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Lyrique

L'éternelle jeunesse d'"Orphée" par l'Académie de l'Opéra de Paris

Les jeunes artistes en résidence à l'Académie de l'Opéra de Paris revivifient pour cinq représentations le premier chef-d'œuvre de l'opéra, "La Favola d'Orfeo" de Claudio Monteverdi. Les jeunes chanteurs, accompagnés de l'ensemble Les Cris de Paris, font souffler un vent de fraîcheur sur l'antique légende par leur talent mais aussi grâce à une mise en scène inventive et poétique.



© Studio J'adore ce que vous faites.
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"La légende d'Orphée" n'est pas le premier opéra de l'histoire occidentale quand il est créé à Mantoue à la cour des Gonzague en 1607, mais il s'impose assurément comme le premier chef-d'œuvre du genre. S'inspirant des innovations des compositeurs de la Camerata florentine (1), Claudio Monteverdi va surpasser ses devanciers en soumettant complètement pour la première fois la musique au drame. Confiant le livret à un musicien (auteur d'intermèdes chantés), Alessandro Striggio, il opère une synthèse entre les pratiques vocales de son temps (en les enrichissant) et une manière nouvelle : l'importance accordée à l'orchestre, l'utilisation subtile à des fins expressives et dramatiques des instruments dans l'écriture et le renforcement du rôle du chœur.

Le choix du compositeur et du librettiste se porte ainsi sur le mythe d'Orphée, ce poète, fils de la Muse Calliope et du dieu Apollon - cette rêverie sur la perte irrémédiable comme signe et nécessité de l'art. Orphée, capable d'émouvoir toute la création avec sa lyre, aime la nymphe Eurydice et la perd. Grâce à son chant, ce mortel sera autorisé au mépris de la loi divine à l'arracher à l'Erèbe - à la condition de ne jamais se retourner pour la regarder. Nous connaissons tous la suite.

Julie Bérès, assistée du scénographe Julien Peissel, nous emmène sur les traces du Poète dans une très belle proposition de mise en scène à la fois onirique et poétique. Dans un superbe clair-obscur dû aux lumières de Cathy Olive, l'allégorie de la Musique du prologue cache sous son immense jupe les protagonistes du drame. Quand cet ingénieux tissu se retrousse sur un plateau entièrement recouvert de vrai gazon, la pastorale du premier acte peut débuter avec ses bergers et ses nymphes. Évoquant la magie du théâtre baroque à machines tout en empruntant aux arts visuels les plus modernes, une série de tableaux à l'invention renouvelée exaltent la beauté de l'opéra.

© Studio J'adore ce que vous faites.
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Et on ne peut qu'admirer la performance parfaite des Cris de Paris (musiciens, chanteurs et danseurs). L'ensemble sur instruments anciens dirigé par leur chef Geoffroy Jourdain recrée avec une rare intelligence du texte une des plus admirables partitions qui soient. Dans l'intimité de l'Amphithéâtre de Bastille, les riches sonorités des instruments comme les voix des chanteurs nous invitent à un voyage sensible dans le temps et dans l'espace : dépaysement garanti.

Le baryton polonais Tomasz Kumiega, au charisme vocal incontestable, est un Orphée tout de douleur intériorisée. Si l'agilité pour les fioritures du chant n'est pas tout à fait évidente (2), sa très belle voix nous emporte aisément sur les plaines de Thrace ou aux Enfers. Elle forme avec le soprano délicieux de Laure Poissonnier un duo des plus réussis. Dans leur sillage, tous les chanteurs de l'Académie nous charment : la Musique délicate de Pauline Texier, la Proserpine passionnée de Gemma Ni Bhrlain ou le Pluton inquiétant de Mikhail Timoshenko. Après celle du Charon de Andriy Gnatiuk, l'apparition finale d'Apollon (intense Damien Pass) achève de nous ravir - tout droit au ciel. Petit conseil : installez-vous au premier rang et laissez vos pieds nus fouler ce frais tapis de verdure…

(1) À la fin du XVIe siècle, une élite de nobles cultivés à Florence accueille et encourage les compositeurs Jacopo Peri, Giulio Caccini, Emilio de Cavalieri ou encore Vicenzo Galilei (Galilée donc), favorisant ainsi la création des premiers opéras, inspirés du théâtre antique. C'est la fameuse Camerata florentine.
(2) Le rôle d'Orphée a été créé par un castrat.

© Studio J'adore ce que vous faites.
© Studio J'adore ce que vous faites.
Prochaines représentations les 17, 19 et 21 mai 2016 à 20 h.
Opéra national de Paris,
Place de la Bastille, Paris 12e.
Tél. : 08 92 89 90 90.
>> operadeparis.fr

"La Favola d'Orfeo" (1607).
Légende en musique en un prologue et cinq actes.
Musique de Claudio Monteverdi (1567-1643).
Livret d'Alessandro Striggio fils.
En italien surtitré en français.
Durée : 2 h 15 avec entracte.

