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Pièce du boucher

Le festival d'Avignon à l'heure de l'accord de Paris sur le climat… Pour un plan "Planète Avignon"

Les rues historiques d'Avignon vont connaître dans la foulée du festival officiel la frénésie annuelle de son festival Off de théâtre, un des principaux marchés mondiaux du spectacle vivant. Une foultitude de spectacles (1500 en 2017) y est présentée. De ces spectacles que l'on verra partout dans les mois prochains en France (du moins pour ceux qui auront trouvé des acheteurs et des diffuseurs) dans des salles de petite et moyenne jauge et qui constituent une grande partie de l'irrigation culturelle du territoire.



© AF&C - Cédric Delestrade/AMC.
© AF&C - Cédric Delestrade/AMC.
Dans le même temps l'accord de Paris sur le climat connaît une extraordinaire publicité par le désengagement de l’État fédéral américain. Les commentaires des uns et des autres provoquent sur internet un pic de consommation d'électricité (y compris de la part du rédacteur de cette chronique). C'est à très court terme un petit bénéfice supplémentaire pour l'industrie charbonnière qui contribue encore majoritairement à produire cette énergie. (Les électrons ne connaissent pas les frontières politiques).

Ce détour ironique de l'histoire renvoie tous les acteurs économiques à leurs responsabilités et contradictions comportementales. Il existe un écart entre les intentions et les actions un espace d'incantation proche de la procrastination. Ces contradictions peuvent être observées dans le secteur des arts vivants avec d'autant plus d'évidence que le plateau de théâtre avec l'art du bricolage qui le caractérise confronte et agence les rêves et réalités du monde réel et pour ce faire use à la fois des ressources des dernières technologies et des techniques les plus archaïques. Le théâtre est un microcosme dynamique.

La loi de transition qu'a voté le parlement français a pour objet de faire évoluer les secteurs économiques vers une activité conforme à une limitation des conséquences de la modification climatique en corrigeant ou compensant les usages notamment carbonés.

Le théâtre qui représente une haute valeur ajoutée dans l'expression des mythes et rites qui soudent toute société humaine a certainement un rôle à jouer pour mettre à jour les usages à naître dans la période de transition.
Nous avons l'occasion de réagir, de réfléchir à cette situation et de passer aux actes, d'en finir avec les actions de sensibilisations et les commentaires, d'ignorer les climato-sceptiques et les cyniques, pour basculer dans l'optimisme actif.

De CONCRÉTISER, chacun pour sa partie. D'avoir pour le grand rendez-vous du théâtre un plan Planète Avignon opérationnel à terme.

La Revue du Spectacle lance le débat.

À suivre demain.

Jean Grapin
Mercredi 5 Juillet 2017

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À découvrir

Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

Besoin de se dérouiller un peu les jambes, de se plaindre de la cohue qu'elles subissent tous les jours, de se rappeler des souvenirs "d'enfance" ou de se réchauffer les nerfs aux rivalités les plus classiques, rivalités de notoriété, de séduction ou d'âge, car ces quatre figures font bien partie des représentations de l'idéal féminin en compétition, telle sera la course qu'elles mènent avec fougue et sensualité.

L'idée de départ aurait pu devenir banale et vaine sans l'inventivité que les autrices, les interprètes et le metteur en scène ont déployé. Le texte de Claire Couture et Mathilde Le Quellec ancre résolument son ton dans la fantaisie, le jeu de répliques et l'humour. Les deux autrices ont laissé libre cours à leur imaginaire en gardant un point de vue moderne. Elles dessinent des tempéraments rugueux, explosifs et inattendus, qui tranchent avec les idées convenues que l'on forme face à ces représentations idéalisées de la femme : ce que cache le visage, l'apparence, l'esthétique.

Bruno Fougniès
18/10/2022
Spectacle à la Une

"Huis clos" Sommes-nous acteurs de notre destin ou de simples marionnettes ?

Garcin, Inès et Estelle, un homme et deux femmes, se retrouvent enfermé(es) dans un salon où la lumière ne s'éteint pas et duquel il est impossible de sortir. Ils comprennent qu'ils se trouvent en Enfer et se racontent leurs histoires. Ainsi se noueront entre eux des relations complexes qui ne se révèleront pas toujours réciproques.

© Anthony Dausseur.
Est-ce bien raisonnable de retourner assister à une énième représentation de "Huis clos", ce texte incontournable du théâtre français écrit, fin 1943 - début 1944, par le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre ? Une de ses plus belles œuvres et aussi une des plus jouées.
Quand on aime, on ne compte pas, semble-t-il.

Au Laurette Théâtre, une petite salle intimiste de quartier, se joue une nouvelle version de cette célèbre pièce, interprétée par deux comédiennes et un comédien attachant(es) et investi(es) : Sebastian Barrio, Karine Battaglia et Laurence Meini.

La proximité du public avec la scène et, de ce fait, le contact très proche avec les personnages renforcent très largement la thématique de la pièce. Rares ont été les fois où cette sensation d'enfermement a pu nous envahir autant, indépendamment des relations tendues qui se tissent progressivement entre les personnages et qui de ce fait sont décuplées.

Brigitte Corrigou
24/10/2022
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
20/09/2022