Entrée en scène sur une musique joyeuse et entrainante… jusqu'à ce que la danseuse (elle), à l'image d'un saphir déraillant sur les sillons d'un vieux vinyle, s'immobilise… Narratrice de sa propre histoire, elle fait entendre à la troisième personne le récit du passage à la nouvelle année 2020… Elle aime danser, danser jusqu'au petit matin, aussi s'est-elle étourdie cette nuit de fête, loin des tourments qui occupent sa tête, sur les airs enivrants du DJ de cette île perdue au milieu du Pacifique. Mais elle ne peut reculer indéfiniment l'heure de rentrer, elle redoute le retour mortifère au foyer conjugal, treize ans qu'elle connaît la musique…
"Il" est là, derrière la porte à l'attendre, la questionne sur avec qui elle était, entre dans l'une de ses colères effrayantes dont il est coutumier… et la menace. Elle ne doit son salut qu'à sa fuite lui permettant d'échapper in-extrémis aux pierres qu'il tenait en mains pour briser son pare-brise. Lui revient alors cette réflexion venant d'un passé qui n'arrête pas de passer en elle, ses mots trouant le silence de la représentation : "Céline, tu ne verras plus tes filles".
"Il" est là, derrière la porte à l'attendre, la questionne sur avec qui elle était, entre dans l'une de ses colères effrayantes dont il est coutumier… et la menace. Elle ne doit son salut qu'à sa fuite lui permettant d'échapper in-extrémis aux pierres qu'il tenait en mains pour briser son pare-brise. Lui revient alors cette réflexion venant d'un passé qui n'arrête pas de passer en elle, ses mots trouant le silence de la représentation : "Céline, tu ne verras plus tes filles".
Entre narrations à vif (colorées d'échappées en espagnol aussitôt traduites) et danses "océaniques", les unes et les autres soutenues par des hommes artistes à la sensibilité avouée (Yannick Jaulin et Hamid Ben Mahi), la conteuse danseuse va rejouer sa rencontre avec ce séduisant guerrier de l'Ile de Pâques… Comme dans les contes (cf. les albums de sa maison d'édition, Moai Éditions), il est apparu sur son fier destrier… pour la conduire dans une grotte. Elle l'a aimé passionnément, elle l'a laissé plonger ses yeux en elle, et il l'a vidée de toutes substances, n'étant plus à la fin que de la vase, une enveloppe privée de toute estime de soi. Et lorsque pour échapper à ces brutalités avinées, à ces viols conjugaux, elle trouve enfin le ressort de se rendre à la gendarmerie, c'est pour s'entendre dire… "Si vous êtes restée treize ans avec lui, c'est que quelque part ça doit vous plaire". Circulez, il n'y a rien à entendre…
Aussi, lorsqu'elle fait visiter aux touristes l'île de Pâques, son territoire à lui, elle n'a qu'une idée : repérer les grottes où elle pourra se réfugier. La force pour s'extirper de la nasse dans laquelle elle s'est précipitée "librement" afin de fuir d'anciens traumatismes – dont, dans une seconde partie du spectacle, elle remontera la pente – c'est auprès de ses "sœurs" de La Maison des Femmes, de ses copines autochtones au langage chantant et de sa psy rayonnante d'humanité, qu'elle va la trouver. "Une blessure, c'est une ouverture béante, passe de l'autre côté…" suggère cette dernière, en l'accompagnant dans son programme de reconstruction.
Alors, dénouant ses (très) longs cheveux, elle se lance dans un corps à corps avec elle-même, mêlant coups donnés et coup reçus, lesquels, s'ils la projettent au sol, la retrouvent l'instant d'après, debout, vivante. Des récits de maltraitances vécues par d'autres femmes déboucheront sur une scène d'étranglement, une violence qu'elle s'apprêtait à s'appliquer (le nœud coulant était prêt) si la conscience qu'elle manquerait à ses filles ne l'avait sauvée. Son refuge sera alors de glisser des messages dans les contes qu'elle écrit pour que ses lecteurs viennent l'y rechercher… Souvenirs inscrits dans son corps traversé par les soubresauts du temps où il la rejoignait pour la violenter.
Aussi, lorsqu'elle fait visiter aux touristes l'île de Pâques, son territoire à lui, elle n'a qu'une idée : repérer les grottes où elle pourra se réfugier. La force pour s'extirper de la nasse dans laquelle elle s'est précipitée "librement" afin de fuir d'anciens traumatismes – dont, dans une seconde partie du spectacle, elle remontera la pente – c'est auprès de ses "sœurs" de La Maison des Femmes, de ses copines autochtones au langage chantant et de sa psy rayonnante d'humanité, qu'elle va la trouver. "Une blessure, c'est une ouverture béante, passe de l'autre côté…" suggère cette dernière, en l'accompagnant dans son programme de reconstruction.
