luhrmann), rythme les péripéties tour à tour burlesques ou tragiques des amants de Vérone ; des morceaux tous arrangés avec brio par Johan Farjot de Contraste.

Si le spectacle (créé et vu le 14 juillet) était encore en rodage et mériterait de gagner en rythme et en efficacité par la suppression d'une quinzaine de minutes de scènes un tantinet trop longues (il dure près de trois heures tel quel), il offre constamment fous rires et émotion. Tous se dépensent sans compter.

© Martin Agyroglo.
© Martin Agyroglo.
La mise en scène exploite avec talent la vidéo comme les espaces dévolus au public et sur scène tous les procédés du comique : on n'oubliera pas la nourrice de Juliette, bretonne bigoudène bavarde et folâtre, la mère de l'héroïne très "Priscilla, folle du désert", ou encore le Frère Laurent prêcheur à l'américaine plutôt gaffeur, entre nombreuses trouvailles délirantes. Irina de Baghy est une soprano au talent fou, qui se rit avec aisance des embûches d'un rôle exigeant. Sa Maria, très engagée scéniquement, est irrésistible.

Les musiciens de l'Ensemble Contraste créent un univers musical inédit aux tours et détours jouissifs avec leur maîtrise habituelle non dénuée d'humour. Tous prouvent que la volonté de toucher le public le plus large n'exclut pas la possibilité d'une folle ambition artistique et culturelle la plus digne d'estime et ce, dans le cadre enchanteur du théâtre élisabéthain imaginé par l'architecte Andrew Todd sur le modèle du Globe londonien.

Le Festival Midsummer d'Hardelot s'est déroulé du 24 juin au 15 juillet 2017.

© Martin Agyroglo.
© Martin Agyroglo.
Prochaine date :
Festival Les Antiques de Glanum de Saint-Rémy de Provence le 21 juillet 2017 à 20 h 45.

"Roméo et Juliette, West Side Story"
Semi opéra pour violon, violoncelle, clarinette, claviers, 2 chanteurs et 4 comédiens.
Contraste Productions, direction artistique d'Arnaud Thorette.
The Company Deracinemoa.
Adaptation, mise en scène et scénographie de Laurent-Guillaume Dehlinger, assisté d'Amélie Patard.
Cédric Bachorz, images.
Johan Farjot, direction musicale et arrangements.
Irina de Baghy, soprano.
Constantin Goubet, ténor.
Comédiens : Mathilde Labé, Amélie Patard, Jean-Luc Prévost, Olivier Piechaczyk, Laurent-Guillaume Dehlinger.
Ensemble Contraste.
Arnaud Thorette, violon.
Antoine Pierlot, violoncelle.
Jean-Luc Votano, clarinette.
Johan Farjot, claviers.

Christine Ducq
Lundi 17 Juillet 2017

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

Fred Pallem et Le Sacre du Tympan racontent les Fables de La Fontaine

Excellente idée que celle de Fred Pallem, musicien compositeur aux multiples talents et goûts musicaux, de revisiter avec quelques belles notes revigorantes "Les Fables de La Fontaine", quatorze plus précisément, qui sont racontées par une belle "brochette" d'artistes, des fidèles parmi les fidèles ou des - nouvellement ! - copains et copines.

Concert
En ces temps si particuliers, où nous sommes coincés - petits et grands - dans nos lieux de vie, notre disponibilité pour lire, écouter, songer, affabuler, s'évader sur des histoires anciennes ou nouvelles, est grande. C'est l'occasion aussi de redécouvrir nos classiques, mais en mode inédit, portés par des phrasés mélodiques et des conteurs aux personnalités affirmées et talentueuses.

S'il y a bien un compositeur à qui l'on ne peut pas reprocher de raconter des fables, c'est bien Fred Pallem. En plus de vingt ans de compositions et de concerts, jamais il ne se répète. Depuis son premier album avec sa formation "Le Sacre du Tympan" (en 2002) jusqu'à sa dernière "Odyssée" en 2018, en passant par ses passions cinématographiques - "Soundtrax" (2010), "Soul Cinéma" (2017) -, voire celles aux dessins animés de son enfance - Cartoons (2017) - et à des compositeurs comme François de Roubaix, jamais il n'a cessé d'innover, de créer.

