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Avignon 2018

•Avignon Off 2018• "Convulsions"… La réputation, c'est sacrée et malheur à celui qui rompt le pacte

"Convulsions", Théâtre des Halles, Avignon

Dans "Convulsions", l'auteur guinéen Hakim Bah montre des hommes obnubilés par la vengeance, rustres, cruels, violents. Qui mentent. Préoccupés seulement par la géniture. Une histoire d'embrouille au sein de la famille. Une histoire d'embrouille entre mâles comme il y en a tant. Ces nouveaux soudards, dont le spectateur en compagnie de l'auteur plein d'humour se demande bien pourquoi il existe des femmes pour s'attacher à eux.



Hakim Bah © Christophe Pean.
Hakim Bah © Christophe Pean.
La pièce transpose, dans une atmosphère contemporaine, l'histoire des anciens grecs Thieste et Atrée. C'est une manière d'agiter devant le spectateur des éléments de caractère apparemment outrancier et de montrer l'archaïsme d'une virilité que l'on rêvait disparue.

L'écriture n'hésite pas à être redondante comme palabres, à se contredire comme nouvelles palinodies. La pièce propose ainsi aux comédiens une véritable panoplie de jeu. De la farce au drame. Et Frédéric Fisbach, qui met en scène, en exploite toutes les possibilités d'humour, ne manquant pas de souligner la tragédie de l'homme en proie à la furie de la réputation de la famille et de la géniture.

Il a l'intelligence de faire tourner les duos et les narrateurs et de donner une forme vivante au théâtre primitif. Celle qui alterne les dialogues et installe un coryphée qui commente explique et enjoint. Cela devient drôle et renouvelle les points de vue. Et d'un propos, comme on dit maintenant glaçant, fait œuvre de théâtre.

Si, comme dans toute transposition, l'amalgame au monde présent réduit quelque peu la portée du mythe, la proposition d'Hakim Bah a l'avantage de monter du doigt les vices d'une certaine vision du monde, de faire remonter à la conscience des archétypes prédominants qui, espérons-le, ne sont pas le cœur de l'homme.

La mise en scène et les comédiens présentent un miroir assurément grossissant qui a la vertu des miroirs déformants. Montrer des défauts et faire rire de peur d'avoir peur. Des dérives de la famille. Car c'est bien connu depuis l'antiquité, depuis que les familles existent, tout se doit d'être fameux dans la famille. De par l'autorité de celui qui la détient. La réputation, c'est sacrée et malheur à celui qui rompt le pacte.

Le spectateur applaudit ce rappel aux fondamentaux du Théâtre.

"Convulsions"

Frédérich Fisbach © DR.
Frédérich Fisbach © DR.
Texte : Hakim Bah (Bourse Beaumarchais, Prix Théâtre RFI 2016).
Mise en scène : Frédéric Fisbach.
Avec : Ibrahima Bah, Maxence Bod, Madalina Constantin, Lorry Hardel, Nelson-Rafaell Madel, Marie Payen.
Dramaturge : Charlotte Lagrange.
Scénographe : Charles Chauvet.
Créatrice lumière : Léa Maris.
Créatrice son : Estelle Lembert.
Assistant à la mise en scène : Imad Assaf.
Durée : 1 h 30.
Par l'Ensemble Atopique II.
Le texte est édité par Théâtre Ouvert/Tapuscrits (Éditions) - Coédition RFI.

•Avignon Off 2018•
Du 6 au 29 juillet 2018.
Tous les jours à 19 h 30, relâche le lundi.
Théâtre des Halles, salle Chapitre,
Rue du Roi René, Avignon.
Tél. : 04 32 76 24 51.
>> theatredeshalles.com

Tournée :
18 janvier au 9 février 2019 : Théâtre Ouvert, Paris.

Jean Grapin
Vendredi 6 Juillet 2018

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Car à l'inverse des repères traditionnels qui élaborent un espace scénique dans lequel le sens circule entre les deux bornes de l'indicible : celles de l'obscène et du sublime, la prestation d'Emmanuelle Laborit passe par le bout des doigts et se transmet à tout le corps sans tabous avec la seule force de la persuasion et de la précision artistique. C'est toute la personne qui exprime le poids des sensations, la raison des sentiments ainsi que les effets de style.

Jean Grapin
15/11/2017