Geoffroy Jourdain, direction musicale.
Julie Bérès, mise en scène.
Mirabelle Ordinaire, assistante à la mise en scène.
Julien Peissel, scénographie.
Aurore Thibout, costumes.
Cathy Olive, lumières.
Stéphanie Chène, chorégraphie.
Christian Archambeau, vidéo.
Leslie Six, dramaturgie.
Philippe Dupuy, dessin.

Chanteurs de l'Académie de l'Opéra national de Paris.
Orchestre et chœur Les Cris de Paris.

Christine Ducq
Vendredi 20 Mai 2016


1.Posté par josette le 20/05/2016 23:22
le rôle d'Orfeo n'a pas été créé par un castrat, vous confondez certainement avec celui de Luigi Rossi

2.Posté par GF le 21/05/2016 10:33
C'est le célèbre ténor Francesco Rasi, musicien renommé et élève de Caccini, qui a créé le rôle d'Orfeo : je ne vois pas comment un castrat pourrait chanter les trois strophes du fameux Possente spirto comme le voulait Monteverdi. Vous confondez sans doute avec le rôle de la Musica qui fut créé effectivement par un castrat!

3.Posté par christine ducq le 21/05/2016 11:17
Cher Monsieur, chère Madame
D'abord merci de votre intérêt.
Mon article est écrit à partir de recherches minutieuses (et de mes années d'études). Vous pouvez par exemple vérifier ce fait chez le musicologue François-René Tranchefort - qui rappelle dans son "Opéra" (Seuil) que :
1) Le rôle de la Musica est bien réservé à un soprano
2) Le rôle de Orfeo est distribuable pour un ténor ou un baryton (avec la réécriture qui s'impose naturellement). Il a bien été créé à l'origine par un castrat.
Ce fait est avéré chez certains chercheurs. Bonne journée

4.Posté par christine ducq le 21/05/2016 11:20
Nb : Le castrat en question était Giovanni Gualberto (création chez les Gonzague).

5.Posté par GF le 22/05/2016 18:56
Depuis 1978, date de l'ouvrage de François-René Tranchefort, de l'eau a coulé sous les ponts et la recherche musicologique a un peu avancé. René Jacobs, grand connaisseur de l'opéra vénitien devant l'Éternel et spécialiste incontesté de Monteverdi, affirme de façon catégorique que c'est bien Francesco Rasi qui a interprété le rôle-titre d'Orfeo. Si on a supposé pendant longtemps que Giovanni Gualberto Magli était le créateur de l'Orfeo, c'est parce que Francesco Gonzaga, commanditaire de l'oeuvre, n'avait fait, dans deux lettres adressées à son frère, que l'éloge que d'un seul interprète, celui que vous mentionnez. Mais ce dernier était à l'époque un tout jeune castrat venu de Florence, tandis que Rasi était le célèbre chanteur attaché à la cour de Mantoue depuis plus de 10 ans. Si Francesco Gonzaga a mis l'accent dans sa correspondance sur Giovanni Gualberto, c'est sans doute parce qu'il a voulu informer son frère, en constante relation avec la cour des Médicis, que le jeune chanteur prêté par Florence avait fait merveille dans les deux, voire trois, seconds rôles qu'il créa et qui firent de lui la vedette du chant: celui de la Musica, celui de la Sperenza et enfin celui de Proserpina. Pour votre information, le contre-ténor Raffaele Pe a remis à l'honneur le répertoire de Giovanni Gualberto Magli dans un disque hommage au castrat florentin et, si cela peut vous intéresser, il est bien précisé dans cet article (en italien) quels sont les trois rôles qu'il a créés dans l'Orfeo de Monteverdi : http://www.gbopera.it/2014/03/la-lira-di-orfeo-raffaele-pe-e-gualberto-magli/ Bonne soirée!

6.Posté par christine ducq le 23/05/2016 19:18
Si ce n'était le ton méprisant que vous employez (et l'anonymat des posts), je vous remercierais de cette mise au point musicologique, comme de votre charitable intention didactique à mon encontre. Mes articles ont cependant comme principale ambition de donner (ou pas) envie d'aller voir les spectacles actuels. Et ce, en fournissant au plus grand nombre quelques informations que j'espère intéressantes, sans aucune prétention. Vous n'êtes pas obligé(e) de les lire, évidemment !

7.Posté par Gil Chauveau le 28/05/2016 00:25
J'ai retiré ce dernier commentaire cette nuit car le débat devient stérile avec cette personne qui cherche plus la polémique qu'autre chose (les commentaires ne sont pas un forum défouloir) ; et je te laisse le dernier mot en toute logique (avec ta dernière réponse). Je déclare donc le débat clos.
Je te souhaite plein de courage et une bonne journée.
Gil

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Je suis intermittente du spectacle. Ce n'est pas mon métier, mon métier, c'est comédienne. Intermittente, c'est juste mon régime d'indemnisation du chômage. C'est aussi une pratique d'emploi : je travaille à la mission, souvent avec des contrats très courts, pour différents employeurs. D'où un régime d'indemnisation adapté.

© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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