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Théâtre

Frangins... Un récit naturaliste dans la simplicité et la finesse qui évite l'anecdotique

"Frangins", Le Lucernaire, Paris

Ils sont trois frères soudés par une enfance déshéritée : Léo, Jipé, Philippe. Le père est parti tôt sans laisser d'adresse, la mère a nourri sa portée. Tous séparés depuis plus de trente ans. Réunis pour les derniers instants de la mère par un ange gardien bien oublié.



© Benoit Fortrye.
© Benoit Fortrye.
Dans l'appartement, sordide, où la mère meurt, dans la cuisine abandonnée, sous le jour de souffrance que l'on brise à coup de poing nu, se joue un étrange et sauvage rituel. Tout en évitement de la chambre fatale, les trois frères se recollent, retrouvent le sens des farces grossières, des bourrades en bordure de rixe, qui furent et demeurent la composante de leurs caractères respectifs. Figés par le manque à l'amour. Enfance en crise à jamais. Enfants de la louze à la cruauté et lâcheté en partie inconscientes, en partie créatives. Qui ont trouvé un statut social tant bien que mal.

L'ainé est taulard, le cadet écrivain de romans policiers, le benjamin escamoteur magicien.

S'ils survivent, c'est grâce aux femmes qui savent les prendre et atténuer leur violence.

Écrite à l'antique, la pièce de Jean-Paul Wenzel est rythmée par l'irruption spontanée de chants et de danses qui écartent les mauvais esprits. Elle fonctionne comme une tragédie. Dans les interstices du présent de la représentation, dans les silences, s'insinue une souffrance muette. Celle la question de leur origine. Comme dans la vie.

La pièce est farcie d'éléments biographiques, écrite par Jean Paul Wenzel pour ses copains et compères dans la vie, Philippe Duquesne et Jean Pierre Léonardini (pour lui-même aussi). Mais le texte naturaliste dans la simplicité et la finesse de son récit transcende l'anecdote, ne laisse transparaître aucune allusion précise.

Il offre des points d'appui superbes aux personnalités fortes que sont les cinq acteurs réunis sur le plateau. Les comédiens ont toute capacité et liberté à modeler la pièce, en amplifier les effets à l'humeur du jour. De la fantaisie à la tragédie sans jamais tomber dans les travers expressionnistes ou histrioniques. Tous collectivement portent témoignage, au-delà d'eux même et de l'art théâtral, d'un monde trop oublié : celui des exclus, de ceux qui n'ont rien eu, qui n'ont pour tout bagage qu'une forme de sauvagerie et de souplesse créatives.

Frangins à jamais, complices toujours, trop cons à l'évidence pour l'éternité. Ils savent nous émouvoir. À aimer forcément.

"Frangins"

Texte : Jean-Paul Wenzel.
Mise en scène : Lou Wenzel.
Avec : Philippe Duquesne, Jean-Pierre Léonardini, Jean-Paul Wenzel, Hélène Hudovernik et Viviane Théophilidès.
Musique et sons : Philippe Tivillier.
Lumières : Thomas Cottereau.
Costumes : Cissou Winling.
Construction décor : Nicolas Nore.
Durée : 1 h 30.

Du 26 août au 11 octobre 2015.
Du mardi au samedi à 19 h, dimanche à 15 h.
Rencontre avec l’équipe artistique le vendredi 18 septembre 2015 à l’issue de la représentation.
Le Lucernaire, Paris 6e, 01 45 44 57 34.
>> lucernaire.fr

Jean Grapin
Lundi 31 Août 2015

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