Alors, dénouant ses (très) longs cheveux, elle se lance dans un corps à corps avec elle-même, mêlant coups donnés et coup reçus, lesquels, s'ils la projettent au sol, la retrouvent l'instant d'après, debout, vivante. Des récits de maltraitances vécues par d'autres femmes déboucheront sur une scène d'étranglement, une violence qu'elle s'apprêtait à s'appliquer (le nœud coulant était prêt) si la conscience qu'elle manquerait à ses filles ne l'avait sauvée. Son refuge sera alors de glisser des messages dans les contes qu'elle écrit pour que ses lecteurs viennent l'y rechercher… Souvenirs inscrits dans son corps traversé par les soubresauts du temps où il la rejoignait pour la violenter.
Revivre les traumas vécus pour échapper à la sidération, pour agir au lieu de subir la double peine du ressassement en boucle, une boucle qui étrangle… Pour comprendre comment ce beau guerrier qu'elle avait tellement aimé, lui qui lui était apparu comme le Sauveur, avait pu l'enfermer dans la cage de l'emprise, elle va remonter le temps, rembobiner son passé dans une danse à l'envers pour remonter aux origines, les siennes… Sa naissance, dans un hôpital militaire à l'autre bout de Berlin libéré, Berlin la ville violente où des milliers de femmes furent violées lors de la libération par les soldats de l'Armée Rouge…
Bébé donné pour mort, privé de caresses les premières semaines de sa vie passée en soins néonatals… Petite fille de cinq ans, témoin sidéré de la fureur d'un père fou furieux que sa femme le quitte… Elle, devenant l'otage de sa rage… Les chantages au suicide entrainant de peu sa fille dans la mort… Enfin, elle, jeune fille échappant à son emprise par le biais d'études artistiques dans une autre ville…
Vouloir réparer la petite fille briser en fuyant son passé, en mettant ce passé "à distance", le rejetant plus précisément à des milliers de kilomètres dans l'océan Pacifique ("Pacifique", ça ne s'invente pas…)… Et s'apercevoir, que quand on a été élevée dans un environnement où l'amour c'est la guerre, on reproduit le modèle archaïque en se précipitant tout droit dans les bras d'un "aimant" monstrueusement violent…
Bébé donné pour mort, privé de caresses les premières semaines de sa vie passée en soins néonatals… Petite fille de cinq ans, témoin sidéré de la fureur d'un père fou furieux que sa femme le quitte… Elle, devenant l'otage de sa rage… Les chantages au suicide entrainant de peu sa fille dans la mort… Enfin, elle, jeune fille échappant à son emprise par le biais d'études artistiques dans une autre ville…
Vouloir réparer la petite fille briser en fuyant son passé, en mettant ce passé "à distance", le rejetant plus précisément à des milliers de kilomètres dans l'océan Pacifique ("Pacifique", ça ne s'invente pas…)… Et s'apercevoir, que quand on a été élevée dans un environnement où l'amour c'est la guerre, on reproduit le modèle archaïque en se précipitant tout droit dans les bras d'un "aimant" monstrueusement violent…
Briser la compulsion de répétition mortifère ne peut se faire sans revivre les étapes de cette agonie programmée, un retour dans le passé – si douloureux soit-il – comme échappatoire au retour insistant du même. L'apogée de cette délivrance appelée de tous ses vœux prend la forme (artistique) d'un cri de colère lancé à l'adresse de la figure paternelle ayant pollué son existence : "Pourquoi tu nous a fait ça ? Tu n'en avais pas le droit !... Je n'en ai rien à foutre maintenant d'être toute seule ! Je suis toute seule depuis que je suis née…". Cri de révolte suivi de l'effondrement physique de la comédienne…
… et de son rétablissement sur ses deux jambes bien campées au sol, avec ces mots adressés à ses géniteurs défaillants, ses mots ouvreurs d'horizons nouveaux : "C'est votre histoire, je vous la rends. J'ai tout dit pour moi, mais aussi pour mes filles. À elles, à nous d'aimer et d'être aimées". Quant au tableau final, il actera dans la lumière du plateau et les mouvements de la danse purgée des scories de toute emprise, une épiphanie palpable. Le temps des guérilleros toxiques est définitivement supplanté par celui d'une guérillère de la liberté.
