Quantcast
La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Coin de l’œil

Frankenweenie : la madeleine de Burton

Quand le papa de "Edward aux mains d’argent" livre sa version personnelle de "Frankenstein junior", c’est toute la famille du cinéma fantastique classique qu’il convoque à la veillée funèbre. Les grands anciens sont tous là, épaulés par quelques comparses croquignolesques directement issus de l’imagination "burtonienne", pour aider le petit Victor F. à ressusciter son chien Sparky. Et, accessoirement, permettre à Tim Burton de déterrer quelques fantômes intimes.



Victor et Sparky © 2012 Disney Enterprises, Inc.
Victor et Sparky © 2012 Disney Enterprises, Inc.
On a tous des souvenirs d’enfance, plus ou moins fantasmés par l’inévitable nostalgie qui les accompagne. Ceux de Tim Burton ont la forme de joyeux cauchemars, peuplés de créatures imaginaires et de héros de cinéma d’épouvante, uniques compagnons de solitude d’enfants hirsutes qui peinent à trouver leur place dans l’Amérique bien peignée de la middle-class banlieusarde des années cinquante-soixante.

Il y a évidemment beaucoup - voire l’essentiel - de Tim Burton dans le jeune Victor Frankenstein, petit garçon à l’imagination fertile, qui a pour seul ami son chien Sparky et les monstres issus des films fantastiques qu’il reproduit inlassablement en super 8 avec ses jouets. Quand Sparky se fait accidentellement écraser par une voiture, tout l’univers de Victor s’écroule. Mais un cours de sciences, donné par un professeur lui aussi en décalage avec la traditionnelle american way of life, l’amènera à tenter une expérience inédite : ressusciter Sparky grâce à la foudre.

Victor et Sparky © 2012 Disney Enterprises, Inc.
Victor et Sparky © 2012 Disney Enterprises, Inc.
Bingo. Victor a tout bon et son brave toutou, rapiécé par ses soins, sautille à nouveau en jappant gaiement, prêt à aller semer la pagaille dans le voisinage, tel un Boris Karloff à quatre pattes. La ressemblance ne s’arrête pas là : comme le "monstre" imaginé au temps de la stricte société victorienne par Mary Shelley et immortalisé par Karloff dans les films de James Whale, le chien Sparky et son petit maître portent la même parole pour le droit à n’être pas dans la norme. Et, au passage, ils offrent une belle revanche à Tim Burton.

Matias Liebrecht, animateur, mettant en place Victor dans le grenier © Leah Gallo/2011 Disney Enterprises, Inc.
Matias Liebrecht, animateur, mettant en place Victor dans le grenier © Leah Gallo/2011 Disney Enterprises, Inc.
Car "Frankenweenie" est le remake du court-métrage homonyme qu’il tourna en 1984, alors qu’il travaillait chez Walt Disney comme dessinateur. Court-métrage que le studio jugea trop noir pour son public et enterra dans ses caves, avant de virer son réalisateur… Vingt-huit ans et quelques chefs-d’œuvre plus tard, c’est toujours pour la maison Disney - qui a, il faut dire, encaissé 200 millions de dollars grâce à son "Alice au pays des merveilles" - qu’il signe son nouveau "Frankenweenie", un long-métrage cette fois, en noir et blanc, animé "à l’ancienne" image par image, et… en 3D.

Exigence du studio, soucieux de "moderniser" avec un gadget opportuniste un film qu’il juge trop peu aligné sur les canons cinématographiques contemporains, ou référence voulue par Burton à certains films de science-fiction des années cinquante ? On peut s’interroger, tant "Frankenweenie" s’appuie sur une esthétique directement empruntée au cinéma d’épouvante classique et enchaîne les citations et les hommages.

Mr. Rzyskruski © 2012 Disney Enterprises, Inc.
Mr. Rzyskruski © 2012 Disney Enterprises, Inc.
Tout ce que Burton a aimé - et aime toujours, preuve à l’appui - est à l’écran. On y trouve des scènes entières, reproduites plan par plan, du "Frankenstein" de James Whale, des extraits du "Cauchemar de Dracula" de Terence Fisher, Gamera, la tortue géante copine de jeu de Godzilla, une caniche qui arbore la coupe d’Elsa Lanchester dans "La Fiancée de Frankenstein", une petite fille qui s’appelle Van Helsing, une momie, des machins hybrides surgis du bestiaire de la science-fiction apocalyptique des fifties, sans oublier un coup de chapeau appuyé à un autre grand nostalgique iconoclaste, Joe Dante, via une citation franche de "Gremlins"… Quant au professeur de sciences, mentor du petit Victor Frankenstein, il a sans surprise les traits de Vincent Price - et la voix de Martin Landau, qui interprétait déjà Bela Lugosi dans "Ed Wood".

