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Lyrique

Opéra "Les Caprices de Marianne" : trois entretiens avec des artistes lyriques en devenir

Pour la deuxième fois en France, à l'initiative du Centre Français de Promotion Lyrique, quinze maisons d'opéra coproduisent une œuvre rare du répertoire français et permettent ainsi la découverte de jeunes et talentueux chanteurs auprès d'un vaste public. Nous avons rencontré trois des artistes qui nous promettent des lendemains qui chantent (très bien) : la soprano Aurélie Fargues, le ténor François Rougier et le baryton Marc Scoffoni.



Marc Scoffoni © Alain Julien.
Marc Scoffoni © Alain Julien.
Des deux distributions choisies sur audition parmi plus de 230 chanteurs en 2013, nous avons eu le plaisir de découvrir celle qui se produisait le 18 octobre 2014 à l'Opéra de Reims, point de départ de la tournée (qui se déroulera en France jusqu’en 2016). Cette recréation d'un opéra de Henri Sauguet, "Les Caprices de Marianne" (voir notre article du 9 octobre 2014), a permis de refaire connaissance avec une œuvre charmante du répertoire français et d'admirer la fine fleur du chant lyrique réunie à cette occasion.

Citons la Hermia de Julie Robard-Gendre, le Claudio de Norman D. Patzke, le Tibia burlesque de Carl Ghazarossian, le Chanteur de sérénade de Guillaume Andrieux, l'Aubergiste de Xin Wang et la Duègne irrésistible de Jean-Vincent Blot. Pour les trois rôles-titres, écoutons-les nous parler de leur expérience (pour des raisons techniques seule l'interview d'Aurélie Fargues est livrée telle quelle).

Première rencontre : François Rougier, rôle de Coelio

Julie Robard-Gendre et François Rougier © Alain Julien.
Julie Robard-Gendre et François Rougier © Alain Julien.
Christine Ducq pour La Revue du Spectacle - Pour cet opéra, dont le livret suit d'assez près la pièce d'Alfred de Musset, comment percevez-vous votre rôle ?

François Rougier - C'est un personnage qui a du mal à trouver sa place dans la vie. Il fait chanter quelqu'un à sa place (la sérénade à Marianne pour déclarer son amour NDLR) en envoyant son ami Octave. Il est un peu dépressif. Ce n'est jamais lui qui agit, il faut toujours qu'il fasse agir quelqu'un à sa place parce qu'il n'ose pas y aller. On a l'impression qu'il abandonne assez facilement. Et en même temps, on se dit qu'avec un ami comme Octave, il a dû connaître un temps - avant de tomber amoureux de Marianne - où il aimait mener avec lui une vie de fête perpétuelle. C'est un garçon introverti, timide, qui voudrait mais qui ne peut pas tout seul. Il a du mal à prendre sa vie en main et il a un rapport un peu compliqué à sa mère (Hermia NDLR). Cela vient peut-être de là.

Vous avez magnifié ce personnage avec votre voix au timbre riche. Pour autant, Raymond Duffaut nous confiait tout à l'heure que les rôles des "Caprices de Marianne" étaient difficiles à chanter.

François Rougier - Je dirais que la partition est un peu compliquée parfois. Pas pour ceux qui l'écoutent mais pour ceux qui ont à la faire. Vocalement, il n'y a pas de grandes difficultés. Ce sont des personnages complexes. Il faut réussir à intégrer suffisamment les difficultés de la partition pour qu'elles n'apparaissent pas, pour que les dialogues restent fluides et les situations naturelles. C'est un peu cela la difficulté de cette musique qui est très écrite avec des mesures 5/8 ou 7/8 sur lesquelles on a tendance à marquer les temps forts. Or il faut réussir à gommer tout cela pour que la langue soit fluide. Quand on arrive à cela, on s'aperçoit que c'est très bien écrit pour être chanté comme si nous étions en train de discuter. C'est tout le challenge.

Cette tournée de deux ans des "Caprices" à l'instigation du CFPL vous semble-t-elle importante pour votre carrière ? Arrive-t-elle à point nommé pour vous ?

François Rougier - Oui, elle arrive à un bon moment. Il est toujours intéressant à un moment dans la vie d'un chanteur d'expérimenter un rôle tel que celui de Coelio, de le chanter plusieurs fois et dans plusieurs maisons et de le laisser mûrir pendant les deux ans que va durer la tournée. Pour le nourrir à chaque fois de quelque chose de plus.

