La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Pièce du boucher

Billet n° 12 : L’irrésistible dégringolade de Silvio B.*

Le temps d’une fantaisie politico-théâtrale, "la pièce du boucher" se transforme en étal du poissonnier, mettant requins, maquereaux et sirènes à l’honneur.



Billet n° 12 : L’irrésistible dégringolade de Silvio B.*
Si Brecht vivait aujourd’hui, quelles pièces écrirait-il ? Têtes rondes et têtes pointues, sans doute, sur fond de crise politico-financière, de paupérisation galopante et de chasse aux immigrés. Arturo Ui, assurément, l’Europe contemporaine ne manquant hélas, pas plus que celle des années trente, d’autocrates hystériques - l’un d’eux a même établi son QG, temporairement espérons-le, à l’Élysée…

Une chose est certaine : un dramaturge de sa trempe ne pourrait passer à côté d’un personnage en or tel que Silvio Berlusconi, affairiste mafieux entré en politique pour ne pas entrer en prison, et aujourd’hui emberlificoté, au beau milieu d’un troisième mandat qui vire à la catastrophe, dans un vaudeville salace qui déroule sa trame à tiroirs sur fond de déliquescence des institutions. Quoi de plus théâtral qu’un héros qui refuse de quitter la scène alors qu’elle s’écroule sous ses pieds ? Tous les éléments sont là pour composer le plus baroque des opéras bouffes.

Commençons par les personnages. Au centre, l’impérial Silvio B., sordide nabot au lifting menaçant de céder à tout moment, au rictus en céramique laquée, aux implants capillaires soulignés au feutre noir, boudiné dans son autosuffisance et s’obstinant à régner sur une cour toujours plus clairsemée. À ses côtés, au pied du trône, l’inévitable bouffon : Umberto Bossi, défiguré par les séquelles d’un AVC, incarnant à merveille une Ligue du Nord moitié identitaire, moitié moussaka, désormais écartelée entre son sécessionnisme affiché et son soutien indéfectible à l’empereur qui lui assure le gîte politique.

Et puis, pivot de la dramaturgie, toute la troupe des "papi girls", escortes professionnelles et amatrices, bimbos télévisuelles, lolitas plus ou moins assumées, ex-assistantes dentaires bombardées conseillères régionales… Avec, en guise de meneuses de revue, les deux stars : Ruby "bunga-bunga", fausse nièce de Moubarak mais vraie sulfureuse, et la nouvelle favorite, Katarina Knezevic, mannequin de vingt ans promue "fiancée" officielle, dont la grande sœur aurait des liens avec la mafia monténégrine et ferait chanter le Cavaliere… Sans oublier Monsieur Loyal, incarné par l’entrepreneur-maquereau "Giampi" Tarantino, fournisseur de bambine, avide d’argent comptant et de marchés publics ouverts.

Pas plus de soucis pour les décors. La villa sarde, avec son port à yachts géants, son volcan artificiel, son faux théâtre romain et son lit à baldaquin monumental - offert par Vladimir Poutine - qui a vu les ébats bouillants de Silvio B. et de l’escorte Patrizia d’Addario, offre le cadre idéal pour un opéra kitsch grandiose.

Quant à l’intrigue, là encore, il suffit de se laisser porter et de suivre le fil des scandales, sexuels ou pas, des enquêtes judiciaires, des lois de convenance personnelle, des psychodrames gouvernementaux et parlementaires, des pantalonnades intérieures et internationales, en piochant à l’envi dans la réserve sans fonds de magouilles, corruptions et malversations diverses, et en prenant soin de ponctuer régulièrement le récit, en guise de respiration, des incontournables soirées "bunga-bunga". Le tout jusqu’au grand air final, "Je me tire de ce pays de merde", entonné par le boss en personne.

"La vie est une comédie italienne", clame Guy Bedos. Ce qui est sûr, c’est que la vie italienne sous Berlusconi est une tragi-comédie au potentiel théâtral formidable. Texte de Brecht, livret de Francis Lopez, production Théâtre des Deux boules.

* Prononcer à l’italienne : "Bi".

Photo : "La Résistible Ascension d'Arturo Ui" de Bertolt Brecht © West Texas A&M University.

Gérard Biard
Mercredi 5 Octobre 2011

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





    Aucun événement à cette date.



À découvrir

Le festival Nice Classic Live poursuit sa mue

Un nouveau festival à Nice ? Depuis 2018, le Nice Classic Live a repris l'héritage des Concerts du Cloître et le fait fructifier. Pour l'édition 2019, le festival s'étoffe en offrant une belle programmation estivale dans divers lieux patrimoniaux de la ville et en créant une Session d'Automne pour les cent ans des Studios de la Victorine.