Persephone, Edgar "E" Gore, Elsa Van Helsing et Were-Rat. © 2012 Disney Enterprises, Inc.
Persephone, Edgar "E" Gore, Elsa Van Helsing et Were-Rat. © 2012 Disney Enterprises, Inc.
Rien d’étonnant, donc, à ce que, pour les amateurs de ce cinéma que d’aucuns jugeront suranné mais qui procura mille frissons de plaisir à ses inconditionnels, "Frankenweenie" ait le goût entêtant d’une madeleine de Proust. Conte d’Halloween plein de malaises d’enfance et de fééries macabres, fable morale sur les motivations qui génèrent les découvertes scientifiques, le dernier né de Tim Burton est aussi un manifeste pour un cinéma certes parfois aussi rafistolé que le corniaud Sparky, mais, comme lui, capable de transmettre bien plus de passion que n’importe quel pur film de race.

Le jeune Victor dans son laboratoire © 2012 Disney Enterprises, Inc.
Le jeune Victor dans son laboratoire © 2012 Disney Enterprises, Inc.
● Frankenweenie
Réalisation : Tim Burton.
Scénario : John August.
D'après le scénario de : Leny Ripps.
Sur une idée originale de : Tim Burton.
Directeur de la photographie : Peter Sorg.
Compositeur : Danny Elfman.
Avec les voix de : Charlie Tahan, Catherine O’Hara, Martin Short, Martin Landau, Winona Ryder, Atticus Shaffer, Robert Capron, Conchata Ferrell, Hiroyuki Liao.
En salles depuis le 31 octobre.

Tim Burton et Allison Abbate (coproductrice) dans l'hôpital des marionnettes © Leah Gallo/2012 Disney Enterprises, Inc.
Tim Burton et Allison Abbate (coproductrice) dans l'hôpital des marionnettes © Leah Gallo/2012 Disney Enterprises, Inc.

Gérard Biard
Lundi 12 Novembre 2012

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

Fred Pallem et Le Sacre du Tympan racontent les Fables de La Fontaine

Excellente idée que celle de Fred Pallem, musicien compositeur aux multiples talents et goûts musicaux, de revisiter avec quelques belles notes revigorantes "Les Fables de La Fontaine", quatorze plus précisément, qui sont racontées par une belle "brochette" d'artistes, des fidèles parmi les fidèles ou des - nouvellement ! - copains et copines.

Concert
En ces temps si particuliers, où nous sommes coincés - petits et grands - dans nos lieux de vie, notre disponibilité pour lire, écouter, songer, affabuler, s'évader sur des histoires anciennes ou nouvelles, est grande. C'est l'occasion aussi de redécouvrir nos classiques, mais en mode inédit, portés par des phrasés mélodiques et des conteurs aux personnalités affirmées et talentueuses.

S'il y a bien un compositeur à qui l'on ne peut pas reprocher de raconter des fables, c'est bien Fred Pallem. En plus de vingt ans de compositions et de concerts, jamais il ne se répète. Depuis son premier album avec sa formation "Le Sacre du Tympan" (en 2002) jusqu'à sa dernière "Odyssée" en 2018, en passant par ses passions cinématographiques - "Soundtrax" (2010), "Soul Cinéma" (2017) -, voire celles aux dessins animés de son enfance - Cartoons (2017) - et à des compositeurs comme François de Roubaix, jamais il n'a cessé d'innover, de créer.

Mais ce que l'on sait moins, c'est que Fred Pallem est également un amoureux des mots. On peut le constater avec les multiples collaborations qu'il a eues avec des chanteurs et chanteuses comme Lavilliers, Barbara Carlotti, MC Solaar, Clarika, etc. Mais aujourd'hui, avec ce nouvel album, les mots prennent le devant. "Tout d'abord, j'avais envie de composer de la musique autour d'une voix parlée ; m'imprégner du rythme des mots et de leurs sons, ressentir le tempo de la diction, puis écrire de la musique à partir de cela. Nous avons donc enregistré les voix en premier et les musiques ensuite."

