La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Lyrique

Respirez le bon "ayre" près de votre oreille !

L'Ensemble Près de votre oreille dirigé par Robin Pharo propose fin mars un nouveau disque, "Come Sorrow", consacré aux ayres et songs de quatre compositeurs du siècle d'or anglais. Un répertoire élisabéthain que les trois artistes du consort défendront aussi sur la scène du Théâtre de l'Athénée.



Enregistrement au Château d'Hardelot © Rita Cuggia.
Enregistrement au Château d'Hardelot © Rita Cuggia.
Jeune talent désormais bien identifié et complice de nombreux consorts en vue (les Ensembles Desmaret, La Rêveuse et Stravaganza), le gambiste Robin Pharo a fondé en 2017 l'Ensemble "Près de votre oreille" qui défend (comme son nom l'indique) un répertoire intimiste baroque et contemporain. C'est justement le petit théâtre intime des songs et ayres de la Renaissance anglaise que défend son CD "Come Sorrow", fruit d'un long processus de création. Avec des artistes et amis comme la mezzo Anaïs Bertrand, la basse Nicolas Brooymans et le luthiste Thibaut Roussel, Robin Pharo a souhaité faire découvrir au grand public un répertoire plus rare.

Au programme, Robert Jones (1577-1617), composteur et luthiste très connu de son temps et attaché à la cour d'Elisabeth 1ère (aujourd'hui oublié) ainsi qu'Alfonso Ferrabosco II (une gloire au tournant des XVIe et XVIIe siècles dans cette même cour anglaise) aux côtés de musiciens aux noms plus familiers tels John Dowland et Tobias Hume. Écrit par l'auteur de quatre recueils de songs publiés, c'est justement le "Come Sorrow" de Robert Jones, un des meilleurs luthistes de son temps, qui ouvre l'enregistrement et lui donne son nom.

Un "ayre" - cette composition brève pour voix accompagnée par un ou plusieurs instruments créant une atmosphère ou une situation dramatique - qui donne le ton d'un très beau disque en installant un climat d'une fine mélancolie. Ce seront tour à tour la joie ou l'élan mystique comme les blessures de l'amour - délices habituels de cette musique profane de cour - que parcourt en plus d'une heure le CD "Come sorrow".

Ensemble Près de votre oreille © Rita Cuggia.
Ensemble Près de votre oreille © Rita Cuggia.
La pureté de la voix et l'intelligence de l'interprétation d'Anaïs Bertrand (membre du chœur Aedes depuis 2010) offre ici comme dans les chansons suivantes un beau contraste avec celle de la basse N. Brooymans. Les entrelacs, ornementations et variations des voix sont toujours parfaitement magnifiés par les riches sonorités et harmonies de la viole de gambe de Robin Pharo (également à la direction) et du luth de Thibaut Roussel. Les parties instrumentales ("Dowland's a dew for Master Cromwell" par exemple) alternent avec les chansons d'amour ou de plaintes, voire même la fantaisie militaire des compositions de Tobias Hume (1569-1645).

Un programme à découvrir comme on fait un voyage dans le temps, les textes atteignant souvent à la beauté du style poétique shakespearien. Comme dans ce "Love wing'd my hopes" de Robert Jones (et son premier vers : L'Amour donna des ailes à mon Espoir et m'apprit à voler) - même si la prononciation moderne de l'anglais a été préférée par les artistes.

Avec une remarquable prise de son, ce geste artistique bénéficie de surcroît de la belle acoustique du théâtre de bois élisabéthain du Château d'Hardelot. Signalons encore que les instruments des deux musiciens ont été spécialement fabriqués pour ce projet : la viole à six cordes de Robin Pharo par la luthière Judith Kraft (l‘archet par Claire Berget) et le luth à sept choeurs de T. Roussel par Maurice Ottiger.

Robin Pharo et son consort envisage de donner une suite à cette réalisation des plus réussie avec huit musiciens (quatre chanteurs et quatre instrumentistes) dont le titre est déjà trouvé, "Blessed Echoes". Il a initié par ailleurs un compagnonnage étroit avec le jeune compositeur Fabien Touchard intéressé par la viole de gambe - un instrument qui a aussi inspiré un George Benjamin ou un Philippe Hersant.

Robin Pharo à Hardelot © Rita Cuggia.
Robin Pharo à Hardelot © Rita Cuggia.
● "Come Sorrow" (2019)
Ensemble Près de votre oreille, direction Robin Pharo.
Label : Paraty.
Sortie : 29 mars 2019.

Concert le 1er avril 2019 à 20 h,
au Théâtre de l'Athénée Louis Jouvet, Paris 9e.
Tél. : 01 53 05 19 19.
>> athenee-theatre.com

Christine Ducq
Samedi 23 Mars 2019

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019