Deuxième rencontre : Marc Scoffoni, rôle d'Octave

François Rougier et Marc Scoffoni © Alain Julien.
François Rougier et Marc Scoffoni © Alain Julien.
Vous avez récolté des acclamations ce soir amplement méritées. Comment avez-vous appréhendé le rôle d'Octave ?

Marc Scoffoni -
C'est un rôle plutôt long, un des rôles les plus longs que j'ai eu à faire et qui demande beaucoup de travail, tant au point de vue musical qu'au point de vue théâtral. On a essayé avec le metteur en scène Oriol Thomas de s'attacher aux vraies relations entre les personnages, mais il ne fallait pas perdre de vue la musique de Sauguet. Musique qui n'est pas évidente de prime abord mais qu'on a essayé de rendre la plus naturelle possible pour intéresser le public et nous-mêmes aussi.

Les rôles des "Caprices de Marianne" sont-ils difficiles à chanter ?

Marc Scoffoni - La partition est assez tendue pour la soprano (Aurélie Fargues NDLR). Pour le baryton, elle va jusqu'à un la aigu - pour les connaisseurs. Il y a quelques sol et des fa dièse. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus simple dirons-nous. Mais l'énergie du personnage permet de s'en sortir sans trop de difficultés.

Aurélie Fargues et Norman D. Patzke © Alain Julien.
Aurélie Fargues et Norman D. Patzke © Alain Julien.
Vous avez interprété Octave en le tirant vers le burlesque à l'acte I, puis vous avez ensuite exploré son versant mélancolique.

Marc Scoffoni - Oui, c'est l'avantage du personnage. Il permet de présenter toute une palette de sentiments. Au début, on est dans le carnaval et c'est un jouisseur. Il boit et il profite de la vie. Lorsque son ami Coelio lui demande son aide, il est très content de le faire. Il est très fidèle en amitié. Il est séduit par Marianne jusqu'à un certain point mais il refuse de succomber, et préfère se sacrifier plutôt que d'en profiter lui-même.

Est-ce que cette coproduction des "Caprices de Marianne" est une étape intéressante dans votre carrière ?

Marc Scoffoni - Je crois que le succès des auditions a été tel que nous étions plus de deux cents chanteurs à vouloir participer à cette aventure. C'est une réussite. La mise en scène est merveilleuse et toute la troupe s'entend très bien. Tous mes collègues sont sympathiques et tous très talentueux. C'est un plaisir de travailler avec eux. "Les Caprices" sont un vrai tremplin. Nous avons la chance de voyager et de visiter quinze maisons d'opéra différentes. Pour nous, c'est vraiment une belle vitrine. Participer à un tel spectacle c'est un honneur ! Cette tournée permettra peut-être de fidéliser un nouveau public. Cet opéra de Henri Sauguet est une œuvre plutôt destinée à un large public contrairement à ce qu'on pourrait penser. Je crois que c'est une bonne décision de programmer "Les Caprices de Marianne".

Troisième rencontre : écoutez l'interview d'Aurélie Fargues (rôle de Marianne)

141018_001.mp3 141018_001.MP3  (4.17 Mo)

Interviews réalisées le 18 octobre 2014.

Calendrier de la tournée :

Opéra-Théâtre de Metz Métropole : 21 & 23 novembre 2014.
Opéra de Massy : 5 & 7 décembre 2014.
Opéra de Marseille : 29, 30, 31 janvier & 1er février 2015.
Opéra de Tours : 13, 15, 17 février 2015.
Opéra de Rennes : 23, 25 & 27 mars 2015.
Opéra Grand Avignon : 12 & 14 avril 2015.
Opéra-Théâtre de Saint-Étienne : 14, 16 & 18 octobre 2015.
Opéra de Nice : 4 représentations en novembre 2015.
Opéra de Rouen Haute-Normandie : 11, 13 & 15 décembre 2015.
Théâtre du Capitole de Toulouse : 22, 24, 26, 29 & 31 janvier 2016.
Opéra national de Bordeaux : 19, 21, 22 & 23 février 2016.
Opéra-Théâtre de Limoges : 10 & 12 mai 2016.
Avant-Scène opéra/ Neuchâtel (Suisse) : une représentation (date à définir).

La production fera aussi l'objet d'une captation par France 3.

Christine Ducq
Vendredi 31 Octobre 2014

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