Gil Chauveau
15/11/2020
Spectacle à la Une

"Rabudôru, poupée d'amour" Une expérience intime de théâtre filmé, diffusée en direct via le web

L'incidence de la mise en sommeil de tous les spectacles, en ce mol novembre 2020, n'est pas la seule raison de cette représentation destinée aux internautes à laquelle nous à conviée la Compagnie La Cité Théâtre. Dès la conception du spectacle, Olivier Lopez, auteur et metteur, envisageait une double vision du spectacle : une en contact direct avec le public de la salle, l'autre en streaming par captation en temps réel.

© Julien Hélie.
"Le "ciné live stream" est un autre regard sur l'histoire de "Rabudôru". Accessible en ligne, cette "dématérialisation" interroge l'expérience théâtrale, la place du(de la) comédien(ne), entre l'image et le plateau. (Olivier Lopez/Dossier de presse).

Le plateau de théâtre devient également plateau de cinéma, avec cadreurs, techniciens et cabine de réalisation intégrée. Le but est de rechercher d'autres rapports à la scène que cet éphémère "ici et maintenant" dont le spectacle vivant a toujours été fier et dépendant. C'est un ici au ailleurs que propose Olivier Lopez mais pas seulement.

Le filmage en direct apporte, dans certaines scènes, une proximité, une intimité avec les personnages sans le filtre de la déclamation théâtrale. Les expressions en plans rapprochés semblent plus fortes. Les cadrages permettent d'oublier un temps le reste du décor plateau et s'immerger plus profondément dans la scène, passer d'un lieu à un autre avec souplesse et précision.

Bruno Fougniès
16/11/2020
Sortie à la Une

"Zaï Zaï Zaï Zaï" Road movie déjanté… Tout ça pour un poireau !

Ne devoir son salut qu'à un légume à bulbe blanc et à longues feuilles vertes, brandi sous le nez d'un vigile expert en roulade arrière dissuasive, marque le point de bascule de ce jeune homme - peu recommandable, il est auteur de BD - venant de commettre l'impensable : ne pas avoir été en mesure de présenter sa carte de fidélité à la caissière ! Telle est l'origine de la folle cavale du "héros" échappé de l'album éponyme de Fabcaro pour être porté sur la scène par Angélique Orvain, réalisant là une prouesse propre à rendre lumineuse toute grisaille.

© Romain Dumazer.
Dans un dispositif immergeant le spectateur au cœur de l'action effrénée - pas moins de quatre podiums disposés en cercle, éclairés tour à tour, incluent le public dans des tableaux vivants -, l'épopée du fuyard décrété ennemi numéro 1 par la vox populi reprenant en chœur les voix des médias et des représentants de l'ordre va être vécue de manière haletante. L'occasion pour l'auteur et la metteure en scène, fins observateurs des travers contemporains, de croquer à pleines dents les errements hilarants des conduites dites "ordinaires".

En effet ces "arrêts sur images", joués superbement par huit acteurs tirant parti avec intelligence des ressorts du théâtre de tréteaux et des ralentis cinématographiques, passent au scanner les dérives de la pensée commune érigée en système de pensée. Aucun milieu n'y échappe. Pas moins les complotistes avachis devant leur téloche, les bobos contents d'eux-mêmes lisant Les Inrocks ou Le Monde Diplomatique, les artistes charitables réalisant un album de soutien à l'auteur de BD à la dérive, les forces de l'ordre au képi bas, et encore moins les journalistes des chaînes d'infos en continu commentant en boucle l'absence d'infos.

Éberlué par tant de perspicacité bienveillante mais non moins mordante, on jubile… Rien ne nous est épargné du grotesque qui sous-tend les comportements de la meute de ces (braves) gens commentant avidement la cavale du dangereux mécréant ayant bravé l'interdit suprême des fidèles du "Temple de la consumation". Et si le trait est grossi à l'envi, il déforme à peine la réalité des travers.

Yves Kafka
29/10/2020