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Théâtre

"Bourrasque"… Juste ce qu'il faut d'étrangeté pour que le réalisme soit porté aux franges du fantastique

"Bourrasque", Théâtre de la Tempête, Paris

Dans "Bourrasques", inspirée par l'œuvre de John Millington Synge, Nathalie Bécue emporte le spectateur dans un tourbillon de théâtre. Un théâtre mû par une langue concrète, drue, simple, maniée par des vagabonds des mots, des enjôleurs, des charmeurs, beaux parleurs qui magnifient cette terre d' Irlande, herbeuse et moutonneuse et tourbeuse, cette terre de l'Ouest, ces îles d'Aran les bien nommées.



© Antonia Bozzi.
© Antonia Bozzi.
Battues par les vents, peuplées d'hommes taiseux, "cogneux", "buveux", de femmes entières et âpres et dures à la tâche. Cette terre d'Irlande qui rend rêves et cauchemars et mots et sorts et enchantements.

Le spectacle de Nathalie Bécue s'appuie sur une farce très ancienne : celle du mari qui feint la mort pour mieux confondre son épouse et son amant. La comédie, le drame se croisent. Du trivial le plus cru au lyrique le plus naturel. Féroce et drôle. Assurément le rire de Synge est tragique mais il est sain. Il est celui des fabliaux.

Mais ces habitants ne sont pas traités comme des ploucs mais comme des poètes qui savent extraire des petits faits, de leurs superstitions, de leurs peurs, de leurs malheurs des récits beaux comme la laine. Des récits qui exaltent tout autant que le Whiskey.

© Antonia Bozzi.
© Antonia Bozzi.
Les personnages sont émus par d'étranges sympathies archaïques. Leur humeur change au gré des coups de vents et leur simplicité de caractère bascule dans une franche gaité ou un brusque dépression. C'est que leur isolement, des frousses légendaires, les font appartenir à un monde de rêves et de forces qui les dépassent.

La langue est simple. C'est la langue du conteur. Juste ce qu'il faut d'étrangeté pour que le réalisme soit porté aux franges du fantastique. Les dialogues sont croisés, la syntaxe subit des torsions, les choses sont nommées simplement. Le grain de la voix, le rythme du souffle, l'élan du jeu humanise les êtres, amplifie les mots à la dimension du rêve et de l'émerveillement.

Ce spectacle est une échappée belle. Avec l'aide de ses comédiens, leur verve, et le beau travail sur le texte de Nathalie Bécue, le spectateur retrouve le secret d'une poésie objective à base d'humour franc que le théâtre actuel a trop souvent abandonné.

"Bourrasque"

© Antonia Bozzi.
© Antonia Bozzi.
Variation sur "L'Ombre de la vallée" de John Millington Synge.
Texte : Nathalie Bécue.
Mise en scène : Félix Prader.
Avec : Nathalie Bécue, Théo Chedeville, Pierre-Alain Chapuis, Philippe Smith.
Scénographie et costumes : Cécilia Galli.
Création sonore : Estelle Lembert.
Collaboration artistique : Aurélia Guillet.
Lumières : Thibault Gaigneux
Direction des combats : François Rostain.
Durée : 1 h 30.
Production En Votre Compagnie.

Du 16 mars au 15 avril 2018.
Du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16 h 30.
Théâtre de la Tempête, Salle Copi, La Cartoucherie, Paris 12e, 01 43 28 36 36.
>> la-tempete.fr

Jean Grapin
Lundi 26 Mars 2018

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"Sandre"… Une vie qu’on épluche, même une toute petite vie, ça peut faire pleurer les yeux

"Sandre", La Manufacture, Avignon

Sur scène, c'est comme un trône. Un trône pitoyable. Fauteuil à l'ancienne. Pas vraiment voltaire. Pas vraiment club non plus. Plutôt crapaud. Juché sur un piédestal pas du tout en marbre. Ça ressemble plus à de la palette empilée. Peinte en noir. Et puis un abat-jour en vessie de mouton tendue. Beige très clair. Monté sur un pied trop haut. Et puis c'est tout. Un trône ordinaire. Un trône de maison de banlieue. Elle y est installée. Elle n'en bouge pas. Elle y règne sur son domaine. Son domaine.

Tout autour rien. Le vide obscur de l'irréalité, pourrait-on dire. Il n'y a qu'elle, juché sur son trône du quotidien, toute pâlotte dans cette nuit, qui brille. Qu'on voit. Et qui parle. Et qui trône sur son quotidien parce que c'est ça sa vie. La vie dont elle avait rêvé ou pas. La vie qu'on lui avait promise, c'est sûr. Et malgré les impondérables et le temps qui sabotent, elle la tenait sa vie, sa maison, son mari, ses enfants.

Qu'est-ce qu'elle dit ?... Elle s'explique, je crois. Elle parle à quelqu'un. À quelqu'un qui l'accuse, il faut croire. Quelqu'un qui l'accuse d'on ne sait pas quoi. On ne le saura qu'à la fin. Quand elle aura fini de parler. De s'expliquer. Enfin de raconter quoi, son domaine, son royaume, son empire, toutes ces années d'existence. Avec ses espoirs, très très humains. Très simples en fait. Et puis ses joies, ses plaisirs, ses émerveillements. Et puis ses déceptions bien sûr.

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Bruno Fougniès
09/03/2018
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Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara
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Gil Chauveau
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Représenter, questionner, polémiquer… un spectacle reflet d'une certaine société
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20/02/2018