Quand le théâtre chorégraphié, soutenu par un texte d'une sincérité au-dessus de tous soupçons, s'empare d'un sujet hautement combustible, on ne peut que saluer ses effets contagieux… Ce manifeste haut de gamme de Céline Ripoll, artiste ayant connu dans sa chair et son âme la violence faite aux femmes, est de nature à communiquer sa force à toutes celles, anonymes ou non, qui ont subi ou subissent l'emprise de la prédation masculiniste. Une performance "Hors Normes".
◙ Yves Kafka
Vu le 27 mars 2026 au Centre culturel "Les Arcades" de Créon (33).
… et de son rétablissement sur ses deux jambes bien campées au sol, avec ces mots adressés à ses géniteurs défaillants, ses mots ouvreurs d'horizons nouveaux : "C'est votre histoire, je vous la rends. J'ai tout dit pour moi, mais aussi pour mes filles. À elles, à nous d'aimer et d'être aimées". Quant au tableau final, il actera dans la lumière du plateau et les mouvements de la danse purgée des scories de toute emprise, une épiphanie palpable. Le temps des guérilleros toxiques est définitivement supplanté par celui d'une guérillère de la liberté.
Quand le théâtre chorégraphié, soutenu par un texte d'une sincérité au-dessus de tous soupçons, s'empare d'un sujet hautement combustible, on ne peut que saluer ses effets contagieux… Ce manifeste haut de gamme de Céline Ripoll, artiste ayant connu dans sa chair et son âme la violence faite aux femmes, est de nature à communiquer sa force à toutes celles, anonymes ou non, qui ont subi ou subissent l'emprise de la prédation masculiniste. Une performance "Hors Normes".
◙ Yves Kafka
Vu le 27 mars 2026 au Centre culturel "Les Arcades" de Créon (33).
"Née le 8 mars 1977"
Création 2025.
Texte : Céline Ripoll.
Mise en scène, interprétation et narration : Céline Ripoll.
Parrain : Yannick Jaulin.
Aide à l'écriture et mise en scène : Titus et Gérard Baraton.
Aide à la mise en scène chorégraphique : Hamid Ben Mahi.
Création Lumière : Jean-Baptiste Féruch.
Compagnie L'Homme à la Tête Pieds-Nus.
Durée : 1 h 20.
Représenté le 27 mars 2026 au Centre culturel "Les Arcades" à Créon (33).
Tournée
27 Mai 2026 : Salle du Tourneur, Souleuvre-en-Bocage (14).
5 septembre 2026 : Salle Espalungue, Arudy (64).
Fin septembre 2026 : Festival "Au fil du Conte", Roullet-Saint-Estèphe (16).
20 novembre 2026 : Théâtre Francis Planté, Orthez (64).
25 novembre 2026 : Nogent-le-Rotrou (28).
26 novembre 2026 : Salle Municipale, Mainvilliers (28).
27 novembre 2026 : Théâtre, Dreux (28).
6 et 8 mars 2027 : La Quintaine, Chasseneuil-du-Poitou (86).
12 mars 2027 : Le Parnass, Mimizan (40).
11 mai 2027 : Centre culturel Les Carmes, Langon (33).
Novembre 2027 : Tahiti et les îles Marquises.
Juillet 2027 : Avignon (84), en cours de réalisation.
Texte : Céline Ripoll.
Mise en scène, interprétation et narration : Céline Ripoll.
Parrain : Yannick Jaulin.
Aide à l'écriture et mise en scène : Titus et Gérard Baraton.
Aide à la mise en scène chorégraphique : Hamid Ben Mahi.
Création Lumière : Jean-Baptiste Féruch.
Compagnie L'Homme à la Tête Pieds-Nus.
Durée : 1 h 20.
Représenté le 27 mars 2026 au Centre culturel "Les Arcades" à Créon (33).
Tournée
27 Mai 2026 : Salle du Tourneur, Souleuvre-en-Bocage (14).
5 septembre 2026 : Salle Espalungue, Arudy (64).
Fin septembre 2026 : Festival "Au fil du Conte", Roullet-Saint-Estèphe (16).
20 novembre 2026 : Théâtre Francis Planté, Orthez (64).
25 novembre 2026 : Nogent-le-Rotrou (28).
26 novembre 2026 : Salle Municipale, Mainvilliers (28).
27 novembre 2026 : Théâtre, Dreux (28).
6 et 8 mars 2027 : La Quintaine, Chasseneuil-du-Poitou (86).
12 mars 2027 : Le Parnass, Mimizan (40).
11 mai 2027 : Centre culturel Les Carmes, Langon (33).
Novembre 2027 : Tahiti et les îles Marquises.
Juillet 2027 : Avignon (84), en cours de réalisation.

