Mais ce que l'on sait moins, c'est que Fred Pallem est également un amoureux des mots. On peut le constater avec les multiples collaborations qu'il a eues avec des chanteurs et chanteuses comme Lavilliers, Barbara Carlotti, MC Solaar, Clarika, etc. Mais aujourd'hui, avec ce nouvel album, les mots prennent le devant. "Tout d'abord, j'avais envie de composer de la musique autour d'une voix parlée ; m'imprégner du rythme des mots et de leurs sons, ressentir le tempo de la diction, puis écrire de la musique à partir de cela. Nous avons donc enregistré les voix en premier et les musiques ensuite."

Gil Chauveau
15/11/2020
Spectacle à la Une

"Rabudôru, poupée d'amour" Une expérience intime de théâtre filmé, diffusée en direct via le web

L'incidence de la mise en sommeil de tous les spectacles, en ce mol novembre 2020, n'est pas la seule raison de cette représentation destinée aux internautes à laquelle nous à conviée la Compagnie La Cité Théâtre. Dès la conception du spectacle, Olivier Lopez, auteur et metteur, envisageait une double vision du spectacle : une en contact direct avec le public de la salle, l'autre en streaming par captation en temps réel.

© Julien Hélie.
"Le "ciné live stream" est un autre regard sur l'histoire de "Rabudôru". Accessible en ligne, cette "dématérialisation" interroge l'expérience théâtrale, la place du(de la) comédien(ne), entre l'image et le plateau. (Olivier Lopez/Dossier de presse).

Le plateau de théâtre devient également plateau de cinéma, avec cadreurs, techniciens et cabine de réalisation intégrée. Le but est de rechercher d'autres rapports à la scène que cet éphémère "ici et maintenant" dont le spectacle vivant a toujours été fier et dépendant. C'est un ici au ailleurs que propose Olivier Lopez mais pas seulement.

Le filmage en direct apporte, dans certaines scènes, une proximité, une intimité avec les personnages sans le filtre de la déclamation théâtrale. Les expressions en plans rapprochés semblent plus fortes. Les cadrages permettent d'oublier un temps le reste du décor plateau et s'immerger plus profondément dans la scène, passer d'un lieu à un autre avec souplesse et précision.

Bruno Fougniès
16/11/2020
Sortie à la Une

"Zaï Zaï Zaï Zaï" Road movie déjanté… Tout ça pour un poireau !

Ne devoir son salut qu'à un légume à bulbe blanc et à longues feuilles vertes, brandi sous le nez d'un vigile expert en roulade arrière dissuasive, marque le point de bascule de ce jeune homme - peu recommandable, il est auteur de BD - venant de commettre l'impensable : ne pas avoir été en mesure de présenter sa carte de fidélité à la caissière ! Telle est l'origine de la folle cavale du "héros" échappé de l'album éponyme de Fabcaro pour être porté sur la scène par Angélique Orvain, réalisant là une prouesse propre à rendre lumineuse toute grisaille.

© Romain Dumazer.
Dans un dispositif immergeant le spectateur au cœur de l'action effrénée - pas moins de quatre podiums disposés en cercle, éclairés tour à tour, incluent le public dans des tableaux vivants -, l'épopée du fuyard décrété ennemi numéro 1 par la vox populi reprenant en chœur les voix des médias et des représentants de l'ordre va être vécue de manière haletante. L'occasion pour l'auteur et la metteure en scène, fins observateurs des travers contemporains, de croquer à pleines dents les errements hilarants des conduites dites "ordinaires".

En effet ces "arrêts sur images", joués superbement par huit acteurs tirant parti avec intelligence des ressorts du théâtre de tréteaux et des ralentis cinématographiques, passent au scanner les dérives de la pensée commune érigée en système de pensée. Aucun milieu n'y échappe. Pas moins les complotistes avachis devant leur téloche, les bobos contents d'eux-mêmes lisant Les Inrocks ou Le Monde Diplomatique, les artistes charitables réalisant un album de soutien à l'auteur de BD à la dérive, les forces de l'ordre au képi bas, et encore moins les journalistes des chaînes d'infos en continu commentant en boucle l'absence d'infos.

Éberlué par tant de perspicacité bienveillante mais non moins mordante, on jubile… Rien ne nous est épargné du grotesque qui sous-tend les comportements de la meute de ces (braves) gens commentant avidement la cavale du dangereux mécréant ayant bravé l'interdit suprême des fidèles du "Temple de la consumation". Et si le trait est grossi à l'envi, il déforme à peine la réalité des travers.

Yves Kafka
29/10/2020