Le festival Nice Classic Live poursuit sa mue
Depuis 1958, les Concerts du Cloître embellissaient les étés des adeptes de la perle de la Méditerranée (habitants et touristes). Désormais sous la direction artistique et la présidence de l'enfant du pays, la pianiste Marie-Josèphe Jude, le festival devient un rendez-vous classique majeur des Niçois et plus largement de la Région Provence-Côte d'Azur. Le festival investit ainsi de nouveaux lieux tels que le Musée Matisse ou le Palais Lascaris, un chef-d'œuvre baroque en plus du superbe Cloître du XVIe siècle - jouxtant avec son jardin et sa roseraie le Monastère de Cimiez fondé au IXe siècle par des Bénédictins.

Pour cette deuxième édition sous le nouvel intitulé de Nice Classic Live, Marie-Josèphe Jude a imaginé une programmation placée sous le signe de la filiation entre les compositeurs, les artistes invités (la crème des interprètes français) ; réunissant également une famille d'artistes dans le cadre de l'Académie internationale d'Été qui donne sa chance aux jeunes talents depuis soixante ans. Petite sélection des concerts à ne pas rater si vous avez la chance de passer quelques jours le long de la Baie des Anges.

Christine Ducq
28/06/2019
Spectacle à la Une

39e édition du Festival de la Vézère

Du 9 juillet au 22 août 2019, la 39e édition du Festival de la Vézère propose une vingtaine de concerts très variés et deux beaux opéras de chambre avec la compagnie Diva Opera dans quatorze lieux du riche patrimoine de Corrèze.

39e édition du Festival de la Vézère
Créé en 1981, le Festival de la Vézère a toujours eu à cœur de proposer une série de rendez-vous musicaux d'une très grande qualité en Corrèze. Deux orchestres, une compagnie d'opéra, des chanteurs et des instrumentistes d'envergure internationale mais aussi de jeunes talents (que le festival a toujours su repérer avant l'envol de leur carrière) se succèderont jusqu'à la fin de l‘été. À suivre, quelques rendez-vous choisis dans une programmation qui cultive l'éclectisme.

Des deux orchestres invités, l'Orchestre d'Auvergne toujours fidèle au festival vient d'obtenir le label "Orchestre national" cette année. Il sera dirigé par son chef depuis 2012, Roberto Forès Veses. Dans le Domaine de Sédières, on l'entendra dans un beau programme d'airs de Mozart à Broschi accompagner la soprano russe qui monte, Julia Lezhneva (14 août). Le second est l'Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine dirigé par Jean-François Heisser qui donnera à entendre une de ses commandes (entre autres pépites telle la 41e symphonie "Jupiter" de Mozart) pour sa première venue en Corrèze, "Le Rêve de Maya" de Samuel Strouk - un double concerto pour accordéon et violoncelle, que joueront ses créateurs Vincent Peirani et François Salque (16 juillet).


Christine Ducq
26/06/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le marathon "hors pair" de William Mesguich… Entretien à paroles déliées

William Mesguich, monstre de travail scénique et maître ès arts dramatiques, doté d'une soif inextinguible pour tout ce qui le fait vibrer, s'apprête à affronter un Festival d'Avignon tout particulièrement chaud cet été… Et ce n'est pas là que question de canicule ! Qu'on en juge par le programme pantagruélique qu'il a dévoilé en "avant-première" à La Revue du Spectacle.

•Off 2019• Le marathon
Yves Kafka - William Mesguich, votre appétit pour le théâtre n'est plus à prouver, mais pour cette édition d'Avignon 2019, on pourrait parler de boulimie… On vous verra quatre fois en tant que comédien et pas moins de cinq en tant que metteur en scène. Alors, comme le personnage de "Liberté !" que vous mettez en jeu, êtes-vous atteint "d'une curieuse maladie, celle de ne pas arriver à faire des choix" ? Brûler les planches serait-ce votre manière à vous de soigner cette addiction dont vous avez hérité ?

William Mesguich - Les chiens ne font pas des chats… L'exemple donné par mon père m'a "imprégné" durablement. Sa faconde, son enthousiasme, sa générosité… J'aime infiniment le théâtre. Il ne s'agit pas de courir après l'exploit, d'établir des records, mais de faire vivre cet amour du théâtre. Je suis profondément heureux sur les planches…

J'aime la vie, ma famille, mes amis… mais il est vrai que je suis tout particulièrement heureux sur la scène, quand je dis des textes et ai le bonheur de les partager. C'est là ma raison de vivre. Depuis 23 ans, c'est le désir de la quête qui me porte. Après quoi je cours ? Une recherche de reconnaissance ? Ou peut-être, simplement, ma manière à moi d'exister…

Yves Kafka
25/06/2019