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Coin de l’œil

I’m Still Here : théâtre filmé...

Comment finir dans les égouts de la gloire du jour au lendemain quand on est une star de Hollywood ? Devant la caméra de Casey Affleck, Joaquin Phoenix paye de sa personne pour nous fournir le mode d’emploi détaillé. Et les deux complices de cette énorme mystification livrent par la même occasion un film-concept, qui prouve que théâtre et cinéma peuvent ne faire qu’un.



Joaquin Phoenix © DR.
Joaquin Phoenix © DR.
On a beaucoup disserté, lors de sa présentation aux festivals de Toronto et de Venise, puis de sa sortie en salles, sur le fantastique canular que constitue I’m Still Here. Il est vrai que la farce est goûteuse. Résumons. En 2008, alors qu’il fait désormais partie du tout-Hollywood, qu’il a décroché un Golden Globe et un Grammy Award pour son interprétation de Johnny Cash dans Walk The Line, que la critique l’encense pour ses rôles dans La Nuit nous appartient et Two Lovers, Joaquin Phoenix annonce qu’il met un terme à sa carrière d’acteur pour se lancer dans le rap. Suite à quoi, il se laisse pousser une barbe de gourou indien et une ceinture abdominale en graisse de hamburger, avant d’enchaîner les apparitions publiques gênantes et les prestations lamentables.

Fringues improbables, allure cradingue, narines ostensiblement poudrées, aisselles odorantes, comportement tantôt éteint, tantôt agressif, bafouillant plutôt que parlant, l’ex-chouchou du showbiz se transforme en objet de dérision pour le public et en embarras pour ses proches. Le tout sous l’objectif de la caméra de son beau-frère Casey Affleck, qui immortalise la déchéance de la star au jour le jour, pour en tirer, dit-il, un témoignage sur une reconversion. Avant d’avouer, une fois le film bouclé et monté, qu’il s’agit évidemment d’une supercherie. Comme le titre l’indique, Joaquin Phoenix est "toujours là". I’m Still Here n’est pas le journal intime de son suicide professionnel, mais bien son dernier rôle en date, un rôle de loser grandiose et émouvant, pour lequel, au passage, il mériterait largement un autre Golden Globe.

Joaquin Phoenix © DR.
Joaquin Phoenix © DR.
Bobard gigantesque, donc, mais pas seulement. Au-delà du pied de nez crotté au système hollywoodien et du faux-docu trash qui voit une vedette reconnue et acclamée par ses pairs bousiller son image et sa carrière, I’m Still Here est d’abord une expérience inédite, qui mêle jusqu’à la symbiose les deux arts vivants que sont le cinéma et le théâtre. Pour son premier passage derrière la caméra, Casey Affleck filme une double performance. Une performance d’acteur, bien sûr, qui ferait presque passer les techniques de l’Actor Studio pour de l’amateurisme, mais aussi une performance au sens purement théâtral du terme.

Pendant deux ans, Joaquin Phoenix a fait de sa vie intime et publique un spectacle de théâtre de rue. Avec la complicité de ses proches, de ses amis et, sans doute, de quelques confrères complices - Ben Stiller, Natalie Portman et P. Diddy sont probablement dans le coup -, il a joué au public et à toute la profession une magistrale représentation live, au cours de laquelle comédiens incognito et spectateurs étaient sur la même scène itinérante, sans que l’on sache vraiment qui faisait quoi. Exercice périlleux, puisqu’au cours de ces longs mois où ce work in progress se jouait, il n’était bien entendu pas question pour quiconque, dans la "troupe", de laisser transparaître un quelconque signe de faiblesse ou de connivence qui aurait compromis la crédibilité du projet. Certes, l’éventualité d’un canular a été parfois avancée par les médias, mais sans que ceux-ci parviennent, au bout du compte, à trancher.

"I’m Still Here" © DR.
"I’m Still Here" © DR.
De son côté, Casey Affleck s’imposait les règles très strictes du faux documentaire - rien ne demande plus de précision que de feindre l’improvisation - pour mettre en boîte cette expérimentation théâtrale in vivo, qu’il parvient à transformer, par le regard qu’il pose sur son personnage principal, en véritable film d’auteur.

Double succès, donc, pour un objet filmique déroutant et pas toujours confortable à regarder, c’est vrai, mais indéniablement unique. Ne serait-ce que parce qu’avec l’expérience I’m Still Here, Joaquin Phoenix et Casey Affleck ont battu le record du spectacle le plus long de l’histoire : deux ans sans entracte, qui dit mieux ?

● I’m Still Here,
un film de Casey Affleck.
Scénario : Casey Affleck et Joaquin Phoenix.
Avec : Joaquin Phoenix, Antony Langdon, Carey Perloff, et tout Hollywood dans son propre rôle.
Édité en DVD et en Blu-ray par CTV International.
Disponible depuis le 24 novembre 2011.

Gérard Biard
Mardi 20 Décembre 2011

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"Rabudôru, poupée d'amour" Une expérience intime de théâtre filmé, diffusée en direct via le web

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© Julien Hélie.
"Le "ciné live stream" est un autre regard sur l'histoire de "Rabudôru". Accessible en ligne, cette "dématérialisation" interroge l'expérience théâtrale, la place du(de la) comédien(ne), entre l'image et le plateau. (Olivier Lopez/Dossier de presse).

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Bruno Fougniès
16/11/2020
Sortie à la Une

"Zaï Zaï Zaï Zaï" Road movie déjanté… Tout ça pour un poireau !

Ne devoir son salut qu'à un légume à bulbe blanc et à longues feuilles vertes, brandi sous le nez d'un vigile expert en roulade arrière dissuasive, marque le point de bascule de ce jeune homme - peu recommandable, il est auteur de BD - venant de commettre l'impensable : ne pas avoir été en mesure de présenter sa carte de fidélité à la caissière ! Telle est l'origine de la folle cavale du "héros" échappé de l'album éponyme de Fabcaro pour être porté sur la scène par Angélique Orvain, réalisant là une prouesse propre à rendre lumineuse toute grisaille.

© Romain Dumazer.
Dans un dispositif immergeant le spectateur au cœur de l'action effrénée - pas moins de quatre podiums disposés en cercle, éclairés tour à tour, incluent le public dans des tableaux vivants -, l'épopée du fuyard décrété ennemi numéro 1 par la vox populi reprenant en chœur les voix des médias et des représentants de l'ordre va être vécue de manière haletante. L'occasion pour l'auteur et la metteure en scène, fins observateurs des travers contemporains, de croquer à pleines dents les errements hilarants des conduites dites "ordinaires".

En effet ces "arrêts sur images", joués superbement par huit acteurs tirant parti avec intelligence des ressorts du théâtre de tréteaux et des ralentis cinématographiques, passent au scanner les dérives de la pensée commune érigée en système de pensée. Aucun milieu n'y échappe. Pas moins les complotistes avachis devant leur téloche, les bobos contents d'eux-mêmes lisant Les Inrocks ou Le Monde Diplomatique, les artistes charitables réalisant un album de soutien à l'auteur de BD à la dérive, les forces de l'ordre au képi bas, et encore moins les journalistes des chaînes d'infos en continu commentant en boucle l'absence d'infos.

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