La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Avignon 2018

•Avignon Off 2018• Garder intact la défense nécessaire de la laïcité en préservant une salvatrice impertinence

"Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes", La Factory Salle Tomasi, Avignon

Gérald Dumont a la ténacité rageuse et l'enthousiasme des passionnés, des engagés, des militants. Pour la deuxième année consécutive, il propose une "lecture spectacle" du livre de Charb, "Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes", suivie d'échanges avec le public en présence d'invités chaque soir différents*.



© Théâtre K.
© Théâtre K.
Ce spectacle est né d'une volonté de réaction face aux attaques répétées contre Charlie Hebdo bien après le massacre du 7 janvier 2018 où l'on a vu se multiplier les fameux "oui, mais…" et "ils l'ont bien cherché… Ce qui devait rester au départ qu'une proposition unique s'est finalement installé avec plusieurs dates et deux présences au Off d'Avignon (2017 et 2018)… non sans difficulté, plusieurs représentations ayant été annulées ou interdites à plusieurs reprises dans différentes villes en France…

L'attitude de ces programmateurs et de certains responsables territoriaux est d'autant plus étrange, incompréhensible, que le texte de Charb est une piqûre de rappel sur la démarche et les engagements du journal (et de l'auteur), qui dénoncent toutes les discriminations, défendant la laïcité inscrite dans les fondements de la République Française depuis la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État.

Dans cette lecture théâtralisée, le comédien Gérald Dumont, dans une première adresse au public, éclaire sa démarche et sa volonté d'être un transmetteur actif et impliqué de "cette mise au point nécessaire qui parle de laïcité, de liberté d’expression, de citoyenneté, de lutte contre le racisme, contre la haine..."

© Théâtre K.
© Théâtre K.
Et afin que le propos ne s'éloigne pas de l'essence première du texte de Charb, la mise en scène est sobre, simple, avec un comédien quittant de temps en temps son pupitre à cour pour se jeter sur le devant de la scène, dans une énergie enthousiaste pleine de conviction, dans une forme de harangue positive qui le verrait presque plonger dans les bras du public.

Il s'agit ici d'une lecture améliorée qui garde bien sûr l'esprit de Charlie, ludique et impertinent. Construite autour de vidéos, de dessins et des musiques de Lénine Renaud, elle s'enrichit des élans rageurs, dynamiques, passionnés de Gérald Dumont qui communique avec aisance avec les spectateurs rapidement conquis par une puissance de jeu emplie de générosité et de sincérité.

Inutile de dire combien cette proposition est utile, voire essentielle aujourd'hui… Et le spectateur sort ravi et rasséréné par la force de l'humanité ainsi exprimée.

* Le 14 juillet, étaient notamment présents Ariane Mnouchkine, directrice fondatrice du Théâtre du Soleil, et Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo.
À suivre : 18 juillet, Victor Quezeda-Perez, metteur en scène ; 19 juillet, "Vigilance -Université" ; 20 juillet, L'Union des Familles Laïques ; 21 juillet, Clara Magazine ; 22 juillet, surprise (!) ; 23 juillet, "Combat Laïque, combat social - les émancipés(es)" ; 25 juillet, Danielle Simonnet ; 27 juillet, "Laïques de tous les pays, tous à poils !" ; 28 juillet, Les FEMEN.

"Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes"

© Théâtre K.
© Théâtre K.
Lecture-spectacle.
À partir de 15 ans.
Texte : Charb.
Metteur en scène : Gérald Dumont, assisté de Nathalie Grenat.
Avec : Gérald Dumont.
Lumières : Nimaï Tilak
Musique : Lénine Renaud.
Régisseur : Pierre Pietras.
Par le Théâtre K.
Durée : 1 h.

•Avignon Off 2018•
Du 6 au 29 juillet 2018.
Tous les jours à 22 h 10, relâche le mardi.
La Factory, Salle Tomasi,
4, rue Bertrand , Avignon.
Réservations : 09 74 74 64 90.
>> theatredeloulle.com

Gil Chauveau
Lundi 16 Juillet 2018

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives








À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019